Yvelines : il fait le tour de la Terre en restant à Montesson

Jerome Pasanau· 26 mai 2026 à 05:00
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À Montesson, dans les Yvelines, Bernard Lesage a parcouru 40 075 km à pied, l’équivalent d’un tour du monde. Un défi né d’un conseil médical, devenu une aventure de nature, de lien social et de joie simple.

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Un tour du monde au coin de la rue

Bernard Lesage n’a pas traversé des déserts ni gravi des sommets lointains. Son exploit s’est construit au fil des jours, autour de sa commune de Montesson, dans la plaine maraîchère et les villes voisines, au rythme des courses et des rendez-vous du quotidien. Résultat : 40 075 kilomètres parcourus, soit la circonférence de la Terre à l’équateur, sans quitter son territoire de vie. Une performance patiente, accessible dans l’idée, impressionnante dans la durée.

Ce retraité originaire des Yvelines a fait de la marche un fil rouge, un repère, une discipline. Au départ, rien ne laissait imaginer un tel périple : le sport n’était « pas son truc », dit-il sans détour. Et pourtant, pas après pas, l’habitude s’est transformée en projet, puis en cap à tenir, même quand la météo ou la fatigue invitaient à rester au chaud.

« Alors en tout, donc j’ai fait 40 075 km. Il faut être précis, donc c’est le tour de la Terre au niveau de l’équateur. » À l’entendre, ce souci du détail résume aussi son état d’esprit : avancer, compter, mesurer le chemin, et se laisser surprendre par ce qu’un corps ordinaire peut accomplir avec régularité.

57 250 000 pas : c’est le total estimé par Bernard Lesage pour boucler ses 40 075 km, atteints en 13 ans, 5 mois et 8 jours.

Tout est parti d’un conseil : remettre les jambes en mouvement

L’histoire commence comme beaucoup de bonnes résolutions : par une recommandation simple et concrète. Bernard, très investi dans des activités intellectuelles, consulte son médecin. Le message est clair : l’équilibre passe aussi par le mouvement. « Il m’a dit : la tête c’est beau, mais il faut aussi que les jambes marchent. » Pour Bernard, c’est un tournant, presque une injonction bienveillante à prendre soin de lui.

À la retraite, il ne manque pas d’occupations : bridge à haut niveau, organisation de clubs, voyages thématiques, arbitrage, mots croisés… Un quotidien rempli, mais peu physique. Il raconte avec humour ses tentatives sportives infructueuses : tennis, ski, piscine, golf. La marche, elle, a cet avantage évident : elle ne demande pas de maîtriser une technique complexe. Il suffit de commencer.

Il rejoint alors un club de randonnée, avec appréhension. La première sortie l’étonne lui-même : 8 km en deux heures. Une distance qui, pour beaucoup, semble modeste, mais qui devient pour lui une victoire fondatrice. Le déclic n’est pas seulement sportif : il est aussi social. Le groupe, l’ambiance, la régularité des sorties créent une dynamique positive, un cadre rassurant pour progresser.

« Je suis rentré dans un club de randonnée, au début avec beaucoup d’appréhension… et j’ai été vraiment très surpris de pouvoir faire 8 km en 2 heures. » Ce moment-là a compté : c’est celui où l’on comprend qu’on peut, même sans “profil sportif”, s’ouvrir un nouveau champ des possibles.

Du plaisir au défi : la discipline qui rend fier

Au fil des années, Bernard se prend au jeu. Les chiffres deviennent des repères : 1 000 km, puis 5 000, 10 000, 20 000… Jusqu’au jour où une idée s’impose : 35 000 km, c’est environ 50 millions de pas. Le défi prend une forme presque ludique, mais redoutablement exigeante. Quand il ne reste plus “que” 5 000 km pour faire le tour de la Terre, la logique du cap à atteindre fait le reste.

Pour tenir, il met en place un rythme impressionnant : viser 10 km par jour, en moyenne, soit deux à trois heures de marche. Il marche seul, souvent, en plus des randonnées hebdomadaires en club. Et il marche par tous les temps, avec une détermination tranquille. Son système est simple : lisser l’effort, compenser les jours plus courts par des journées plus longues, et garder l’objectif en ligne de mire.

« Le 31 du mois, s’il me manquait 10 km, ce jour-là je partais même s’il pleuvait parce qu’il fallait que je fasse mes 300 km par mois. » Dans cette phrase, il y a une vérité que beaucoup reconnaîtront : on ne cherche pas la perfection, on cherche la continuité. Et c’est souvent cette continuité qui transforme une intention en réussite.

Bernard insiste sur un point : cette discipline n’a pas effacé le plaisir, au contraire. Il parle d’une « obligation plaisir », formule paradoxale mais très juste. L’effort devient un rendez-vous quotidien, une hygiène de vie, presque une évidence. Il ne décrit pas une addiction, plutôt une habitude qui fait du bien, qui structure la journée et renforce la confiance.

Marcher, c’est aussi redécouvrir la nature… et se redécouvrir soi

Ce qui frappe dans le récit de Bernard, ce n’est pas seulement la distance. C’est tout ce que la marche a ouvert en lui : une attention nouvelle au monde, et un dialogue intérieur constant. Seul dans la plaine de Montesson, il observe, écoute, s’émerveille. Il voit ce qu’on ne voit plus en voiture : les cultures qui changent, la faune qui se déplace, les détails qui rendent un paysage vivant.

Lapins, escargots après l’averse, hérons, nuées d’oiseaux… La marche devient une école de présence. Bernard, fils de paysan, a le sentiment de renouer avec quelque chose d’ancien, de précieux, comme un retour aux origines. Et au-delà du sol, il y a le ciel : l’immensité au-dessus de la tête, redécouverte à la tombée du jour.

« Un soir… j’ai levé les yeux vers le ciel, et j’ai découvert qu’au-dessus de nous, il y avait le cosmos, il y avait l’univers. » Cette révélation n’a rien de spectaculaire, et c’est justement ce qui la rend belle : elle dit que le quotidien peut redevenir vaste, dès qu’on ralentit et qu’on s’expose au dehors.

Marcher l’a aussi aidé à mieux se connaître. Il raconte qu’il se parle, qu’il imagine, qu’il prépare ses journées, qu’il fait défiler l’actualité, qu’il construit des scénarios. La marche devient un espace mental, une manière d’ordonner ses pensées, de respirer autrement. Dans une époque saturée d’écrans, cette simplicité a quelque chose de très moderne.

Une retraite comme nouvelle vie, avec la tête et les jambes

Bernard ne se contente pas de raconter un exploit : il partage une philosophie de la retraite. Pour lui, ce moment n’est pas une fin, mais un nouveau chapitre à écrire. Il observe que beaucoup de personnes vivent mal ce passage, faute de projets ou d’élan. Sa réponse est claire : garder la tête active, et remettre le corps en mouvement, autant que possible.

« La retraite, c’est une nouvelle vie. Il ne faut pas que ce soit la fin d’une vie. » Dans son discours, il n’y a ni leçon, ni injonction. Plutôt une invitation à se réinventer, à choisir une activité qui crée du lien, qui met en mouvement, et qui donne une raison de sortir.

Son propre parcours illustre cette capacité à avancer, même sans “cases” toutes faites. Autodidacte, il rappelle ses débuts modestes, ses nuits dans une voiture, puis son ascension professionnelle dans l’informatique bancaire, jusqu’à des responsabilités élevées. Il en tire une forme de gratitude et de solidité : la preuve, selon lui, qu’on peut construire beaucoup avec de la persévérance.

« Aujourd’hui, la vie est belle parce que tout en n’ayant aucun diplôme, totalement autodidacte, j’ai quand même fait… un beau parcours. » Cette énergie là, il la prolonge aujourd’hui en marchant : même logique, même patience, même goût du chemin.

Côté conseils, Bernard reste pragmatique : de bonnes chaussures, éventuellement des bâtons, et surtout l’idée de ne pas rester seul si l’on débute. Le club, dit-il, aide à démarrer, à rencontrer des gens, à se sentir porté. Et son message est rassurant : pas besoin d’être un athlète pour s’y mettre. Il a commencé avec des doutes, il a continué avec de la régularité, et il a fini par accomplir l’impensable.

L’histoire de Bernard Lesage rappelle une chose simple : les grandes aventures ne se mesurent pas toujours en kilomètres parcourus loin de chez soi, mais en constance, en curiosité et en attention retrouvée au monde. À Montesson, un homme a fait le tour de la Terre en restant proche des siens, et prouve qu’à tout âge, un pas peut en appeler un autre, jusqu’à ouvrir un horizon inattendu.

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