A Strasbourg, un club propose de pratiquer le showdown. Un sport inclusif qui n’est autre qu’une forme de tennis de table pour personnes non-voyantes ou malvoyantes. Immersion.
À écouter
Un match qui s’écoute autant qu’il se joue
On pourrait croire à une partie de ping-pong : une table, des raquettes, un score serré. Sauf qu’ici, la balle « parle » : elle est sonore, et chaque échange se guide à l’oreille autant qu’au toucher. Dans ce club strasbourgeois, les joueurs malvoyants et non-voyants s’entraînent plusieurs fois par semaine au showdown, avec la même intensité qu’un duel de championnat.
Cyprien, huit ans d’expérience, résume l’essentiel : « C’est un sport handisport donc pour les personnes handicapées. Bien que tout le monde puisse jouer, à la base, c’est quand même pour des personnes aveugles. » Inventé au Canada dans les années 1960, le showdown s’est surtout développé en Europe, porté par l’envie de continuer à pratiquer malgré le handicap visuel.
Une discipline précise, accessible et spectaculaire
Le showdown se joue sur une table aux dimensions proches de celles du tennis de table (3,66 m sur 1,20 m), avec un écran en plexiglas au milieu. Des rebords en bois empêchent la balle de s’échapper, et l’objectif est clair : la faire rouler, la faire passer sous le plexiglas et marquer dans un but en arc de cercle placé à chaque extrémité.
Les joueurs portent des gants et manient une raquette plus allongée que celle du ping-pong. Tout se joue sur la précision, l’anticipation et la concentration, dans une ambiance où chaque point compte. « Le but du jeu, c’est de marquer évidemment le plus de buts possible, plus que l’adversaire », explique Cyprien, comme une évidence.
Point clé : le showdown compte près de 400 licenciés en France, un sport en pleine progression porté par des clubs engagés.
Du sport, mais surtout un antidote à l’isolement
André, retraité, pratique depuis presque neuf ans. Ce qu’il vient chercher dépasse la performance : « C’est la compétition, les rencontres avec d’autres. Ça permet de ne pas être isolé. » Même en quatrième division, l’envie reste la même : jouer, progresser, se mesurer à plus fort que soi, et partager un moment qui fait du bien.
À chaque service, les repères se construisent autrement : écoute, réflexes, confiance. Et dans ce cadre, la salle devient un lieu d’énergie collective, où l’on se retrouve autant pour l’entraînement que pour le plaisir d’être ensemble.
Un sport qui grandit et vise un rêve paralympique
Nicolas est responsable showdown à C' cité Strasbourg. Pour lui, la discipline coche toutes les cases : « Ça me permet de faire du sport au moins deux à trois fois par semaine, avoir un lien social aussi, également important. » Il aime aussi l’aspect organisationnel, l’idée de faire vivre des événements et de fédérer une communauté.
Et l’horizon est ambitieux : faire entrer le showdown aux Jeux paralympiques. « Des dossiers, des instances internationales ont été déposées pour 2032 », précise Nicolas, convaincu par la dynamique actuelle. De nouveaux pays se lancent, comme la Colombie ou le Brésil, qui viennent de créer leur championnat national : autant de signaux positifs pour une reconnaissance internationale.
À Strasbourg, le showdown montre déjà sa plus belle victoire : transformer une table, une balle sonore et deux raquettes en un espace de confiance, de progression et de rencontres. Une bonne raison d’aller découvrir ce sport… et, pourquoi pas, de l’essayer.

