Savon de Marseille : pour le ménage, la peau, la vaisselle ou encore les dents

Olivier MONTEGUT· 13 janvier 2026 à 08:00
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À Marseille, la Savonnerie Marseillaise de la Licorne fabrique des savons traditionnels depuis plusieurs générations. Un produit simple, économique et polyvalent, qui revient au cœur des gestes du quotidien.

À écouter

Dans l’usine-atelier de La Licorne, Serge Bruna raconte une aventure commencée bien avant la marque actuelle. « Mon grand-père a commencé à faire du savon en 1932 », explique le président de la savonnerie marseillaise, l'une des 4 dernières savonnerie artisanale de la ville. À l’époque, il travaille en “marque blanche”, sans nom propre.

Le virage se fait plus tard, lorsque le savon de Marseille retrouve de la visibilité. « Il y a une trentaine d’années… on a choisi de faire notre propre marque et on a créé la Licorne », poursuit-il. Une façon de défendre une fabrication traditionnelle tout en l’inscrivant dans le présent, avec l’espoir d’une relève : « Peut-être que nos enfants reprendront, on verra. »

Dans l’atelier, la “magie” de la saponification

Ici, pas de mystère : le savon naît d’un procédé précis, transmis et maîtrisé. « La fabrication se fait en plusieurs étapes », décrit Serge Bruna, en nous guidant au milieu des cuves. Première étape : un grand chaudron où l’on verse l’huile, base incontournable du savon de Marseille traditionnel.

Serge Bruna donne un repère historique : « Colbert l’avait décrété en 1688, ça doit être exclusivement végétal, donc à base d’huile. » À l’origine, l’huile d’olive dominait, puis les recettes ont évolué avec des mélanges d’huiles pour améliorer l’efficacité. Ensuite vient la soude, ajoutée et mélangée : « La saponification, c’est la magie de cette réaction… ça va former le savon. »

Un savon, mille usages : économique, écologique et malin

Le savon de Marseille ne se limite pas à la salle de bain. « C’est économique et écologique », insiste Serge Bruna. Il sert à se laver, à faire la lessive, et s’invite aussi dans des usages professionnels plus inattendus : « On en vend à des peintres pour leurs pinceaux », ou encore à des artisans du cuir de luxe « pour les sièges de voiture ».

Dans les campagnes aussi, il trouve sa place : « On en vend aux agriculteurs qui vont le râper contre les pucerons. » Et côté habitudes, les pratiques évoluent… parfois en revenant aux fondamentaux. « Certains anciens se lavaient les cheveux, les dents. Il y a des jeunes qui reviennent à ça », observe-t-il.

Un détail revient souvent chez les plus jeunes clients : la sobriété. Serge Bruna raconte ces adolescents venus chercher un simple pain de savon : « Parce qu’il n’y a pas d’emballage à jeter, ça dure des mois et on sent que c’est quelque chose de pur. »

Hygiène et bien-être : un geste simple qui protège

Au-delà de la praticité, le savon de Marseille s’inscrit dans une histoire de santé publique. « Le savon de Marseille a toujours été reconnu comme étant bon pour la peau », rappelle Serge Bruna, avant d’élargir : l’usage du savon a contribué à « améliorer l’espérance de vie » en limitant certaines maladies grâce à l’hygiène.

Une réalité redevenue très concrète ces dernières années. « Lors du Covid… un bon lavage de savon de Marseille était encore plus efficace que le fameux gel hydroalcoolique », affirme-t-il, en parlant de l’élimination des virus et bactéries. Côté douceur, le savon reste d’abord un nettoyant, mais il peut être enrichi : « On peut l’améliorer… on va mettre un surgras dedans », comme de « l’huile d’amande douce » ou du « beurre de karité ».

Dans un monde qui cherche des solutions simples, durables et accessibles, le savon de Marseille rappelle qu’un produit du quotidien peut aussi être un choix éclairé. Et parfois, il suffit d’un pain de savon pour remettre du bon sens — et un peu de tradition — dans nos routines.