Paris : un club réunit les pères pour souffler, échanger et créer du lien

Jerome Pasanau· 5 mai 2026 à 07:00
Ajoutez-nous en favori

À Paris, un jeune papa a lancé le Papa Café Club pour que les pères se retrouvent avec leurs enfants. Un rendez-vous simple qui brise l’isolement, renforce l’équilibre familial et redonne une place à la parole des papas.

À écouter

Un café, des poussettes et une idée toute simple : se retrouver “en vrai”

Le concept tient en quelques mots et il fait mouche : un week-end sur deux, des pères se donnent rendez-vous autour d’un café, avec leurs enfants. Baptiste, à l’initiative du projet, a créé le Papa Café Club en mars dernier à Paris pour offrir aux papas un espace de discussion et de soutien, sans jugement. L’objectif est double : permettre aux pères d’échanger sur la paternité et, concrètement, libérer du temps pour les mères. « Grosso modo, c’est un groupe pour que les papas puissent se réunir, discuter entre eux… et passer du temps avec leurs enfants pour pouvoir libérer du temps aux mamans », résume-t-il au micro d’AirZen Radio.

Ici, pas de programme figé ni d’injonction à “bien faire”. On vient, on commande un café, on s’installe, on surveille les petits qui gigotent, et la conversation démarre naturellement. Parfois, on parle grossesse, accouchement, nuits hachées. D’autres fois, on parle de tout sauf de parentalité, juste pour respirer un peu. « Libre de parler de ce dont on a envie… de temps en temps, on a plus envie d’essayer de penser à autre chose », explique Baptiste, qui revendique aussi un espace « sans langue de bois ».

Ce choix du présentiel n’est pas anodin. Dans une époque où les conseils parentaux saturent les réseaux, le Papa Café Club mise sur la chaleur du réel. « Le sel de tout ça, c’est aussi au-delà des écrans, c’est de se retrouver en vrai, dans la vraie vie », insiste le fondateur. Une phrase qui dit beaucoup : la parentalité se vit souvent à huis clos, et la rencontre change la donne.

Rompre l’isolement des nouveaux pères, surtout quand on est “le premier”

Derrière le café, il y a un constat : devenir parent crée parfois un décalage avec son entourage. Baptiste le raconte avec franchise. Dans son groupe d’amis parisiens, il était le premier à attendre un enfant, au milieu de proches encore très “sorties” et soirées. L’arrivée de cette nouvelle vie l’a stressé, faute de repères et de personnes avec qui en parler. Une rencontre l’a aidé : José, un ami devenu papa avant lui. Discuter a suffi à desserrer l’étau. « Ça m’a fait du bien… de me dire qu’il y avait quand même beaucoup de bon qui allait arriver », confie Baptiste.

Puis vient l’après-naissance, souvent moins raconté. L’euphorie des débuts, et ensuite la fatigue qui s’installe, les nuits courtes, les questions qui surgissent. Baptiste met des mots sur un moment que beaucoup traversent en silence : aimer son enfant, et pourtant douter, se demander comment on en est arrivé là, sans oser charger davantage son ou sa partenaire. C’est en échangeant avec un père croisé à la crèche qu’il réalise qu’il n’est pas seul. Cette prise de conscience devient le moteur du club : créer un endroit où ces pensées peuvent se dire, sans dramatiser, mais sans les balayer non plus.

Le Papa Café Club répond aussi à une réalité sociale : quand on devient parent, la vie sociale se rétrécit. Les horaires changent, les priorités aussi, et l’on se retrouve parfois isolé, surtout dans les grandes villes. Baptiste décrit ce décalage avec humour et précision : les amis dorment, les parents sont déjà au parc. « À partir de 8 heures, on peut aller au parc et prendre un café… alors que nos amis profitent tranquillement de leur grasse matinée », sourit-il. D’où l’intérêt de rencontrer d’autres pères au même rythme, avec les mêmes contraintes, et la même envie de rester connectés au monde.

L’ambition va même plus loin : que les liens noués au café continuent en dehors des rendez-vous. « Le but, c’est que par la suite, les gens se rencontrent grâce au Papa Café Club et après se côtoient en dehors », explique Baptiste. Autrement dit : recréer un tissu d’amitiés, quand la parentalité tend parfois à refermer la porte.

Lors du premier rendez-vous officiel, ils étaient une dizaine de papas à se retrouver à Paris. Un démarrage rapide pour un projet lancé seulement en mars.

Responsabiliser les pères, alléger la charge mentale et rééquilibrer le quotidien

Le club n’est pas un tribunal, mais il porte une intention claire : encourager l’implication des pères au quotidien. Baptiste le dit sans détour : il aimerait « responsabiliser un petit peu plus les papas ». Il évoque ces scènes vues sur les réseaux, où certains pères ne connaissent pas la classe de leur enfant ou la date du prochain vaccin. Derrière l’anecdote, un enjeu : la charge mentale pèse encore largement sur les mères, et l’implication du second parent est un levier concret pour changer les choses.

Le Papa Café Club agit à sa manière, par l’exemple et l’entraide. En venant avec son enfant, chaque père prend sa part, physiquement et mentalement. On apprend en regardant les autres faire, en échangeant des astuces, en partageant ses ratés aussi. Baptiste insiste sur cette idée d’apprentissage permanent. « On apprend chaque jour… la parentalité, c’est un work in progress constant », dit-il, rappelant au passage que nos propres parents ont eux aussi appris “sur le tas”. Une manière de déculpabiliser et de remettre de la douceur dans un sujet souvent chargé.

L’équilibre du couple est au cœur du projet, sans être brandi comme un slogan. Baptiste le vit dans son foyer : sa conjointe le soutient, lui propose des idées, et profite aussi du temps libéré. « Elle est très contente, elle me soutient énormément… et ça l’aide aussi parce que comme ça, ça lui laisse aussi du temps libre », confie-t-il. Lui, de son côté, s’organise pour prendre sa fille et laisser à la mère de vrais moments à elle : déjeuner chez des amis, balades, sorties simples. Une parentalité plus partagée, concrète, qui se construit dans les détails du quotidien.

Et le club ne s’adresse pas à un seul modèle familial. Baptiste le précise : l’accueil est ouvert, quelles que soient les situations, tant que l’on vient avec son enfant. Une charte implicite se dessine : bienveillance, respect, et présence réelle. Un cadre qui rend la parole plus facile, et la rencontre plus naturelle.

Du présentiel à WhatsApp : une communauté qui s’entraide et consomme autrement

Le Papa Café Club vit dans les cafés, mais aussi dans la poche, via des groupes WhatsApp très actifs. Au départ, Baptiste l’admet, faire parler « tous ces hommes » n’a pas été simple. Puis la dynamique s’est installée, avec l’arrivée de nouveaux membres et l’habitude de se confier. Le numérique devient alors un prolongement du lien créé en vrai : on s’écrit entre deux rendez-vous, on demande un avis, on partage une ressource, on se rassure.

Les discussions vont bien au-delà des “petits tracas”. On y parle santé, nutrition, diversification alimentaire, organisation familiale. On y échange aussi des objets, on revend, on troque, pour éviter d’acheter neuf à chaque étape. Baptiste y voit un outil concret, utile, et aligné avec une consommation plus sobre : « On a des conversations de vente achat d’objets pour essayer de moins consommer », explique-t-il. Une manière d’ancrer l’entraide dans le réel, jusque dans les choix de consommation.

La première rencontre officielle, elle, a marqué les esprits. Une dizaine de pères, des enfants, des poussettes, et un tableau encore rare dans l’espace public. Baptiste raconte que des mères les arrêtaient dans la rue, surprises et admiratives : voir autant de papas rassemblés avec leurs enfants “choquait”, alors que le même groupe de mamans serait passé inaperçu. Ce décalage dit quelque chose de l’époque, et de ce qui est en train de bouger : la présence des pères, visible, assumée, collective.

Pour grandir, Baptiste avance étape par étape. D’abord, multiplier les rendez-vous dans différents arrondissements parisiens, car se déplacer avec un tout-petit n’a rien d’évident. Ensuite, essaimer dans d’autres villes comme Lyon ou Marseille, où des pères intéressés se manifestent déjà. L’idée : qu’un papa, où qu’il vive, puisse trouver près de chez lui un endroit pour parler, souffler et tisser des liens.

Baptiste résume son invitation avec des mots simples, à l’image du projet : « Vous êtes les bienvenus, peu importe d’où vous venez… on est tous bienveillants les uns avec les autres ». Dans un quotidien souvent réglé au millimètre, le Papa Café Club rappelle qu’un café peut devenir un point d’appui, et qu’une communauté peut naître d’un besoin universel : ne pas traverser seul l’une des plus grandes aventures de la vie. En donnant une place aux pères, c’est toute la famille qui respire un peu mieux, et c’est aussi un modèle de parentalité plus équilibré qui prend racine, doucement, dans la ville et bientôt au-delà.

Pour aller plus loin > Montreuil met en place une consultation prénatale pour les pères