Pleurer devant un film : ces larmes qui font du bien

Jerome Pasanau· 20 avril 2026 à 09:00
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Devant un film triste, les larmes coulent… et c’est souvent une bonne nouvelle. Selon la psychologue Caroline Bonnet, cette émotion nous aide à relâcher la pression, à mieux nous comprendre et à avancer, en douceur.

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Des larmes en sécurité, sans jugement

Pourquoi chercher la tristesse sur un écran alors qu’on la fuit dans la vie ? Pour Caroline Bonnet, psychologue et docteure en psychologie, tout se joue dans le cadre : « On est tranquille devant son écran et on peut lâcher… sans jugement ». Comme une séance de sport émotionnelle, le film devient un espace où l’on s’autorise enfin à relâcher.

Cette « décharge » a quelque chose de libérateur : on n’est pas dans l’action, on ne doit rien résoudre, on peut simplement ressentir. Et ce moment de vulnérabilité n’a rien d’une faiblesse. Il marque, au contraire, une capacité à s’écouter.

La tristesse, une émotion utile… et même positive

La tristesse traîne souvent une mauvaise réputation. Pourtant, Caroline Bonnet le rappelle clairement : « Ah non, pas du tout. Heureusement qu’on a cette émotion-là ». Elle n’est pas là pour nous plomber, mais pour nous informer : elle parle de transition, d’acceptation, parfois de séparation.

Autrement dit, pleurer devant Titanic ou La vie est belle peut être une manière de digérer ce qui, dans nos vies, demande de la place et du temps. « C’est intéressant de se poser la question : qu’est-ce que ça me raconte cette tristesse ? », insiste la psychologue. Accueillie, l’émotion devient un passage, pas une impasse.

Point clé : pleurer n’est pas forcément signe de tristesse. On peut pleurer « de rire », d’émotion, de nostalgie… Les larmes sont un langage du corps, pas un diagnostic.

Empathie, identification : quand le cerveau se met en mode “miroir”

Quand un film nous bouleverse, pleure-t-on pour les personnages ou pour soi ? Souvent, les deux. « Ça montre aussi l’empathie… la capacité de se mettre à la place », explique Caroline Bonnet. Les images, les expressions, la musique : tout favorise l’identification, bien plus qu’un livre, où l’on “fabrique” davantage les scènes.

Le cerveau fait alors un travail discret mais puissant : il relie une phrase, une situation, un regard à notre propre histoire. « Si tout d’un coup vous vous sentez triste… ça veut dire qu’il se passe quelque chose dans votre tête que vous n’avez pas entendu », souligne la psychologue. Parfois, on comprend après coup : une scène a réveillé une rupture, un manque, un souvenir enfoui. Et les larmes viennent remettre du mouvement là où tout était resté coincé.

Quand s’inquiéter ? Et quand savourer le soulagement

Une soirée “film mouchoirs” n’a rien d’alarmant, surtout si l’on se sent plus léger ensuite. Mais si les pleurs deviennent fréquents, envahissants, ou si la tristesse s’installe, il peut y avoir autre chose à aller regarder. Caroline Bonnet distingue une tristesse passagère d’une souffrance plus profonde, parfois « presque pathologique », qui mérite d’être accompagnée.

Et là, elle est très claire : « Il faut aller voir un professionnel ». Non pas pour se “réparer”, mais pour comprendre ce qui se rejoue, remettre de l’ordre, et retrouver un équilibre émotionnel. À l’inverse, quand les larmes arrivent ponctuellement devant un film, elles peuvent être accueillies comme un signe de vitalité intérieure.

Alors la prochaine fois, couverture sur les genoux et mouchoirs à portée de main, laissez l’émotion faire son travail. Comme le résume Caroline Bonnet, « pleurer, c’est bon, personne ne vous jugera ». Et si ces larmes vous rapprochent de vous-même, elles valent largement un générique de fin.

Pour aller plus loin > "Liking Gap" : quand on se juge plus durement que les autres