Toulouse : Karine Guiton écrit des histoires qui aident les enfants à grandir

Eva Kopp· 11 mai 2026 à 09:00
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Dans une maison colorée de Toulouse, Karine Giton invente des romans jeunesse où l’humour et l’aventure apprivoisent les émotions. Une littérature qui réconforte et donne de l’élan.

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Une porte qui s’ouvre sur un monde de livres

À Toulouse, la « ville rose », la maison de Karine Guiton ressemble à un décor de roman jeunesse : des couleurs, des piles de livres, un jardin où les oiseaux s’activent. L’autrice accueille avec simplicité, dans un quotidien qui respire la création. Ici, l’imaginaire n’est pas un concept : c’est un paysage familier, nourri de lecture, d’observation et d’attention aux autres.

Ce que Karine Guiton cherche, avant tout, c’est l’instant où un enfant bascule dans une histoire. Elle parle de ces premières secondes décisives, celles où le lecteur s’attache, se reconnaît, s’étonne. « J’espère qu’il sera tout de suite embarqué dans mon histoire… et que ces personnages l’accompagneront longtemps après avoir fermé le livre », confie-t-elle.

Dans cette ambition, il y a quelque chose de profondément positif : l’idée qu’un livre peut devenir un compagnon. Pas seulement un divertissement, mais une présence durable, une ressource intérieure. Une façon douce de rappeler qu’on ne grandit jamais tout à fait seul, surtout quand on a des histoires à portée de main.

Des personnages qui naissent d’une obsession, d’un lieu ou d’un besoin

Sur la table du salon, les titres forment une petite galaxie : Le chameau de la bibliothèque ,Le coiffeur de Légumland , La sorcière des marais ( publiés chez Didier Jeunesse) … Chaque univers semble avoir sa propre couleur, son propre rythme. Et pourtant, Karine Giton décrit une origine très concrète à ses récits : un personnage qui s’impose, un lieu aperçu, un thème qu’elle veut explorer.

Pour La sorcière des marais, elle raconte une image tenace, presque cinématographique : une femme aux longs cheveux, dont on ne voit pas les yeux, rejetée par un village. Pour Le Sortilège des Caliepas (Didier Jeunesse), c’est un hôtel croisé sur une côte du sud-est qui déclenche l’envie d’inventer. Elle n’y est même pas entrée : l’imagination a fait le reste. Cette manière d’écrire à partir d’un détail rappelle une chose essentielle : l’inspiration n’est pas réservée aux « moments extraordinaires ». Elle se cache souvent dans une scène ordinaire, une silhouette, un bâtiment, une sensation de voyage.

Le fil rouge, c’est aussi l’envie de parler du monde, sans moraliser. Le coiffeur de Légumland naît d’un thème clair : le vivre-ensemble et la différence. Des sujets importants, abordés par la fantaisie et l’élan narratif. Karine Giton revendique cette approche plurielle, faite de sensations qui se répondent. L’imaginaire devient alors un outil accessible pour aborder l’essentiel : la place de chacun, la rencontre, la compréhension de l’autre.

Écrire pour les enfants, une manière de semer des graines

Karine Guiton n’a pas commencé par la jeunesse. Elle a d’abord écrit pour les adultes : des nouvelles publiées, des concours gagnés, des textes qui ont trouvé leur chemin. Puis la vie a fait son œuvre, avec l’arrivée de son fils. Raconter des histoires à la maison a ouvert une porte : celle d’une écriture tournée vers les enfants, leurs questions, leurs peurs, leurs forces.

Ce choix n’a rien d’un repli : c’est une direction. Écrire pour les 7-9 ans, les 8-12 ans, c’est s’adresser à un âge où l’on construit des repères, où l’on apprend à nommer ce qu’on ressent. Karine Guiton l’explique avec pudeur : elle pense aussi à l’enfant qu’elle était. Et elle assume l’idée que les livres peuvent laisser une trace. « Ça me permet de semer des petites graines qui, j’espère, grandiront avec les enfants qui auront lu mes livres », dit-elle.

Là encore, le geste est positif : offrir des mots, des situations, des personnages qui donnent des clés. Pas des leçons, mais des expériences de lecture qui aident à se comprendre. Son parcours de lectrice passionnée éclaire cette démarche. Enfant, elle lisait tout ce qui lui tombait sous la main, parfois même au-delà de son âge, portée par une curiosité insatiable. Ses parents étant enseignants, elle a grandi au milieu des livres, avec un accès direct à la bibliothèque de l’école, puis au CDI. Plus tard, elle deviendra bibliothécaire : une manière de prolonger ce lien, de faire circuler les histoires.

Karine Giton mise sur un trio gagnant pour aborder des sujets sensibles en jeunesse : humour, aventure et merveilleux. Une combinaison qui allège sans éviter, et aide les enfants à traverser leurs émotions.

Humour, aventure, merveilleux : une boussole pour traverser les émotions

Parmi ses romans, Julia et les oiseaux perdus (à partir de 8 ans, chez Didier Jeunesse) occupe une place particulière. L’histoire commence par un vol : Julia se fait dérober ce qu’elle a de plus précieux, la photo de son papa. Les chapardeurs ? Des oiseaux exotiques, qui n’ont rien à faire sur son île. Derrière l’aventure, un sujet délicat : Julia ne connaît pas son père, et le sujet reste tabou à la maison.

Comment parler de ce qui fait mal sans alourdir ? Karine Guiton répond avec une ligne claire : l’humour d’abord, comme un souffle. « Il y a toujours beaucoup d’humour dans mes romans… et mes personnages ne sont pas passifs, ils vont de l’avant », explique-t-elle. Le rire ne nie pas la difficulté, il donne de l’espace pour la regarder. Et les personnages actifs, dynamiques, offrent un modèle d’action : même quand on ne contrôle pas tout, on peut avancer, chercher, essayer.

À cela s’ajoutent le merveilleux, la fantaisie, l’aventure. Des ingrédients qui captivent et, surtout, qui protègent. Ils permettent à un enfant de rester dans le plaisir de lecture tout en rencontrant des émotions complexes : l’absence, la perte, la différence, la solitude. Cette manière d’écrire rejoint une intuition forte : la littérature jeunesse peut être un lieu sûr, un terrain d’essai pour la vie, où l’on éprouve la peur et le courage sans danger réel.

La persévérance, un conseil simple qui change tout

Quand on lui demande ce qu’elle dirait à quelqu’un qui rêve d’écrire pour la jeunesse, Karine Guiton ne propose pas de recette magique. Elle parle de travail, de régularité, d’élan à entretenir. L’essentiel, selon elle, est d’aller au bout. « Le conseil… ce serait d’être persévérant et d’aller jusqu’au bout de votre écriture », insiste-t-elle.

Ce conseil sonne juste, parce qu’il est concret. Terminer une histoire, c’est déjà franchir une étape immense : celle qui transforme une idée en objet partageable. Elle encourage aussi à faire lire son texte à quelques proches, pas trop nombreux, pour éviter de se perdre dans des avis contradictoires. Elle, de son côté, s’appuie sur deux lecteurs de confiance : son compagnon et son fils. Une petite équipe, un cercle bienveillant, qui aide à tenir le cap.

Et puis il y a un point qui revient comme une évidence : le plaisir. Écrire doit rester un espace vivant. « Prendre plaisir à écrire, c’est très important », rappelle-t-elle. Dans un monde où l’on demande souvent d’aller vite, de produire, de se comparer, cette phrase remet l’essentiel au centre : la joie de créer, et la liberté de prendre le temps.

Une écriture qui infuse, comme une histoire qu’on laisse grandir

Chez Karine Guiton, l’écriture commence parfois avant même d’ouvrir l’ordinateur. La veille d’une journée de travail, elle se prépare mentalement, laisse « infuser » l’histoire pendant la nuit. Le matin, elle se réveille doucement, écoute un peu la radio, relit ce qu’elle a écrit la veille pour retrouver le fil. Un quotidien simple, mais solide, qui montre que la créativité se construit aussi par des habitudes.

Un détail amuse et dit beaucoup : l’autrice écrit sur un « ordinateur fétiche », un peu vieux, qu’elle n’a pas vraiment envie d’abandonner. Elle en a acheté un second, mais le texte, lui, naît toujours sur le premier. Le vieux compagnon n’a plus Internet : il sert à écrire, uniquement. Le second est réservé aux recherches. Cette séparation, presque artisanale, protège le temps d’écriture des distractions et garde intacte la concentration.

Dans cette maison toulousaine, entre les oiseaux du jardin et les livres empilés, Karine Guiton poursuit un travail précieux : offrir aux enfants des histoires qui divertissent, mais aussi des histoires qui soutiennent. Des récits où l’on apprend à vivre ensemble, à faire face à l’absence, à apprivoiser la perte, à accueillir la différence. Et surtout, des récits qui rappellent qu’on peut avancer, même quand c’est compliqué. À l’échelle d’un enfant, c’est déjà une manière de construire un avenir plus confiant, page après page.

Karine Guiton

Née en Vendée en 1973, Karine Guiton découvre très tôt le goût de la lecture, après avoir pourtant refusé d’apprendre en CP avec sa mère comme institutrice. Bibliothécaire depuis 1999 (région parisienne, Rennes puis Toulouse), elle se passionne pour le conte dès 2000 et raconte depuis des histoires à tous les publics.Elle écrit d’abord des nouvelles pour adultes, puis se tourne vers la jeunesse. En 2016, elle publie Les Tourterelles (illustré par Maurèen Poignonec).  Depuis, elle a écrit plusieurs romans pour les 7-9 ans et les 8-12 ans aux éditions Didier jeunesse ainsi que l'album Train de nuit aux éditions de L'Etagère du bas.

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