Sensibiliser pour une meilleure inclusion des personnes judiciarisées

Francois Willmann· 4 mai 2026 à 06:00
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L’association lyonnaise, Possible, créée en 2014 a pour vocation de sensibiliser à l’univers pénal et carcéral. L’objectif étant d’aller vers plus d’inclusion dans la société des personnes judiciarisées.

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Rendre visible ce qui semble lointain

La prison, les détenus, la justice : pour beaucoup, ces réalités restent floues, parfois intimidantes, souvent réduites à des clichés. À Lyon, l’association Possible, créée en 2014, s’est donné une mission simple et essentielle : rendre l’univers pénal et carcéral accessible au grand public. En informant, en éduquant et en déconstruisant les idées reçues, elle agit pour une inclusion plus juste des personnes judiciarisées, dans la vie personnelle comme professionnelle. Car réinsérer ne dépend pas uniquement de la personne qui sort : cela dépend aussi de la place que la société est prête à lui faire. Cette approche part d’un constat : on ne peut pas demander à quelqu’un de « revenir » dans un monde qui ne le comprend pas, ou qui le rejette d’emblée. Possible travaille donc sur le maillon souvent oublié de la réinsertion : le regard collectif. « Pour réinsérer les gens, il faut les réinsérer dans une société qui veuille bien d’eux et donc qui ait le bon niveau d’information », souligne Marion Moulin, déléguée générale de l’association. En éclairant les mécanismes de la justice, Possible ne cherche pas à simplifier à l’excès, mais à rendre intelligible. L’objectif est d’outiller les citoyens, de donner des repères, et de replacer les trajectoires judiciaires dans un contexte social plus large. Une démarche précieuse à l’heure où les opinions se forgent vite, souvent sans rencontre ni connaissance directe.

Des formats grand public pour toucher les « non-initiés »

Possible a fait un choix stratégique : ne pas s’adresser uniquement aux personnes déjà sensibilisées. L’association privilégie des formats vivants, concrets, ouverts, conçus pour celles et ceux qui se sentent éloignés du sujet. « L’idée, c’est vraiment de sortir un peu des conférences très descendantes… Nous, notre cible, c’est vraiment les non-initiés », explique Marion Moulin. Parmi les actions phares, un dispositif parle de lui-même : le « rendez-vous au tribunal ». Le principe est direct : emmener un petit groupe de citoyens assister à des audiences, notamment des comparutions immédiates. Une immersion encadrée, pensée comme un moment de compréhension et de réalité. « C’est un très bon moyen de se rendre compte de façon réelle comment fonctionne la justice et aussi qui passe devant la justice », insiste la déléguée générale. Ce type d’expérience change souvent la perception en profondeur. Voir, écouter, comprendre le déroulé d’une audience, les mots employés, les parcours évoqués : tout cela remet du concret là où il n’y avait parfois que des représentations. Et surtout, cela permet de saisir que la prison n’est pas un monde parallèle, mais l’aboutissement d’histoires humaines, sociales, parfois marquées dès l’enfance.

Comprendre les parcours pour mieux agir

Possible défend une vision globale : la prison n’arrive pas « par hasard ». L’association rappelle qu’une partie importante des personnes incarcérées vivaient déjà dans la précarité avant leur entrée en détention. « Il y a 60% des personnes détenues qui étaient avant leur incarcération en situation de grande précarité sociale et économique », souligne Marion Moulin. Derrière ce chiffre, une réalité : la justice pénale se croise avec d’autres fragilités, et l’incarcération peut être le dernier maillon d’une chaîne d’échecs institutionnels. Cette lecture n’efface pas l’infraction, mais elle évite les raccourcis. Elle permet aussi d’orienter l’action là où elle peut être utile : prévention, accompagnement, soutien, accès aux droits, insertion. « La prison, c’est avant tout l’aboutissement d’une chaîne marquée par l’échec d’autres politiques institutionnelles comme celle de l’école, de l’aide sociale à l’enfance », rappelle-t-elle. Possible insiste également sur l’importance d’un regard nuancé, qui tient ensemble deux réalités : des actes condamnables et des parcours souvent cabossés. La connaissance devient alors un levier de responsabilité collective : mieux comprendre n’est pas excuser, c’est se donner les moyens d’agir efficacement pour réduire la récidive et renforcer la cohésion sociale.

La jeunesse, un public clé pour reconstruire la confiance

Au fil des années, Possible a développé des actions spécifiques pour les jeunes, avec une conviction : c’est un âge où tout se construit, y compris le rapport aux institutions. L’association intervient dans les collèges et les lycées, parfois dans le cadre de programmes de prévention de la délinquance. Elle répond aussi à une attente : une jeunesse de plus en plus engagée, demandeuse de comprendre les enjeux sociétaux. Une partie des interventions concerne des jeunes déjà « sous main de justice », engagés dans des mesures judiciaires. Ici, l’enjeu est différent : recréer du lien, redonner de la lisibilité à des procédures complexes, et surtout restaurer une capacité à agir. « L’objectif final, c’est qu’ils récupèrent de la compréhension et du pouvoir d’agir sur ce qui leur arrive », résume Marion Moulin. Derrière ces mots, une idée forte : comprendre, c’est reprendre la main sur sa trajectoire. Ce travail de pédagogie et de médiation peut aussi apaiser une relation parfois abîmée avec l’institution. Quand les règles deviennent compréhensibles, quand les interlocuteurs sont identifiés, quand les droits et les devoirs sont clarifiés, la confiance peut se reconstruire. Et cette confiance est un socle précieux pour éviter le décrochage, la répétition des erreurs, et favoriser un avenir plus stable.

Changer les regards pour ouvrir des portes d’insertion

Possible agit également auprès d’acteurs décisifs de l’inclusion : recruteurs, bailleurs, professionnels de santé. Car l’insertion ne se joue pas seulement à la sortie de prison : elle se joue dans l’accès à un logement, à un emploi, à des soins, à une place dans la cité. Sensibiliser ces professionnels, c’est lever des freins, réduire les peurs, et encourager des pratiques plus justes. L’association s’appuie sur les travaux autour de la « désistance », ce processus de sortie de la délinquance. Et un point ressort nettement : le regard porté sur la personne compte énormément. « Si on regarde ces gens comme des désistants potentiels plutôt que comme des récidivistes en puissance, ce regard de confiance… va influer positivement sur leur comportement », explique Marion Moulin. La confiance n’est pas naïve : elle est un investissement, un facteur reconnu qui peut aider à stabiliser un parcours. Pour faire tomber les préjugés, Possible mise enfin sur la rencontre. Mettre des visages, des histoires, des mots sur ce que l’on croyait connaître change souvent la perspective. « Ces préjugés-là, ils tombent très vite quand on rencontre une personne qui a vécu une expérience carcérale, qui vient témoigner de son parcours », rappelle la déléguée générale. L’écoute crée de la nuance, la nuance ouvre de l’espace, et cet espace peut devenir une chance de réinsertion. L’association accompagne également des projets qui ont pour objectif de favoriser l’insertion des personnes judiciarisées. Depuis sa création, elle a déjà accompagné plus de 80 structures. À l’échelle d’une ville, puis au-delà, l’association trace un chemin concret : informer, relier, faire dialoguer des mondes qui s’ignorent. Une dynamique qui rappelle une évidence souvent oubliée : une société inclusive se construit autant par la justice que par la capacité de chacun à laisser une place à l’autre, et à croire en la possibilité d’un nouveau départ.
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