Pas à pas, des familles détachent leurs enfants des écrans

Camille Tribet· 17 février 2026 à 15:50
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Pas à Pas l'Enfant est une association qui aide les parents à remplacer les écrans par des moments partagés. Une approche sans culpabilisation, qui lutte contre une nouvelle forme d'inégalité

À écouter

Des alternatives concrètes plutôt que des injonctions

Dans les locaux de l’association Pas à pas l’enfant, fondée par Justine Fesneau, l’ambiance donne le ton : des livres, des jeux pour les 0-6 ans, et même des post-it sur certains jouets, « très bon état, en complet », pour les transmettre à d’autres familles. Ici, l’objectif est clair : soutenir le développement des tout-petits, mis à mal par la surexposition aux écrans. « Notre réponse à ça, ce n’est pas l’injonction, mais des solutions pour les parents », explique Justine.

L’association intervient dans les quartiers prioritaires, là où le quotidien peut rendre l’écran tentant, par fatigue, manque de temps ou isolement. Pas à pas l’enfant ne se contente pas de proposer des idées : elle aide aussi les familles à les ancrer dans leurs habitudes, pour que les alternatives deviennent naturelles, jour après jour.

La “technophérence”, ou quand l’écran s’invite entre parent et enfant

Le défi ne concerne pas seulement le temps d’écran de l’enfant, mais aussi celui des adultes. Justine met un mot sur une réalité fréquente : la « technophérence », quand le téléphone ou l’ordinateur coupe l’attention et la relation. « Même si l’enfant n’est pas directement exposé aux écrans, il va être exposé à son parent qui est derrière son écran », souligne-t-elle.

Or, dans les premières années, tout se joue dans l’interaction.Marion Denis, du think tank Vers le Haut, rappelle pourquoi la petite enfance est un moment décisif : « C’est dans les 1000 premiers jours que tout se construit pour l’enfant. » Et ce qui se construit d’abord, c’est la sécurité affective, ce sentiment simple et essentiel d’être vu, entendu, aimé.

La DEPP publiait d'ailleurs en 2025, que 26% des enfants de 3-4 ans auraient leur propre tablette dans les foyers à moins de 1 600 € par mois, contre 7% dans ceux à plus de 4 000 €. Marion Denis le confirme : toutes les familles n’ont pas les mêmes ressources ni le même temps disponible, et l’écran peut vite devenir une solution de facilité. D’où l’importance, selon elle, de soutenir prioritairement les plus fragiles, notamment via des solutions d’accueil et de stimulation adaptées.

Face à cette réalité, l’association défend une idée rassurante : les alternatives ne sont pas réservées à quelques foyers “équipés”. Elles peuvent être simples, gratuites, accessibles. « Même si on ne sait pas lire, on peut raconter des histoires. Même si on n’a pas de jeu, on peut jouer », insiste Justine.

Histoires du soir, jeux du quotidien : le pouvoir du “petit”

Et si le bonheur et le lien se nichaient dans de petites choses, souvent déjà là ? Raconter une histoire, changer de voix, inventer une aventure à partir d’un moment banal… « Tout peut être histoire, tout peut être jeu », sourit Justine, qui se réjouit déjà de rentrer chez elle en lançant à ses enfants : « Vous savez quoi ? J’ai eu une interview ! »

Et quand la journée est longue, la créativité peut tenir en un objet du quotidien. Une casserole retournée, une cuillère en bois, et voilà une batterie improvisée qui transforme la préparation du repas en moment de complicité. Une façon simple de remettre l’enfant en action, et surtout de le remettre en relation.

Pas à pas l’enfant rappelle qu’on n’a pas besoin d’être parfait pour faire grandir un enfant : on peut commencer par un jeu, une histoire, une présence. Et si, ce soir, on essayait… juste « pas à pas » ?

#Association#Mieux être