A Strasbourg, Fabienne Hill, intervient auprès de personnes handicapées ou patients en hôpital avec sa machine à coudre. Des séances de couture thérapeutiques qui font du bien.
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Au GEM autisme, créer pour se sentir mieux
Penché sur la machine à coudre, chacun avance à son rythme, guidé par des gestes simples et rassurants. Au groupe d’entraide mutuel (GEM) autisme de Strasbourg, Fabienne Hill anime régulièrement des séances de couture thérapeutique. Ici, l’objectif dépasse largement le fil et l’aiguille : il s’agit de nourrir l’estime de soi, de trouver sa place dans un groupe, et de vivre un moment agréable. « C’est déjà la concentration, se poser devant la machine, prendre confiance en soi », résume la couturière thérapeutique.
Les consignes se veulent accessibles, concrètes, encourageantes : « D’abord, ça c’est pour descendre l’aiguille… et ça, c’est pour faire le premier point. » Même le vocabulaire devient une petite victoire partagée : « Ça, c’est une épingle et ça, c’est une aiguille. »
Des “stim toys” zéro déchet pour se relaxer
Pour cet atelier, Fabienne propose de fabriquer des “stim toys”, des petits objets pensés pour apaiser et se recentrer. Deux créations sont au programme : une balle de relaxation à base de riz et de lavande, et un accessoire textile composé de tissus aux textures variées. « Ce sont des objets qu’on peut avoir dans la poche et qui permettent de se relaxer », explique-t-elle.
La dimension écologique n’est pas oubliée : les matériaux proviennent majoritairement de tissus récupérés. « Ils vont tous les fabriquer, tout en zéro déchet, sauf le riz », précise Fabienne, qui arrive avec « beaucoup, beaucoup de tissus » et deux machines adaptées à tous les niveaux. La couture se fait en douceur, jusque dans le réglage de la vitesse, et un casque est proposé pour atténuer le bruit si besoin : une attention qui compte.
Point clé : des objets de détente cousus main, pensés pour tenir dans une poche et favoriser l’apaisement au quotidien, avec une démarche largement zéro déchet.
Choisir, assembler, oser : la confiance prend forme
Dans le choix des couleurs et des matières, chacun affirme ses préférences et apprend à trancher. Une participante hésite, compare, ajuste : « J’étais un peu embarrassée avec le bleu… Du coup, je vais plutôt partir sur le tissu noir parce qu’il va plus avec les autres couleurs. » Derrière ce détail, une compétence précieuse se construit : décider, tester, se faire confiance.
Le plaisir est aussi dans le sentiment d’utilité et dans la satisfaction d’avoir créé quelque chose de ses mains. Interrogée sur l’effet de ces ateliers, une participante répond simplement : « Oui, oui, ça me fait du bien. En fait, j’ai l’impression de faire quelque chose d’utile. » Avant d’ajouter, avec un sourire dans la voix : « C’est un peu comme si on était des artistes indépendants. On crée juste pour créer. »
Un atelier qui tisse du lien, point après point
Fabienne observe une progression nette au fil des séances. « Là, c’est le quatrième atelier que je propose ici et je sens déjà… que les participantes ont de plus en plus confiance en elles », raconte-t-elle. Et l’essentiel se passe aussi entre les machines : les échanges spontanés, l’entraide, les conseils au moment de choisir un tissu ou un modèle.
La couturière tient à cette dynamique collective : « Je suis très sensible au fait que ce n’est pas chacun, chacune derrière sa machine. » Elle invite à discuter, à construire quelque chose ensemble. Résultat : « Souvent, il y a des fous rires, il y a de la complicité. » Une preuve, s’il en fallait, que la création peut devenir un langage commun.
Et quand Fabienne ne coud pas, elle continue d’accompagner autrement : elle propose aussi des séances où elle se glisse dans la peau d’un clown auprès de personnes en situation de handicap. Une autre façon, tout aussi précieuse, de faire circuler la confiance et la joie. À Strasbourg, un point après l’autre, ces ateliers rappellent que l’on peut se réparer en fabriquant, et se renforcer en partageant.

