Les motards d’U.BA.KA. Occitanie engagés contre le harcèlement scolaire

Eva Kopp· 1 juin 2026 à 07:30
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En Occitanie, des motards transforment leurs motos en boucliers de confiance. Dans les écoles, Ubaca aide les enfants à mettre des mots sur le harcèlement et à ne plus rester seuls.

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Des « bulldogs urbains » qui choisissent le camp des plus jeunes

Au Troc Motard Café à Launaguet en Haute-Garonne, le décor dit déjà beaucoup : casques au mur, tableaux de motos, scène de concert… et une atmosphère de fraternité. C’est ici que se retrouve l’antenne U.B.A.K.A. Occitanie, une association de bikers engagés contre la maltraitance des enfants et, de plus en plus, contre le harcèlement scolaire. Derrière le blouson et le chrome, une idée simple : rassurer, protéger, et redonner de la force à ceux qui n’osent plus parler.

U.B.A.K.A. signifie « Urban Bulldogs Against Kids Abuse ». Un nom qui assume la puissance de l’image, sans jamais revendiquer la violence. Chris M, président d’U.B.A.K.A. France et trésorier de l’antenne occitane, l’explique avec une référence accessible aux enfants. « L’image qu’on donne aux enfants, c’est une image de dessin animé où le bulldog défend la petite souris », raconte-t-il. Le symbole est clair : être impressionnant pour décourager les agresseurs, mais rester du côté de la protection.

Dans cette association, la moto n’est pas un décor : c’est un outil. Un moyen d’entrer en contact, de créer un lien immédiat, et de faire tomber les barrières. U.B.A.K.A. Occitanie intervient gratuitement, à la demande et en accord avec les équipes éducatives, en veillant à s’intégrer à la dynamique de l’école. L’objectif est de permettre aux enfants de se sentir écoutés, considérés, et entourés.

Quand les motos arrivent dans la cour, la parole circule autrement

L’arrivée des motards dans une cour de récréation crée une scène dont les enfants se souviennent. Le bruit, les machines, l’équipement : tout attire l’attention et déclenche la curiosité. Olivier De Fillipis, secrétaire U.B.A.K.A. Occitanie, insiste sur la façon dont cette présence change immédiatement la relation. « Quand on est présent avec les enfants, on est plutôt considéré par eux comme des grands frères », explique-t-il.

Ce statut de « grands frères » n’est pas un slogan : il modifie la dynamique habituelle. Dans une école, la parole des adultes est souvent associée à l’autorité, à l’évaluation, parfois à la crainte d’être jugé. Avec U.B.A.K.A. , les codes se déplacent : le tutoiement arrive vite, les échanges se font plus spontanés, et l’enfant ose davantage. « Ça casse tout de suite les barrières », résume Olivier De Fillipis, décrivant ces instants où les élèves veulent monter sur la moto, écouter le moteur, discuter, rire.

L’intervention ne s’arrête pas à ce moment « magique » dans la cour. Elle se structure ensuite dans les classes, en petits groupes, avec un minimum de trois membres Ubaca par salle. Une présence suffisante pour observer, écouter, et ajuster le discours à l’âge des élèves. U.B.A.K.A. Occitanie peut intervenir dès le primaire, y compris en CP, en adaptant les mots et les supports. L’association s’appuie notamment sur plusieurs vidéos, projetées selon le niveau : plus les élèves grandissent, plus les contenus abordent l’émotion et la réalité de manière directe.

Le message, lui, reste constant : un enfant n’a pas à porter seul ce qu’il vit. Dire, demander de l’aide, se tourner vers un adulte de confiance, ce sont des réflexes qui se construisent. Et parfois, une matinée suffit à déclencher une première étape : celle de mettre des mots sur une situation subie.

U.B.A.K.A. Occitanie intervient gratuitement dans les écoles, avec un minimum de 3 membres par classe, et adapte ses supports (dont 3 vidéos) à l’âge des élèves.

Dans les classes… et à la cantine : là où la confiance se consolide

Le cœur de l’action d’U.B.A.K.A. Occitanie se joue dans les échanges. Dans les classes, l’association ouvre un espace de dialogue, sans jugement, où l’enfant peut reconnaître ce qu’il vit et comprendre qu’il n’est pas responsable. Les membres U.B.A.K.A. ne se substituent pas aux enseignants ni aux équipes éducatives : ils apportent un cadre différent, un souffle, une autre façon d’être écouté. Et surtout, ils restent attentifs aux signaux faibles.

Un moment compte particulièrement : la cantine. U.B.A.K.A. Occitanie ne demande pas de rémunération, mais une chose simple aux établissements : partager le repas avec les élèves. Olivier De Fillipis explique l’intérêt de ce temps informel, souvent décisif. « La seule chose qu’on demande, c’est de déjeuner avec les enfants », rappelle-t-il. Dans le bruit de la cantine, les confidences arrivent parfois plus facilement qu’en salle de classe, parce que la discussion ressemble à la vie.

Ce détail en dit long sur la méthode : aller là où l’enfant se sent le plus à l’aise. Sans pression. Sans l’obligation de « témoigner ». Juste en créant une présence fiable, qui ne se moque pas, qui ne minimise pas, et qui ne lâche pas. Dans ce contexte, certains cas de harcèlement émergent, parfois à la surprise même des adultes de l’établissement.

Olivier De Fillipis le constate intervention après intervention. « Quasiment systématiquement, le fait de parler, de mettre des mots sur des situations, fait ressortir des cas de harcèlement », raconte-t-il. Il évoque ces instants où un enfant s’effondre, où les larmes arrivent, alors que ni les professeurs ni les camarades n’avaient perçu l’ampleur de la souffrance. Pour U.B.A.K.A. Occitanie, c’est un signal : la prévention sert aussi à révéler l’invisible, et à déclencher une prise en charge.

Le parrainage : une oreille disponible quand l’enfant n’ose plus parler

Au-delà des interventions collectives, U.B.A.K.A. Occitanie peut proposer un accompagnement plus personnalisé : le parrainage. Un biker ou une bikeuse devient alors une personne ressource, un repère, une présence régulière. L’idée n’est pas de remplacer la famille ou l’école, mais d’ajouter un point d’appui. Chris M décrit ce rôle de façon très concrète. « Le parrain ou la marraine devient confiant ou l’oreille par rapport à un enfant qui est harcelé », explique-t-il.

Pourquoi cela fonctionne-t-il ? Parce que, pour certains enfants, parler à un proche est justement ce qui semble impossible. Par peur d’inquiéter, par honte, par crainte de ne pas être cru, ou parce que les mots ne sortent pas. Un adulte extérieur, bienveillant, identifié, peut alors devenir ce premier interlocuteur. « Il sera plus à même de parler avec quelqu’un de chez nous, un étranger », poursuit Chris M.

Le parrainage s’inscrit dans la durée. Et parfois, la vie offre un retour qui confirme l’utilité de cette présence. Chris M se souvient d’un jeune revu des années après. « C’était émouvant parce que c’était un tout petit bonhomme et là, il était plus grand que moi. Il va très bien », confie-t-il. Derrière l’anecdote, il y a une réalité : quand un enfant retrouve de l’air, de l’estime de soi et un environnement plus sûr, son horizon s’élargit.

L’association intervient aussi dans des situations ciblées, en lien avec les familles. Comme cette action annoncée à la sortie d’une école : venir en groupe, avec les parents, accueillir l’enfant, lui faire porter un gilet U.B.A.K.A. l’installer sur une moto et le raccompagner. Pas pour impressionner par la menace, mais pour rendre visible une protection. Chris M résume l’effet recherché : « Ils vont voir qu’elle n’est pas toute seule ». Et surtout, pour l’enfant, le message est immédiat : tu comptes, on est là, et tu n’as plus à traverser ça isolé.

Une solidarité qui répare, et une méthode qui donne envie d’agir

Ce que montre U.B.A.K.A. Occitanie, c’est qu’une association peut changer l’atmosphère autour d’un enfant, parfois en quelques heures, parfois en plusieurs mois. En arrivant avec des motos dans une cour, en s’asseyant à une table de cantine, en prenant au sérieux une parole hésitante, ces motards installent un climat de confiance. Ils rappellent aussi qu’un adulte peut être un allié, et que la force peut s’exprimer avec douceur.

Leur action s’inscrit dans un mouvement plus large : celui des citoyens qui refusent de détourner le regard. Des personnes qui utilisent leur culture, leurs codes et leur énergie pour construire de la sécurité autour des plus fragiles. Dans une époque où le harcèlement scolaire est mieux identifié mais encore trop souvent silencieux, U.B.A.K.A. Occitanie apporte une présence supplémentaire, concrète, et accessible.

Dans les établissements, la prévention se nourrit d’outils, de discours, de formations. U.B.A.K.A. Occitanie y ajoute une dimension relationnelle forte : la proximité, l’écoute, la fraternité. Et c’est peut-être là que se joue l’essentiel : un enfant qui se sent entouré retrouve des marges de manœuvre. Il peut demander de l’aide plus tôt, se relever plus vite, et reprendre sa place parmi les autres.

Au Troc Motard Café, les motos brillent, mais l’impact le plus durable est ailleurs : dans ces épaules qui se détendent, dans ces mots qui sortent enfin, et dans cette certitude qui grandit chez les enfants accompagnés : celle qu’ils méritent le respect, et qu’ils peuvent avancer, entourés, vers des jours plus sereins.

 

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