Une démarche qui ralentit, des pas plus courts, un équilibre moins sûr : ces détails pourraient raconter davantage que l’âge inscrit sur une carte d’identité. Une nouvelle étude propose d’en faire un marqueur du vieillissement, avec des résultats intrigants mais encore préliminaires.
La démarche ne dépend pas seulement de l’âge, elle reflète aussi plusieurs fonctions du corps
Marcher paraît banal, pourtant chaque déplacement mobilise simultanément muscles, équilibre, coordination et cerveau. Depuis plusieurs années, la vitesse de marche intéresse donc les chercheurs étudiant le vieillissement. Une allure qui diminue peut accompagner une perte de capacités physiques, sans pour autant constituer, à elle seule, un diagnostic.
La nouveauté vient d’une étude publiée en août 2026 sur medRxiv. Les chercheurs ont analysé 5681 participants et entraîné un modèle informatique à reconnaître la démarche attendue selon l’âge. Vitesse, cadence, longueur de foulée et durée du double appui ont notamment servi à construire cette estimation.
Cette « horloge de la marche » mesure l’écart entre l’âge réel et celui suggéré par les pas
Le principe est assez parlant : le modèle attribue un âge de marche à chaque participant, puis le compare à son âge chronologique. Lorsque la valeur obtenue est supérieure, la démarche présente certaines caractéristiques habituellement observées chez des personnes plus âgées. Cet écart devient alors un indicateur à étudier.
Certaines différences observées sont frappantes. Les participants atteints de la maladie de Parkinson présentaient, en moyenne, un âge de marche supérieur d’environ huit ans à celui des témoins comparables. Pour les maladies neurodégénératives étudiées, notamment Huntington et la SLA, l’écart dépassait treize ans dans certaines analyses.
Plusieurs éléments semblent particulièrement peser dans cette estimation :
une vitesse de marche plus faible ;
davantage de temps passé avec les deux pieds au sol ;
des modifications du rythme, de la foulée ou de la stabilité.
Aucun de ces paramètres, isolément, ne permet cependant de déterminer l’âge biologique d’une personne.
Une démarche qui paraît plus âgée est aussi associée à la fragilité et à la santé cérébrale
L’intérêt de ces travaux dépasse le simple chiffre affiché par l’algorithme. Un âge de marche plus élevé était également lié à davantage de fragilité, une force musculaire réduite et de moins bonnes performances physiques. Des associations ont aussi été observées avec certains indicateurs de santé cérébrale et l’humeur.
Cette idée rejoint des recherches antérieures. Une vaste analyse portant sur plus de 34 000 adultes âgés avait déjà montré qu’une vitesse de marche plus élevée était associée à une meilleure survie. La démarche pourrait ainsi fonctionner comme une sorte de résumé visible de nombreux systèmes physiologiques travaillant ensemble.
Le préprint de 2026 met également en évidence des habitudes associées à des profils différents :
activité physique, loisirs et vie sociale du côté favorable ;
tabagisme, hypertension et mauvais sommeil du côté défavorable ;
capacités cognitives et activités créatives également associées à un profil de marche plus jeune.
Ces liens restent des associations et ne prouvent pas une causalité directe.
Bouger régulièrement reste la piste la plus solide pour préserver mobilité, force et équilibre
L’idée d’une horloge capable de lire le vieillissement dans quelques pas est séduisante, mais elle ne doit pas devenir un nouveau test maison anxiogène. L’étude est encore une prépublication, donc ses résultats n’ont pas encore suivi tout le processus d’évaluation scientifique d’un article publié dans une revue.
En pratique, l’objectif n’est donc pas de chronométrer chaque promenade. L’OMS recommande surtout une activité physique régulière, complétée chez les personnes âgées par des exercices travaillant équilibre et renforcement musculaire. Préserver sa démarche revient finalement à entretenir bien davantage que ses jambes : autonomie, confiance et santé globale peuvent avancer ensemble.

