Voyageurs du Monde : trente années d'aventures communes avec Jean-François Rial

Gilles ANDRE· 3 avril 2026 à 10:00
Ajoutez-nous en favori

Changer de vie pour suivre sa passion, sans perdre ses valeurs : Jean-François Rial l’a fait. À la tête de Voyageurs du monde, il défend un tourisme plus humain, plus partagé et plus conscient.

À écouter

De voyages fondateurs à une aventure entrepreneuriale collective

À 15 ans, Jean-François Rial découvre l’URSS « sous Brejnev ». À 20 ans, il part en Chine, au tout début du voyage individuel autorisé, sac au dos et esprit grand ouvert. Deux expériences qui marquent une trajectoire : celle d’un homme « passionné d’histoire, de géographie, de voyages ». Il est alors engagé dans un tout autre univers, l’information et l’informatique financière.

À 30 ans, le déclic s’impose : impossible de se projeter durablement dans ce premier métier. Avec ses associés de toujours, il décide de « changer de vie » et de tenter le grand saut. Ensemble, ils rachètent un petit voyagiste spécialisé dans les déserts. Un clin d’œil à un choc vécu dans le sud algérien ; « un choc spirituel… un choc esthétique ». La passion devient projet, puis entreprise.

Travailler à plusieurs, longtemps : l’art de mettre l’ego de côté

Quarante ans d’aventure commune, dont près de trente chez Voyageurs du monde : la longévité du collectif intrigue. Jean-François Rial résume une méthode simple et exigeante : « mettre son ego de côté, écouter les autres, accepter de ne pas toujours avoir raison ». À cela s’ajoute un socle : être « d’accord sur l’essentiel » et partager des valeurs fortes.

Le plus frappant, dans son récit, c’est l’absence de ce qui abîme tant d’histoires entrepreneuriales : « On n’a jamais eu non plus de discussions d’argent. Ça n’a jamais existé chez nous ». Une rareté, portée par une vision où la réussite se construit en équipe, et où la cohérence prime sur la compétition interne. Voyageurs du monde redistribue environ 30% de ses bénéfices à ses salariés depuis 30 ans.

Voyager à contre-courant : l’antidote au tourisme de masse

Avec environ 2 000 collaborateurs et plus de 800 millions d’euros de chiffre d’affaires, le groupe revendique un positionnement clair. Des voyages qui « apprennent des choses », loin du simple séjour « soleil ». L’objectif : de l’authentique, des émotions, du sens, et une vraie valeur ajoutée, notamment via le voyage sur mesure et l’aventure.

L’enjeu central, selon Jean-François Rial, dépasse le seul débat actuel sur le CO₂. C'est la pression du tourisme de masse, y compris dans le tourisme dit “de qualité”. « Quand vous avez trop de monde dans un site majeur, c’est insupportable. » D’où une ligne directrice devenue signature : « Voyager à contre-courant ». Choisir d’autres saisons, d’autres itinéraires, d’autres rythmes, pour préserver les lieux… et retrouver l’essence du voyage.

Son message, lui, se veut rassurant et concret : « 95% de la planète, il n’y a personne. » Autrement dit, éviter la foule reste possible, à condition de faire un effort de curiosité et de préparation. Une invitation à sortir des itinéraires formatés, pour se reconnecter au monde plutôt que le consommer.

L’humilité comme boussole, la spiritualité comme ressource

À la question de la plus grande leçon de sa vie, Jean-François Rial répond sans détour : « l’humilité ». Apprendre à douter, à se tromper, à apprivoiser une énergie parfois débordante. Il le dit avec lucidité : avancer vers la sagesse se fait « par pas progressifs », et le plus grand travail consiste souvent à apprivoiser son propre ego.

Sa spiritualité, « multiple », puise dans plusieurs traditions, avec une affection particulière pour le bouddhisme tibétain, qu’il décrit comme une philosophie attentive « aux causes de la souffrance », souvent liées à l’ego. Il évoque aussi son intérêt pour la tradition orthodoxe, la religion juive, et le soufisme. Un fil rouge se dessine : l’attention au monde intérieur, pour voyager mieux dehors.

Au fond, son itinéraire rappelle qu’un voyage réussi ne se mesure pas seulement en kilomètres. Il se lit dans la qualité du regard, dans la façon de partager la réussite, et dans cette volonté simple : choisir des chemins moins encombrés, pour laisser plus de place à la rencontre. À chacun, maintenant, d’oser son propre « contre-courant ».

#Mieux travailler