Santé mentale au travail : quand les salariés reprennent la main

Gilles ANDRE· 27 mars 2026 à 09:00
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Bonne nouvelle : la santé mentale individuelle des salariés s’améliore. Mais le baromètre Teale alerte sur un cadre de travail encore trop peu soutenant. Des solutions concrètes existent, à portée d’entreprise.

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Un baromètre qui révèle un double mouvement

Pour sa troisième édition, Teale a interrogé 10 000 répondants et dresse un constat nuancé : les salariés vont mieux… mais pas grâce à leur organisation. « C’est la première fois cette année qu’on remarque que le score de santé mentale individuelle s’améliore », observe Anaïs Roux, directrice scientifique chez Teale. En parallèle, le cadre de travail est jugé « pas suffisamment soutenant », notamment sur des leviers collectifs comme la reconnaissance ou la clarté des priorités.

Autrement dit, beaucoup de Français ont renforcé leurs ressources personnelles, tandis que les pratiques managériales et certaines dynamiques d’entreprise n’ont pas évolué au même rythme. Un décalage qui peut fragiliser, à terme, même les collaborateurs les mieux outillés.

Ce que les salariés ont déjà changé dans leur quotidien

Si les indicateurs individuels progressent, c’est d’abord parce que les salariés ont appris à mieux se connaître face à la pression. « Ils ont appris à identifier leurs limites » et à repérer les signaux d’alerte, explique Anaïs Roux. Entre 2024 et 2025, la gestion du stress progresse nettement, signe que les stratégies de régulation se diffusent et s’ancrent dans les habitudes.

Deuxième moteur : la forme physique. Activité, sommeil, récupération… les répondants déclarent se sentir « plus en forme, plus reposés » et davantage capables de tenir dans la durée. Troisième pilier : l’équilibre de vie, avec une recherche plus assumée d’un quotidien où vie professionnelle et personnelle se soutiennent au lieu de s’opposer.

Point clé : le baromètre TILE s’appuie sur 10 000 répondants, un volume qui permet de dégager des tendances solides sur la santé mentale des salariés.

Reconnaissance, sens, ressources : les attentes côté entreprises

Les salariés ne demandent pas seulement des outils individuels : ils réclament un environnement de travail plus protecteur. En tête, la reconnaissance. Puis vient le sentiment de sens : « Est-ce que mon travail a du sens au quotidien ? » résume Anaïs Roux. Deux dimensions qui pèsent fortement sur l’engagement et la stabilité émotionnelle.

Autre message clair : réduire le stress au travail à la source. « À partir du moment où on est dans un environnement où le stress au travail est beaucoup trop important, il y a forcément un moment de rupture », prévient-elle. Enfin, les collaborateurs attendent des ressources suffisantes pour bien travailler : outils, autonomie, marges de manœuvre, capacités à prioriser… autant de facteurs liés au respect et à la qualité du collectif.

Passer à l’action : diagnostiquer, piloter, ajuster

Pour Teale, la première étape est non négociable : faire de la santé mentale un sujet de gouvernance. « Tant que la santé mentale n’est pas un enjeu de gouvernance, ça ne marchera pas », insiste Anaïs Roux. Concrètement : des données, des tableaux de bord, des indicateurs organisationnels (alignement des valeurs, perception des ressources, reconnaissance, équilibre des temps de vie…). « Tout ça, ça se chiffre », rappelle-t-elle.

Ensuite, place au pilotage : mesurer, mettre en place, puis vérifier si les indicateurs évoluent. Sur le stress, l’entreprise peut agir sur la soutenabilité de la charge de travail : volumes, délais, interruptions, outils, autonomie, capacité à dire non, à déléguer. Un autre levier souvent sous-estimé est la lisibilité : quand les priorités sont floues, le stress explose. Clarifier ce qui est attendu, définir des repères réalistes, préciser les critères d’un travail bien fait… et surtout ouvrir des espaces où chacun peut exprimer sa perception.

Le piège, selon la directrice scientifique, serait de copier une solution « à la mode » sans diagnostic : séances de psychothérapie, plateforme de bien-être, programme standardisé… alors que le vrai besoin peut être une médiation entre équipes ou une refonte des priorités. Le plus positif dans ce baromètre, c’est peut-être cela : les salariés montrent qu’ils peuvent progresser, et les entreprises ont désormais une feuille de route claire pour les rejoindre. À chacun de transformer l’essai, en faisant du travail un lieu qui soutient autant qu’il mobilise.

#Mieux travailler