Aujourd’hui, dans le cœur de Jeanne, j’ai rencontré Émilie et Maxime, deux membres de l’association Tip Top. Leur mission : rendre l’école plus juste pour les élèves dys, avec des ateliers qui transforment les regards.
À écouter
Je les ai accueillis avec Olivier, et très vite, j’ai compris que leur engagement venait du vécu. Émilie, 21 ans, et son frère Maxime, 14 ans, représentent aussi Alexandre, 19 ans, absent car en classe préparatoire. Ensemble, ils portent un nom qui dit déjà beaucoup : Tip Top, pour « trouble invisible particulier » ou « trouble oublié particulier ».
Leur objectif est clair : sensibiliser élèves et enseignants aux troubles dys, et rappeler que ces difficultés ne se résument pas à un manque d’effort. Et surtout, ils le font avec des mots simples, une énergie contagieuse, et une vraie volonté de construire des solutions.
Quand l’école met de côté : le déclic de Maxime
Leur histoire démarre avec Maxime et ce qu’il a vécu en primaire. Diagnostiqué dysphasique, dysorthographique, dysgraphique, avec un TDAH, il a longtemps été confronté à l’incompréhension. Émilie raconte un épisode qui serre le cœur : « La maîtresse a décidé que Maxime n’avait pas sa place à l’école… elle le mettait à l’accueil pour colorier toute la journée. »
Ce jour-là, leurs parents découvrent que Maxime est, en réalité, déscolarisé sans qu’on le leur dise. Pour la fratrie, c’est le moment où tout bascule : impossible de laisser d’autres enfants vivre la même mise à l’écart. « On s’est dit que ce n’était pas possible… et là, pour le coup, c’est l’école qui a mis des bâtons dans les roues », insiste Émilie.
En les écoutant, je repense à ma propre expérience : moi aussi, on m’a déjà mise de côté. Je leur ai dit que, parfois, je faisais de la pâte à modeler pendant que les autres avançaient. Ça m’a touchée de voir à quel point nos histoires se répondent, même si nos handicaps sont différents.
Un handicap invisible… mais un quotidien très visible
Avec eux, j’ai voulu mettre des mots sur ce que beaucoup ne voient pas. Pourquoi parle-t-on de handicap invisible ? Émilie me répond simplement : « Les troubles dys ne se voient pas. De prime abord, on ne le voit pas sur la personne. » Et pourtant, ils se révèlent au détour d’une consigne, d’une lecture, d’un panneau dans le tram, d’un devoir à rendre.
Ce qui m’a marquée, c’est quand Émilie explique que le trouble ne s’arrête pas à la sonnerie : « Ce n’est pas une difficulté qui apparaît à 8h et qui finit à 17h. » Les enfants compensent sans cesse, avec « un emploi du temps de ministre », partagé entre l’école et les soins : orthophonie, rendez-vous médicaux, suivi régulier… Pendant que d’autres jouent, eux enchaînent.
Faire vivre le trouble pour faire naître l’empathie
Tip Top ne se contente pas de sensibiliser avec des discours : ils font vivre une expérience. Ils réunissent enseignants, direction et équipes pédagogiques, et proposent des ateliers immersifs. « On leur fait vivre ce qu’on vit », résume Émilie. Pendant quelques minutes, les adultes se mettent dans la peau d’un élève dys, pour comprendre concrètement la fatigue, la confusion, l’effort permanent.
Et Maxime, lui, porte un message qui remet de la fierté là où certains mettent de la honte : « Les troubles dys, c’est comme une force. Il ne faut pas avoir honte d’être des dys. » J’ai aimé l’entendre dire ça, parce que ça change tout : on ne parle plus seulement de difficultés, on parle aussi de potentiel, d’adaptation, de courage.
La preuve : aujourd’hui, Maxime me dit que ça va mieux. « Au collège, on m’a bien encadré… les profs prennent en compte mes troubles et mettent en place les aménagements. » Quand l’école écoute et s’ajuste, la scolarité redevient un terrain possible.
En les quittant, je me suis dit qu’on a besoin de plus de ces voix-là : des jeunes qui osent expliquer, proposer, et tendre la main aux adultes. Si vous êtes parent, enseignant, élève ou simplement curieux, allez découvrir Tip Top et leurs actions : parfois, une prise de conscience de cinq minutes peut changer des années d’école — et ouvrir grand la porte de la confiance.

