Chez Tricycle, ce qui devait finir à la benne devient mobilier, matériaux réemployés et tremplin vers l’emploi. Une aventure née d’un simple camion, aujourd’hui portée par plus de 165 salariés.
À écouter
Du jardin d’un entrepreneur à une entreprise qui change l’échelle
L’histoire commence il y a plus de 15 ans, quand Xavier Porcher se met à collecter des déchets professionnels « avec un camion », presque seul. L’idée paraît simple, mais elle répond déjà à un besoin immense : trier mieux, réemployer plus, jeter moins. En 2009, l’acquisition d’un centre de tri marque un tournant et accélère la croissance. « Il a vu l’opportunité, il l’a saisie », résume Clément, employé chez Tricycle.
Aujourd’hui, l’entreprise a grandi jusqu’à rassembler plus de 165 à 170 personnes selon les équipes et les activités. Surtout, elle a structuré un modèle complet, de la collecte au recyclage, en passant par l’upcycling, le réemploi et même le curage de bâtiments. Une progression rapide, portée par un marché en pleine évolution et une conviction : chaque gisement peut devenir une ressource.
Cinq marques pour donner une seconde vie au mobilier et aux matériaux
Tricycle n’est pas une seule activité, mais un éventail de solutions articulées autour de cinq marques. Certaines équipes collectent le mobilier, d’autres le trient, le reconditionnent, le revendent ou l’orientent vers les bonnes filières. Le principe est clair : privilégier le réemploi dès que possible, et recycler lorsque c’est nécessaire. Dans les stocks, l’offre varie selon les arrivages, « un peu la caverne d’Ali Baba », où l’on croise chaises, casiers… et parfois un baby-foot.
La branche BTP, plus récente, pousse la logique encore plus loin avec le curage : une dépose soignée des matériaux sur chantier pour maximiser le réemploi. Cette approche, portée notamment par Bâticycle, montre qu’une démolition intérieure peut devenir une opération de valorisation. Et qu’avec de l’organisation, les matériaux gardent de la valeur au lieu de devenir des gravats.
Point clé : Tricycle compte aujourd’hui 165 salariés, dont 50% en insertion, au cœur de son engagement social.
Gepetto : l’upcycling qui prouve que le réemploi peut être haut de gamme
Quand Tricycle constate l’ampleur des gisements récupérés, une évidence s’impose : ne pas jeter, mais créer. C’est ainsi qu’est né Gepetto, l’atelier design d’upcycling. Dans un showroom ouvert au public, les visiteurs découvrent des objets et du mobilier qui « étaient destinés à être jetés », mais qui affichent désormais une esthétique soignée. « On a souhaité garder l’âme initiale du bâtiment », raconte Émeline Thomas, responsable de l’atelier, dans cet ancien entrepôt réinvesti.
L’atelier répond à trois types de projets : la revitalisation de mobilier existant (changer des pieds, adapter un panneau, moderniser), des séries conçues à partir de matériaux récurrents, et l’agencement sur mesure. Le fil rouge : démontrer que « le réemploi, ce n’est pas du bricolage », et que la qualité peut rimer avec seconde vie. Ici, des plaques de marbre, un bar récupéré ou des tableaux pop art deviennent des pièces désirables, pensées pour durer.
Du centre de tri au verre bas carbone : la valorisation au quotidien
Dans les coulisses, le centre de tri orchestre une mécanique précise. Carton, papier, câbles, D3E : chaque matière suit sa voie, parfois après un travail minutieux. « On sépare le cuivre du plastique », explique Émeline, évoquant un geste patient qui redonne de la valeur à ce qui semblait perdu. Et quand le réemploi est possible, l’équipe le privilégie : « Quand on peut le réemployer, on le fait. »
Parmi les initiatives marquantes, l’atelier de casse de fenêtres illustre l’ambition de valoriser chaque composant. Le verre est récupéré, réduit, puis envoyé vers Saint-Gobain pour « refaire du verre bas carbone ». Les cadres, eux aussi, repartent en filières adaptées. Une chaîne concrète, locale et pragmatique, qui transforme les déchets professionnels en ressources utiles.
En ouvrant son showroom au public et en faisant du réemploi un réflexe, Tricycle prouve qu’une autre économie est déjà à l’œuvre : plus circulaire, plus inclusive, plus inventive. Une bonne raison d’aller chiner, de s’équiper autrement… et de soutenir ceux qui transforment nos rebuts en avenir.
Pour aller plus loin > Atelier sans Frontières veut ramener les plus fragiles vers l'emploi



```

