Marie-Laure Relun, l’ingénieure qui fait décoller l’imaginaire des enfants

Eva Kopp· 18 mai 2026 à 09:00
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Dans son atelier niché en Haute-Garonne, Marie-Laure Relun crée des albums jeunesse où renardes pilotes et fusées ouvrent le champ des possibles. Une invitation à rêver, et à oser.

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Dans un « nid de création », des histoires qui donnent des ailes

Dans une maison lumineuse de Haute-Garonne, à Frouzins, le décor est simple et chaleureux : une table, du café, quelques cookies… et des piles d’albums colorés. Ici, Marie-Laure Relun reçoit rarement. Son espace de travail, elle le décrit comme un « petit nid de création » qu’elle montre peu. Pourtant, c’est de ce lieu discret que partent des histoires qui voyagent loin, jusqu’aux bibliothèques des familles et des classes de maternelle et de primaire.

Marie-Laure Relun est autrice-illustratrice jeunesse, mais aussi ingénieure chez Airbus. Deux mondes que l’on oppose souvent : l’un serait fait de précision et de procédures, l’autre d’imaginaire et de liberté. Chez elle, ils se répondent. Sur la couverture d’« Airfox, Mission avion vert », une renarde en tenue de pilote se tient sur une piste, face à un avion et à un lever de soleil. Une scène accessible aux enfants, mais chargée d’un message clair : l’aventure est à portée de main.

Son choix de héros animaux, et notamment de renardes, n’est pas un hasard. Il y a la douceur, l’humour, et un univers qui rassure. Mais il y a surtout une manière de rendre les métiers et les sciences familiers, sans les simplifier à l’excès. Et de rappeler, dès 4 ans, que la curiosité peut devenir une force.

Reprendre les crayons : quand la création devient une nécessité

Ce qu’elle raconte, c’est moins une reconversion qu’un retour à soi. Marie-Laure n’a pas « pris » les crayons : elle les a « repris ». Enfant, elle grandit « au milieu des champs », dans une famille d’agriculteurs, avec la nature pour horizon et l’espace pour terrain de jeu. Les loisirs ne sont pas infinis, alors elle invente ses propres échappées : dessiner, lire, écrire, griffonner. Un monde intérieur riche, qui s’installe tôt.

Puis vient la vie d’adulte, le travail, les responsabilités. Les crayons se rangent « au fond des tiroirs ». Jusqu’au jour où quelque chose pousse de l’intérieur. Elle ne parle pas d’une évidence, ni d’un simple choix, mais d’un basculement. « Je ne dirais pas un choix, je ne dirais pas une évidence, je dirais un bouleversement », confie-t-elle. Comme si la création, mise en veille, revenait réclamer sa place.

Cette expérience résonne avec beaucoup de parcours : ceux qui gardent un projet dans un coin de leur tête, sans oser l’ouvrir. Marie-Laure met des mots simples sur ce moment où l’on cesse de négocier avec soi-même : « À un moment donné, je me suis dit : “J’ai pas le choix, en fait, il faut que ça sorte.” » Ensuite, dit-elle, vient la partie concrète : s’organiser, faire des choix, accepter le temps long. Mais le plus dur se joue d’abord dans la tête.

Airfox et Spacefox : expliquer l’aéronautique aux enfants, sans perdre la magie

L’histoire d’« Airfox, Mission avion vert » commence dans une salle de classe. L’institutrice de la fille de Marie-Laure l’invite à venir parler de son métier. La classe s’appelle « la classe des renards » : le déclic est immédiat. Pour capter l’attention, elle arrive avec des personnages dessinés. Des petites renardes qui prennent la parole et racontent, simplement, ce qu’elles font.

Dans son univers, il y a des renardes pilotes, des renardes ingénieures, et aussi des « compagnons » : celles et ceux qui construisent physiquement les avions à Toulouse. Une manière de valoriser toute la chaîne humaine derrière un appareil, et de montrer aux enfants que l’aéronautique n’est pas un bloc abstrait, mais un travail collectif, concret, fait de gestes et de coopération.

Très vite, Marie-Laure comprend qu’il y a là plus qu’une animation scolaire : une porte d’entrée pour expliquer, à hauteur d’enfant, ce qui fait battre le cœur de toute une région. Toulouse vit au rythme de l’aéronautique, avec ses fiertés, ses défis, et ses transformations. Crise du Covid, transition énergétique, innovations à inventer : elle veut donner des repères sans inquiéter, transmettre sans assommer. « J’avais envie de leur partager, j’avais envie qu’ils comprennent ce qu’on fait », résume-t-elle.

Les albums, publiés aux Éditions Cépaduès, déclinent ensuite l’aventure : Spacefox, le secret de Mars , Spacefox, retour sur la lune , Airfox ,cap sur le trésor … Des titres qui promettent l’exploration, mais ancrent aussi des notions : le rôle des métiers, l’esprit d’équipe, l’importance de l’énergie, et la possibilité d’inventer des solutions.

Dans l’univers Airfox, l’avion n’est jamais « tout seul » : pilotes, ingénieurs et compagnons forment une équipe. Une façon concrète de montrer aux enfants que les grands projets se construisent à plusieurs.

Créer « en boucles », entre rigueur d’ingénieure et émotion d’artiste

Marie-Laure Relun ne sépare pas vraiment texte et illustration. Elle avance par allers-retours, comme on affine un prototype. Elle le dit avec humour : elle travaille « en boucles ». Une image surgit, puis une phrase, parfois une rime ; l’une entraîne l’autre, et le récit se construit par couches successives. Cette méthode, très organique, ressemble à sa double culture : celle de la création et celle de l’ingénierie.

Son diplôme en physique fondamentale nourrit aussi son regard. Pas pour imposer une froide exactitude, mais pour garder un sens du plausible. Et quand elle échange avec ses collègues, ils la taquinent : « Ouais, bon là, ton avion, en fait, on ne sait pas s’il va vraiment voler », lui disent-ils parfois. À l’inverse, des artistes rencontrés en salon soulignent la justesse technique de ses dessins, même si elle n’a pas fait d’école d’art. Entre les deux, elle assume un équilibre : la rigueur, oui, mais au service d’une histoire.

Ce qui compte, c’est l’élan. Elle le formule clairement : « Ça part toujours d’une émotion ». Un paysage, une couleur, une sensation, et tout s’assemble. Dans ses pages, l’avion devient un décor d’aventure, mais aussi un objet familier. La fusée ouvre la porte du cosmos, mais reste un prétexte pour parler de courage, d’apprentissage, et de coopération.

Cette approche parle aux enfants parce qu’elle respecte leur intelligence. Elle ne fait pas « comme si » : elle raconte des métiers, des techniques, des enjeux, avec des mots simples et des images qui accrochent. Et surtout, elle laisse une place essentielle à l’imaginaire, ce territoire où l’on se construit.

Des renardes pour se donner une chance, et le rêve comme moteur

Au cœur de ses albums, il y a un message qu’elle juge « profond » : se donner une chance. Peu importe l’origine sociale, le genre, les goûts, le niveau. Le premier frein, explique-t-elle, vient souvent de l’intérieur. « Se donner une chance, ne pas se mettre de barrières », insiste-t-elle, avec une lucidité acquise au fil du temps.

Ses héroïnes sont majoritairement des filles, parce que c’est important pour elle de proposer des modèles visibles. Mais elle observe aussi que les garçons s’y retrouvent tout autant. Les lecteurs ne se limitent pas à un public : l’aventure et l’audace appartiennent à tout le monde. Et ce point est essentiel : ouvrir les possibles sans enfermer les enfants dans des cases.

Quand elle parle de rêve, sa voix change. Elle sourit, et assume la puissance du mot. Pour elle, rêver n’est pas un luxe : c’est une énergie vitale. « Le rêve, c’est mon moteur », dit-elle. Et elle va plus loin, sans dramatiser, mais sans minimiser : « Rêver, pour moi, c’est une question de vie ou de mort ». Elle raconte avoir connu des moments où elle n’y arrivait plus, et combien cela pèse. Aujourd’hui, elle s’autorise à rêver, non pas en promettant l’impossible, mais en choisissant d’avancer, pas à pas, vers ce qui compte.

Son conseil à celles et ceux qui gardent un projet créatif dans un tiroir est limpide. Il ne s’agit pas de tout quitter du jour au lendemain, ni de se mettre la pression. Il s’agit d’abord d’oser intérieurement : « Le pas le plus difficile, c’est celui qu’on fait dans la tête ». Ensuite viennent l’organisation, la patience, et le plaisir de voir une idée prendre forme.

Dans un monde où les enfants grandissent vite, où les adultes courent souvent après le temps, les livres de Marie-Laure Relun offrent une respiration utile : celle d’une imagination qui ne fuit pas la réalité, mais qui aide à la comprendre. Et si ses renardes pilotent des avions et visent la lune, c’est pour rappeler une chose simple : la confiance se construit tôt, et chaque page peut devenir un premier pas vers un horizon plus large.

Marie-Laure Relun

Marie-Laure Relun est mère de 3 enfants, diplômée en Physique fondamentale, et ingénieure aéronautique au sein de AIRBUS à Toulouse. Elle a également occupé le poste de Responsable pédagogique / Directrice Déléguée aux Formations au Lycée Airbus. Convaincue qu’il faut sensibiliser les enfants aux métiers scientifiques et techniques dès leur plus jeune âge, elle écrit et illustre les séries Air Fox et Space Fox aux Éditions Cépaduès.

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