Psychologie : apprivoiser le sentiment d'injustice, avec Delphine Py

Camille Tribet· 31 mars 2026 à 08:20
Ajoutez-nous en favori

Et si le sentiment d’injustice devenait un signal utile plutôt qu’un poison du quotidien ? La psychologue Delphine Py propose des clés concrètes pour sortir des ruminations et retrouver de l’élan.

À écouter

Pourquoi certains encaissent quand d’autres s’embrasent face à la même situation ? Pour Delphine Py, psychologue spécialiséeen thérapie cognitive et comportementale (TCC), une émotion naît aussi de notre interprétation. « On a tous un filtre devant les yeux, plus ou moins épais, plus ou moins opaque, qui colore notre réalité », explique-t-elle au micro d’AirZen Radio. Ce filtre se construit avec notre personnalité, notre éducation, nos expériences de vie, voire notre style d’attachement.

L’exemple est parlant : vous traversez la rue pour saluer un ami, et il passe sans vous dire bonjour. On peut se dire « il ne m’a pas vue » et ressentir une simple déception… ou penser « il l’a fait exprès » et sentir monter la colère. Même scène, deux histoires intérieures, deux émotions différentes.

Quand l’injustice devient une comparaison qui fait mal

« Notre sentiment d’injustice vient souvent d’une comparaison entre ce qu’on a et ce qu’on estime qu’on devrait avoir », souligne Delphine Pi. Un enfant reçoit cinq bonbons, il est ravi… jusqu’à ce qu’il voie son voisin en recevoir dix. Soudain, la joie se transforme en frustration : « pourquoi moi, je n’en ai pas autant ? ». Dans la vie adulte, ce réflexe de comparaison peut s’inviter partout : au travail, en famille, dans nos relations, et alimenter l’impression que « le sort s’acharne ».

Une émotion utile… à condition de bien s’en servir

Bonne nouvelle : ressentir l’injustice n’est pas un défaut. « Toutes les émotions sont utiles. Toutes les émotions ont une fonction », rappelle Delphine Py. Elles portent un message sur un besoin : être rassuré, reconnu, respecté, sécurisé. Autrement dit, l’émotion n’est pas le problème ; c’est ce que l’on en fait qui peut nous abîmer.

À quel moment faut-il se montrer vigilant pour sa santé mentale ? Quand le sentiment d’injustice envahit le quotidien. Delphine Py évoque ces moments où l’on tourne en boucle, où les ruminations s’installent, où l’on se replie, au point de ne plus aller vers les autres. « Dès lors que vraiment ça prend trop de place dans notre vie », il devient important de se faire aider et de reprendre la main sur ses pensées.

Son livre,« C’est injuste ! » (éditions Marabout), s’adresse à celles et ceux qui veulent transformer ce ressenti en boussole plutôt qu’en fardeau. Une invitation à desserrer le filtre, à apaiser la comparaison, et à retrouver un quotidien plus léger pour sortir de ce cercle vicieux.

#Mieux être