À 5 ans, Olivier Chaput annonçait déjà qu’il voulait « faire à manger ». Aujourd’hui, ce chef engagé transmet aux enfants le goût des produits, la curiosité et le plaisir de cuisiner, sans chichis.
À écouter
Une vocation née dans une cuisine simple… et pleine de magie
Chez Olivier Chaput, la cuisine commence tôt, très tôt. « Ma maman me dit un jour à table… “qu’est-ce que tu voudrais faire plus tard ?” J’ai dit faire à manger. Et ça ne m’a jamais lâché », raconte-t-il. Dans une famille aux moyens modestes, on cultive le jardin, on prépare des bocaux l’été pour l’hiver, et l’on apprend à transformer ce que l’on a en repas joyeux. Pour lui, c’est une révélation : « Manger, c’est tellement bien. Ça rassemble. »
Son souvenir le plus tendre a l’odeur d’un poulet rôti. « Un samedi par mois, on avait notre poulet rôti… quand je rentrais, je sentais cette odeur dans la cuisine. Rien que d’en parler, c’est assez magique. » Derrière la gourmandise, une conviction : « Ce n’est pas parce qu’on n’a pas des moyens dingues qu’on n’a pas le droit de manger correctement. »
Un déclic à l’école : quand une phrase change une vie
Adolescent, Olivier Chaput traverse une scolarité compliquée et se cherche. Jusqu’au jour où une proviseure, Madame Pilou, lui pose une question décisive : « Bon, Olivier, qu’est-ce que tu as envie de faire ? » Il le dit sans hésiter : être cuisinier. Cette écoute et cette confiance l’emmènent au lycée hôtelier de Limoges, où il découvre un apprentissage concret, relié à son futur métier.
« Elle me dit : “Je te fais confiance. Il faut que tu te battes… et tu vas voir que le français, les maths, l’histoire-géo… ça va être utile pour ton métier.” » Le jeune apprenti s’accroche, se forme en Corrèze, puis à Courchevel, et construit pas à pas ses bases. Une trajectoire qui rappelle combien un adulte qui encourage peut ouvrir un horizon.
Repartir de zéro à Paris pour mieux grandir
À 24-25 ans, il ouvre un premier restaurant gastronomique… trop tôt. « Une catastrophe, parce que trop jeune, trop tôt, pas les armes. » Plutôt que de renoncer, il choisit l’humilité et l’apprentissage : direction Paris, « avec ma mallette bleue à couteaux » du lycée hôtelier. Là, il reprend tous les postes : commis en brasserie, crêpes, pizzeria, restaurant traditionnel… un tour de France miniature des savoir-faire.
Cette remise à plat devient une force. Il crée sa structure de conseil, ouvre des restaurants pour d’autres, puis les siens à Villejuif, avant de revenir en Occitanie. Et entre-temps, la télévision s’invite dans son parcours : « Au moment où j’allais repartir, je signe Gulli… puis Les Maternelles. » Une visibilité qui servira bientôt une mission plus grande que la performance : transmettre.
Le “chef préféré des enfants”, un combat joyeux pour la curiosité
Olivier Chaput n’a jamais aimé enfermer les plus jeunes dans un menu enfant automatique. « Ça rassurait plus les parents que l’enfant », glisse-t-il. Dans ses restaurants, il propose plutôt « moitié prix, moitié portion », pour donner aux enfants la fierté de manger “comme les grands”. Car il l’observe sur le terrain : beaucoup ne reconnaissent plus ce qu’ils ont dans l’assiette, même dans une cuisine simple.
Avec Gulli, le constat s’élargit aux foyers : « De plus en plus d’enfants ne reconnaissaient pas les denrées, il y avait moins de créativité. » Alors il agit. Ateliers en crèche, écoles de proches, puis montée en puissance malgré les réticences : « En 2011, on parlait d’éducation alimentaire… personne n’y croyait. » En 2016, il crée le festival Bon, et s’entoure d’alliés du monde de la gastronomie et de Rungis.
Un jour, une professionnelle le résume d’une phrase qui restera : « Les enfants, c’est toi. » Depuis, l’étiquette de « chef préféré des enfants » lui colle au tablier, mais l’essentiel est ailleurs : « Je suis très content d’avoir amené ma petite pierre à l’édifice. » Une invitation simple, à la portée de tous : remettre les mains dans la cuisine, nommer les produits, oser une recette, et faire de chaque repas un moment qui relie.
Et si, dès ce soir, on demandait à un enfant ce qu’il a envie de cuisiner — vraiment — pour réveiller sa curiosité et sa confiance ?
Pour aller plus loin > Olivier Chaput, le chef chapeauté qui fait cuisiner les enfants

