Strasbourg : l’IA qui traque les plastiques pour sauver les rivières

Francois Willmann· 19 mars 2026 à 09:00
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Trois chercheurs de l’Université de Strasbourg ont conçu et déploie un dispositif basé sur l’intelligence artificielle pour identifier et compter les déchets plastiques dans les cours d’eau.

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Des caméras au service de rivières plus vivantes

À Strasbourg, des scientifiques de l’Université déploient un dispositif inédit : des caméras installées le long des cours d’eau captent en continu ce qui circule à la surface. Les images alimentent ensuite un modèle d’intelligence artificielle capable de détecter les déchets, notamment les macroplastiques, et de les comptabiliser. Résultat : une mesure plus fine, plus régulière, et surtout exploitable pour agir.

Car derrière ces objets visibles se cache un enjeu majeur. « On sait maintenant que les macroplastiques sont à l’origine des microplastiques par leur dégradation », rappelle Gauthier Grimmer, doctorant au laboratoire Image, ville, environnement. Comprendre où, quand et comment ces déchets se déplacent, c’est se donner les moyens d’intervenir au bon endroit, au bon moment.

Quantifier pour mieux protéger la faune, la flore… et les berges

Les macro-débris ne sont pas seulement inesthétiques : ils fragilisent les écosystèmes. « Certains animaux essayent d’ingérer ces plastiques-là », alerte Gauthier, évoquant des risques d’étouffement pour la faune. À cela s’ajoutent des impacts indirects, quand les déchets s’accumulent et perturbent le fonctionnement naturel des rivières.

Les plastiques peuvent se bloquer dans des embâcles, ces amas de bois qui se forment dans le lit des cours d’eau. En s’y stockant, ils peuvent « amplifier l’obstruction » et favoriser des débordements, voire de l’érosion des berges. D’où l’intérêt de suivre la dynamique de ces déchets : « comprendre leur dynamique spatio-temporelle » et identifier les sources d’émission pour guider des actions de restauration plus efficaces.

Point clé : Les macroplastiques se fragmentent avec le courant, les UV et le temps, devenant des microplastiques. Les repérer tôt, c’est limiter une pollution plus diffuse et durable.

Un outil pensé avec les gestionnaires du territoire

Le projet se construit main dans la main avec les acteurs locaux. Les chercheurs travaillent notamment avec la Ville de Strasbourg et les gestionnaires en charge des rivières. Sur le terrain, des opérations de récupération existent déjà, mais l’enjeu est de les rendre plus ciblées.

« L’objectif, c’est d’apporter un support, une aide à ces gestionnaires pour vraiment orienter et optimiser ces actions de récupération », explique le chercheur. Grâce aux données collectées, les équipes peuvent mieux prioriser les zones à traiter, suivre l’évolution d’une situation, et mesurer l’effet des actions menées. Une façon de transformer l’observation en décisions utiles, rapidement.

Streampic.eu : quand les citoyens deviennent sentinelles des cours d’eau

La technologie ne fait pas tout : le projet mise aussi sur l’intelligence collective. Pour associer le grand public, un outil de science participative a été créé par Romain Wenger, post-doctorant en géographie. « On a trouvé nécessaire aussi d’essayer d’inclure le citoyen, d’essayer de le rendre un petit peu acteur au final de notre recherche », souligne-t-il.

Le site streampic.eu permet à chacun de prendre des photos lors d’une balade au bord de l’eau — animaux, bois, déchets plastiques ou autres « débris anthropiques » — puis de les publier en ligne. Grâce à la géolocalisation, les images se positionnent automatiquement, enrichissant une base de données précieuse pour la recherche et l’entraînement de l’IA, avec des conditions d’éclairage et d’environnement variées.

Pour donner envie de participer, une touche ludique est même prévue : « On met en place tout un aspect gamification », explique Romain Wenger. À terme, les meilleurs contributeurs pourraient être invités à découvrir les sites d’étude et les coulisses du projet. Une manière d’ancrer la protection des rivières dans une aventure collective, accessible et motivante.

En combinant caméras, intelligence artificielle et science participative, l’équipe strasbourgeoise trace une voie enthousiasmante : celle d’une action rapide, mieux ciblée, et partagée. Une simple photo lors d’une promenade peut ainsi devenir un petit geste utile pour la santé de nos cours d’eau.

#Mieux agir#Strasbourg
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