Lieu : France

Regarder les nuages est presque une méditation… et il existe même une société pour ça

Christophe Duhamel· 12 août 2026 à 15:02

S’allonger dans l’herbe et regarder passer les nuages peut sembler être le degré zéro de l’activité humaine. C’est justement ce qui pourrait lui donner une partie de son intérêt : notre attention se pose sans véritable effort, laissant un peu de répit au cerveau. Certains en ont même fait une passion mondiale.

Vous levez les yeux pour savoir s’il va pleuvoir. Puis un cumulus ressemble vaguement à un lapin. Celui qui arrive derrière pourrait être une baleine, à moins qu’il ne s’agisse d’une chaussure particulièrement ambitieuse. Cinq minutes plus tard, vous êtes toujours là.

Et, pendant ce temps, vous n’avez rien produit, rien liké, rien commandé et aucune notification n’a exigé une réponse.

Regarder les nuages peut-il vraiment nous faire du bien ?

La réponse la plus rigoureuse est : probablement, mais pas parce que les nuages posséderaient une vertu thérapeutique particulière. Je n’ai trouvé aucune étude de qualité démontrant spécifiquement que contempler des cumulus pendant dix minutes réduit le cortisol ou soigne l’anxiété.

En revanche, les recherches consacrées à l’attention, à la nature et à la méditation ouverte fournissent une explication assez convaincante à cette sensation de pause mentale.

Les nuages demandent juste assez d’attention

Au quotidien, notre cerveau sollicite sans cesse ce que les psychologues appellent l’attention dirigée : rester concentré sur un texte, conduire, suivre une réunion, sélectionner une information pertinente parmi vingt autres.

Cette attention demande un effort.

À l’inverse, certains éléments naturels attirent doucement notre regard sans exiger que nous fassions quoi que ce soit. Des feuilles qui bougent, l’eau d’une rivière, des flammes… ou des nuages qui se transforment lentement.

C’est ce que la théorie de la restauration de l’attention appelle la « fascination douce ».

Dans une expérience publiée dans Psychological Science, des chercheurs de l’Université du Michigan avaient par exemple observé de meilleures performances à certaines tâches d’attention après une promenade dans la nature qu’après une promenade urbaine. Le simple fait de regarder des images de nature produisait également certains bénéfices.

Une autre expérience menée en 2022 a retrouvé une meilleure récupération de la mémoire de travail chez des participants ayant observé des paysages naturels après une tâche mentalement fatigante, comparativement à des paysages urbains ou à l’absence de paysage.

Cela ne prouve toujours pas « l’effet cumulus ».

Mais un ciel où les formes apparaissent, évoluent et disparaissent correspond particulièrement bien à l’idée d’un spectacle suffisamment intéressant pour retenir l’attention, mais pas suffisamment exigeant pour la monopoliser.

Pour une fois, regarder quelque chose sans chercher à en faire quoi que ce soit pourrait donc être précisément le programme.

Est-ce vraiment méditer ?

Pas nécessairement.

Méditer suppose généralement une certaine intention : porter son attention sur sa respiration, ses sensations, un son ou, dans certaines pratiques, observer simplement ce qui apparaît dans le champ de conscience.

AirZen explique d’ailleurs dans son guide de la méditation et de la pleine conscience que méditer ne consiste pas à réussir à « vider son esprit », mais plutôt à observer ce qui s’y passe et à apprendre à orienter son attention.

Or regarder les nuages s’en rapproche étonnamment.

Des chercheurs de l’Université d’Uppsala ont justement testé une forme de méditation dite « open monitoring », ou observation ouverte, pratiquée dans un environnement naturel. Leur étude publiée en 2018 suggère que le cadre naturel peut faciliter cette attention ouverte en demandant moins d’effort que certaines pratiques classiques de concentration.

Autrement dit : si vous observez simplement le ciel, laissez votre attention passer d’une forme à une autre et revenez à ce que vous voyez lorsque votre esprit part ailleurs, vous êtes assez proche d’un petit exercice de pleine conscience.

Il n’est même pas nécessaire de prononcer le mot « méditation » si cela vous donne immédiatement envie de faire autre chose.

Des milliers de personnes ont déjà la tête dans les nuages

Cette occupation apparemment peu productive possède même son organisation internationale.

La Cloud Appreciation Society a été lancée en 2005 par le Britannique Gavin Pretor-Pinney. Son objectif : réunir ceux qui considèrent que les nuages méritent mieux que d’être uniquement associés au mauvais temps.

L’organisation compte aujourd’hui des membres dans 120 pays. Son manifeste célèbre les nuages comme un spectacle naturel accessible à tous et invite très sérieusement ses membres à passer davantage de temps à les contempler. Elle propose même des ressources pédagogiques incluant des exercices de pleine conscience utilisant le ciel avec les enfants.

Ce qui pourrait passer pour un club de rêveurs a d’ailleurs laissé une petite trace dans l’histoire de la météorologie.

Un club d’amateurs a contribué à faire entrer un nouveau nuage dans les livres

Au début des années 2000, des membres de la société commencent à envoyer des photographies montrant d’étranges formations ondulées sous certains nuages. Gavin Pretor-Pinney propose en 2008 de reconnaître cette particularité, qu’il baptise alors « asperatus ».

L’affaire finit par dépasser le cercle des amateurs.

Après expertise scientifique, l’Organisation météorologique mondiale l’intègre en 2017 sous le nom asperitas dans son prestigieux Atlas international des nuages. Il s’agit de structures ondulées spectaculaires donnant parfois l’impression d’observer une mer agitée depuis dessous.

Pas mal pour des gens accusés d’avoir la tête dans les nuages.

Regarder sans photographier tout de suite

Il existe une manière très simple de tester l’expérience.

Trouvez un endroit où vous pouvez voir largement le ciel. Asseyez-vous ou allongez-vous. Puis regardez les nuages pendant cinq minutes.

Au début, ne cherchez même pas à savoir s’il s’agit d’un cirrus, d’un cumulus ou d’un altocumulus.

Observez seulement :

  • leur déplacement ;

  • leurs changements de forme ;

  • les différentes nuances de blanc et de gris ;

  • la lumière sur leurs contours.

Si une pensée arrive, inutile de la chasser. Revenez simplement au ciel.

C’est exactement cette manière d’orienter puis de relâcher l’attention que l’on retrouve dans certaines pratiques de pleine conscience. Pour aller plus loin, AirZen propose aussi la Minute de l’attention du Dr Jean-Gérard Bloch, consacrée à notre capacité à reprendre la main sur une attention constamment sollicitée.

Vous pouvez évidemment prendre une photo.

Mais peut-être après les cinq minutes.

Le nuage, lui, n’attend probablement pas de savoir combien de personnes ont aimé sa publication.

Le réflexe AirZen

La prochaine fois que vous attendez quelqu’un, au lieu de sortir immédiatement votre téléphone, regardez le ciel pendant deux minutes. Aucun objectif à atteindre : trouvez simplement un nuage et observez comment il change.

Avoir momentanément la tête dans les nuages est peut-être parfois une excellente manière de retrouver ses pieds sur terre.

Sources :

Cloud Appreciation Society — About us

Cloud Appreciation Society — Manifesto

Berman, Jonides & Kaplan, 2008 — The cognitive benefits of interacting with nature

Lymeus, Lindberg & Hartig, 2018 — Meditation in natural settings supports open monitoring and attention restoration

van Oordt, Ouwehand & Paas, 2022 — Restorative Effects of Observing Natural and Urban Scenery after Working Memory Depletion

Organisation météorologique mondiale — Histoire de la nomenclature des nuages et asperitas

Organisation météorologique mondiale — Asperitas

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