"Un p'tit truc en plus, bien plus qu'un film" retour sur le film d'Artus

Jerome Pasanau· 7 mai 2026 à 05:00
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Deux ans après ses 11 millions d’entrées, « Un petit truc en plus » continue d’ouvrir des portes. M6 prolonge l’élan avec un documentaire d’Emmanuel Le Ber, tourné au plus près des comédiens et de leurs vies.

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Un succès populaire qui devient un moteur de société

Le film d’Artus « Un petit truc en plus » n’a pas seulement fait rire : il a installé le handicap au cœur d’une conversation nationale, avec une énergie rare, légère et respectueuse. Deux ans après sa sortie en salles, l’œuvre cumule 11 millions d’entrées et reste présente dans les discussions, comme un repère commun. Pour accompagner cette dynamique, M6 diffuse dès le 30 avril — journée mondiale de l’accessibilité — un documentaire inédit : « Un petit truc en plus, bien plus qu’un film », réalisé par Emmanuel Le Ber.

La date n’est pas un hasard, même si le réalisateur rappelle qu’il n’a pas la main sur la programmation. L’enjeu, lui, est clair : prolonger l’impact du film en clair par un récit complémentaire, plus intime, plus documentaire, et résolument tourné vers le « vivre ensemble ». Emmanuel Le Ber porte ce fil rouge depuis longtemps. Ici, il le saisit à travers une aventure collective qui a dépassé le cadre du cinéma.

Cette diffusion s’inscrit aussi dans une opération plus large, avec un appel aux dons via la Fondation « Un petit truc en plus ». Une manière de transformer l’émotion et l’adhésion du grand public en soutien concret. Derrière l’événement télé, il y a l’idée d’un continuum : rire ensemble, se rencontrer, puis agir, à son niveau, pour une société plus accessible.

11 millions d’entrées : « Un petit truc en plus » s’impose comme l’une des comédies françaises les plus fédératrices de ces dernières années, et un déclencheur de dialogue sur le handicap.

Des coulisses à une vraie histoire : « bien plus qu’un making-of »

À l’origine, les producteurs du film ont accumulé des images de tournage, comme sur beaucoup de productions : des moments « off », des instants de groupe, des fragments de vie. Sauf qu’ici, l’aventure a pris une ampleur inattendue : Cannes, l’Élysée, un succès massif, et des comédiens soudain reconnus dans la rue. Face à ces heures et ces heures de rushs, une question s’est posée : qu’en faire, et comment raconter ce qui s’est joué au-delà de l’écran ?

C’est là qu’intervient Emmanuel Le Ber, appelé pour donner une cohérence, une narration, et surtout une profondeur. Le documentaire ne se contente pas d’aligner des séquences de plateau : il suit les comédiens, retourne dans leurs quotidiens, et ouvre une réflexion plus large sur la place du handicap dans la société. On y trouve un avant et un après, des trajectoires, des liens, et cette frontière « poreuse » entre la fiction et le réel que le film avait déjà rendue tangible.

Le réalisateur assume ce parti pris de documentariste : choisir, structurer, raconter. Il ajoute de nouvelles séquences, un « que sont-ils devenus ? » qui n’est pas un gadget, mais un prolongement logique. Car l’histoire ne s’arrête pas au clap de fin : elle continue dans les familles, chez les aidants, dans les regards échangés au supermarché, dans les selfies demandés sur une brocante. Et c’est précisément ce que le documentaire veut rendre visible.

« Je pense que tout ce casting était exceptionnel et qu’on avait envie de les retrouver dans leur vraie vie », confie Emmanuel Le Ber. Une phrase simple, mais qui dit l’essentiel : l’intérêt se porte sur les personnes, pas sur le dispositif. Le cinéma devient alors un prétexte noble : celui de se rencontrer vraiment.

Filmer le handicap sans misérabilisme : sincérité, humour et respect

Parler du handicap à l’écran est un exercice délicat, souvent piégé entre deux écueils : la gêne ou le pathos. Emmanuel Le Ber le dit avec honnêteté : il ne se présente pas comme un spécialiste, mais comme quelqu’un qui veut apprendre et transmettre sans imposer. Il rappelle aussi une réalité massive, trop souvent sous-estimée : environ 12 millions de personnes sont concernées en France, soit un cinquième de la population, sans compter l’entourage, les proches, les aidants.

Le documentaire choisit une autre voie : celle du dialogue. Pas de leçon, pas de mise à distance, pas de discours surplombant. Le réalisateur revendique une méthode : filmer avec sincérité, humour et empathie, pour permettre au spectateur de bouger son regard en douceur. Cette approche rejoint celle d’Artus dans le film : une comédie rythmée, drôle, mais jamais cruelle, où l’on rit ensemble et non contre.

« Je voulais faire passer un message en douceur. Je ne veux pas mettre les téléspectateurs devant le fait accompli », explique Emmanuel Le Ber. Cette intention est centrale : elle évite la culpabilisation, et ouvre un espace où chacun peut se reconnaître, même avec ses maladresses. Le réalisateur le dit clairement : la gêne existe, elle traverse la société, et il s’inclut dans ce constat. Le documentaire devient alors un outil d’apaisement : il autorise à regarder, à écouter, à comprendre, sans se sentir jugé.

Une formule, citée dans le film via l’anthropologue Charles Gardou, résume cette ligne : « On ne rit pas d’eux, mais on rit avec eux ». Tout est là. L’humour n’est pas une arme, c’est une passerelle. Il crée une complicité, et cette complicité, à son tour, casse des barrières que les discours seuls ne suffisent pas à faire tomber.

Une aventure humaine réglée sur l’attention : la force du collectif

Ce que révèle le documentaire, c’est aussi l’envers du décor : la logistique, les accompagnants, la fatigue, les contraintes de tournage adaptées. Emmanuel Le Ber insiste sur un point : la souplesse choisie par Artus, et sa capacité à tenir un cadre sans rigidité. Sur un plateau classique, tout est affaire de raccords, de timing, de rentabilité. Là, certains choix ont été assumés autrement : respecter les rythmes, ne pas dépasser, ne pas forcer.

Cette attention n’a rien d’une faiblesse de production : elle devient une force artistique. Parce qu’elle met les personnes au centre, et non l’inverse. Le réalisateur décrit Artus comme un « chef de bande », un « grand frère », capable de garder le cap tout en restant disponible. Une posture qui, à l’écran comme hors champ, change l’atmosphère : elle autorise l’imprévu, la spontanéité, l’humanité.

Le documentaire montre aussi l’effet du succès sur les comédiens. Deux ans après, certains sont reconnus dans la rue, interpellés avec chaleur, salués pour ce qu’ils ont apporté. Le regard du public, lui aussi, semble s’être déplacé : moins de gêne, plus de naturel, plus de fierté partagée. Emmanuel Le Ber le remarque à travers des scènes de vie : un passage dans un magasin, une brocante, un arrêt pour une photo. Des moments simples, mais révélateurs d’un changement culturel en train de s’installer.

Cette aventure n’est pas seulement celle d’un film qui marche. C’est celle d’un groupe qui a créé une forme de famille, au sens large : des comédiens, des proches, des équipes, des spectateurs. Et c’est peut-être là que « bien plus qu’un film » prend tout son sens : dans la continuité des liens, au-delà de l’œuvre.

Quand une phrase devient un horizon : « On est fragiles ensemble »

Parmi les idées fortes du documentaire, une phrase ressort, gardée pour la fin par Emmanuel Le Ber : « On est fragiles ensemble ». Elle déplace le sujet. Elle ne réduit pas le handicap à une exception, ni la fragilité à une catégorie. Elle rappelle au contraire que la vulnérabilité fait partie de la condition humaine, et que le collectif se construit justement là : dans la capacité à se soutenir, à s’adapter, à faire place.

Le réalisateur va jusqu’à imaginer cette phrase au fronton des mairies, comme une extension contemporaine de notre devise républicaine. Non pas pour ajouter un mot par effet de style, mais pour dire une ambition : faire société en partant de ce qui nous relie. Dans un pays où l’accessibilité reste un chantier permanent, et où les aidants portent souvent une charge silencieuse, ce type de message a une portée concrète.

Le documentaire ne promet pas de tout régler. Il propose mieux : un mouvement. Un pas de côté, une rencontre, une façon plus simple et plus juste de se parler. Et il rappelle qu’une comédie populaire peut aussi être un accélérateur de considération, sans renoncer à la joie.

« Un petit truc en plus, bien plus qu’un film » est disponible sur la plateforme M6+. Dans son sillage, une évidence s’installe : quand on raconte des histoires qui rassemblent, on rend le quotidien un peu plus accessible, et l’avenir un peu plus commun.

Pour aller plus loin > "Pour le meilleur" un film pour changer le regard sur le handicap