Radiothérapie FLASH : la France bâtit la première plateforme VHEE mondiale pour traiter les cancers résistants. Essais cliniques prévus à Orsay dès 2029.
Ce que change la radiothérapie FLASH : une irradiation en moins d'une seconde là où les séances durent plusieurs minutes
Plus de la moitié des patients atteints de cancer reçoivent de la radiothérapie au cours de leur parcours de soins, selon l'Institut National du Cancer. Des rayonnements ionisants détruisent les cellules tumorales. La contrainte reste la même depuis des décennies. Viser juste sans abîmer les tissus sains autour.
C'est précisément là que la radiothérapie FLASH modifie les termes du problème. La dose totale d'irradiation reste comparable à la radiothérapie conventionnelle. Ce qui change radicalement, c'est le débit de dose : le rayonnement est délivré en moins d'une seconde, contre plusieurs minutes en séance classique.
À dose équivalente, les tissus sains semblent mieux tolérer une irradiation FLASH, tandis que l'effet sur la tumeur serait préservé. Les chercheurs parlent d'effet FLASH. Toutefois, les mécanismes biologiques exacts restent débattus depuis 2022 dans les grandes revues d'oncologie : rôle de l'oxygène, chimie des radicaux libres, micro-environnement tumoral.
FRATHEA : les électrons de 100 à 250 MeV pour traiter les tumeurs profondes hors de portée des appareils disponibles
Les dispositifs FLASH existants dans le monde utilisent des faisceaux d'électrons dont la pénétration dans les tissus reste faible. Résultat : leur application clinique se limite surtout aux lésions superficielles. La contrainte est physique. Un faisceau classique ne descend tout simplement pas assez profond.
Le projet FRATHEA (Flash RAdiation THerapy Electron Acceleration) parie sur une autre catégorie de faisceaux, les VHEE (Very High Energy Electrons). Avec une énergie comprise entre 100 et 250 méga-électronvolts, contre 10 MeV en radiothérapie conventionnelle, ces électrons pénètrent jusqu'à 30 centimètres dans les tissus. La différence change tout pour les cancers internes.
Les premières indications thérapeutiques envisagées à Orsay portent sur :
- les cancers du poumon et du pancréas ;
- les tumeurs cérébrales ;
- les cancers situés à proximité d'organes vitaux ;
- les tumeurs pédiatriques, où réduire les séquelles à long terme constitue un enjeu majeur.
Aucun appareil VHEE clinique n'existe encore dans le monde. C'est précisément le vide que le projet français entend combler d'ici 2029, date prévue pour la mise en service de la plateforme sur le site du Centre de protonthérapie d'Orsay.
Thales, expert des accélérateurs de particules depuis 50 ans, devient le constructeur de l'irradiateur FLASH d'Orsay
Voir un groupe réputé pour la défense et l'aéronautique entrer en oncologie peut surprendre. En réalité, construire un irradiateur FLASH-VHEE exige des compétences rares. Électronique de contrôle en temps réel, accélérateurs à haute puissance, sûreté industrielle : l'exigence relève du même registre que les systèmes critiques.
Thales s'appuie sur 50 ans d'expérience dans les accélérateurs de particules, développée avec le CEA pour des applications scientifiques et souveraines. Sélectionné après appel d'offres lancé en 2025, le groupe devra construire et installer l'irradiateur FRATHEA d'ici 2027. Deux ans de recherche préclinique suivront avant les premiers essais chez l'humain.
La répartition des rôles dans ce partenariat suit une logique claire. L'Institut Curie — premier centre de protonthérapie en France, fondé par Marie Curie en 1909 — apporte l'expertise médicale et oncologique. Le CEA fournit son savoir-faire en physique des particules et en radioprotection. Thales assure l'industrialisation d'un prototype scientifique en équipement robuste et reproductible.
Ce que le projet FRATHEA représente pour la France dans une compétition mondiale qui mêle science, médecine et industrie
Les États-Unis, la Suisse, le Royaume-Uni et plusieurs centres asiatiques travaillent eux aussi sur la radiothérapie FLASH. Le CERN, à Genève, teste des faisceaux VHEE sur son accélérateur CLEAR à 200 MeV depuis plusieurs années. La course est engagée.
Pour la France, l'enjeu dépasse la médecine seule. Si la technologie confirme ses résultats, un marché mondial d'équipements hospitaliers avancés pourrait émerger. Le projet FRATHEA bénéficie d'un financement de 37 millions d'euros sur quatre ans, apporté par France 2030 et la Région Île-de-France.
Les premières cibles sont les cancers sans traitement suffisant. Pour un patient atteint d'un cancer du pancréas, les options disponibles demeurent très limitées. Si l'effet FLASH se confirme à Orsay, des séances plus courtes et une meilleure protection des organes sains pourraient transformer les soins dès 2029.

