Oser le conflit en entreprise pour apaiser durablement les équipes

Gilles ANDRE· 6 mars 2026 à 10:30
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Et si le conflit devenait un allié au travail ? Laurent Quivogne défend la « régulation » plutôt que l’évitement, pour transformer les tensions en dialogue. Une approche concrète qui redonne de l’air aux équipes.

À écouter

Du « gérer » au « réguler » : changer de regard sur le conflit

Pour Laurent Quivogne, parler de « gestion » des conflits ne suffit plus. Il préfère la « régulation du conflit », parce qu’un désaccord peut aussi être une force. « Éviter le conflit amène plutôt des catastrophes », affirme-t-il, en rappelant que les non-dits s’accumulent jusqu’à exploser. Son message est clair : le conflit n’est pas le problème, c’est la manière dont on s’en occupe.

Ancien ingénieur, salarié, puis entrepreneur pendant près de vingt ans dans l’informatique, il accompagne depuis une décennie dirigeants et équipes. Son fil rouge : apprendre à traverser les tensions sans basculer dans la violence. « Chez moi, tout s’appelle Oser le conflit… et éviter la violence », résume-t-il.

« Cultiver l’art du désaccord » pour éviter les explosions

Laurent Quivogne va « un cran plus loin » : il invite à « cultiver l’art du conflit », autrement dit la capacité à exprimer un désaccord, une controverse, une divergence, sans abîmer la relation. L’objectif n’est pas de chercher l’affrontement, mais de créer un espace où l’on peut dire les choses avant qu’elles ne deviennent ingérables. « On travaille ensemble, on vit ensemble… il y a des frottements, des frictions et de la tension qui s’accumule », rappelle-t-il.

Pour faire comprendre cette dynamique, il utilise une métaphore venue… de la géophysique. Comme les plaques tectoniques, nos relations accumulent de la tension : si elle ne se libère jamais, « un beau matin, ça explose ». À l’inverse, si les ajustements se font au fur et à mesure, « ça tremble un peu, mais ça tient ». Dans l’entreprise, « oser le conflit », c’est donc « purger notre sous-sol de tout le ressentiment et de toute la frustration ». Un conflit régulé, c’est une tension exprimée à temps — avant qu’elle ne se transforme en ressentiment et en « explosion » relationnelle.

Deux réflexes simples : cadrer et ralentir

Face aux tensions, Laurent Quivogne propose des « tips », à considérer comme des recettes pour démarrer. Le premier : ne pas aborder un sujet difficile « n’importe comment ». Il recommande de fixer un cadre, un lieu, un moment, parfois même de « prendre rendez-vous ». Il compare cela à un sport : « On réserve un court, on réserve une salle. Un conflit, c’est pareil, il faut réserver un moment. »

Son deuxième conseil tient en un mot : « ralentir ». Dans un conflit, tout s’emballe, y compris notre respiration et notre imagination. On prête vite à l’autre des intentions (« il m’a dit ça parce qu’il me déteste »), et l’escalade commence. Ralentir, c’est ramener du calme là où il manque le plus, pour retrouver de la lucidité et de l’écoute.

Mettre des mots sur ce qui se passe, même quand la hiérarchie pèse

Une fois le cadre posé, le chemin s’ouvre : donner à chacun le temps d’exprimer son regard, ses attentes, ses besoins. « Quand chacun a le temps, l’espace et la capacité à dire comment il voit les choses… quelque chose se dégonfle, quelque chose s’apaise naturellement », explique Laurent Quivogne. Cette étape, simple en apparence, change souvent la température émotionnelle d’une équipe.

Reste une réalité : les conflits sont plus délicats quand il existe un écart hiérarchique. Dans certaines entreprises, le réflexe est immédiat : « C’est la faute de la direction ». Sans nier les responsabilités, il encourage aussi les salariés à reprendre une part de pouvoir d’action : « En attendant, c’est vous qui êtes là. Comment vous pourriez confronter votre direction ? » Pour y parvenir, un levier revient souvent : le vocabulaire. « Le manque de vocabulaire rend la régulation des conflits plus difficile », insiste-t-il, car nommer précisément ce qui se passe en soi aide à formuler une demande claire, plutôt qu’un reproche diffus.

Oser dire, sans attaquer. Écouter, sans se défendre. Et surtout, créer les conditions pour que le désaccord devienne un moment utile plutôt qu’un champ de ruines. Une invitation simple, mais puissante : la prochaine fois qu’une tension monte, et si l’on choisissait de la réguler à temps, pour construire des relations de travail plus solides et plus sereines ?

#Mieux travailler