"Liking Gap" : quand on se juge plus durement que les autres

Jerome Pasanau· 2 mars 2026 à 13:52
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Après un entretien, un date ou une soirée, on se refait souvent le film… en version trop sévère. La bonne nouvelle : les autres nous apprécient généralement plus qu’on ne l’imagine.

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Un phénomène courant : l’« écart d’appréciation »

Mis en lumière en 2018 par des chercheurs en psychologie sociale, le liking gap — ou « écart d’appréciation » — décrit un mécanisme simple : « c’est l’écart entre la façon dont les autres nous apprécient et la façon dont nous pensons qu’ils nous apprécient », explique la psychologue et docteure en psychologie Caroline Bonnet.

Autrement dit, ce qui déraille n’est pas tant le regard des autres… que notre interprétation. « C’est ce côté-là qui est faussé souvent », souligne-t-elle. Exemple classique : on sort d’un entretien d’embauche convaincu d’avoir été maladroit, alors que l’échange a été perçu comme solide, voire chaleureux.

Pourquoi notre petite voix intérieure prend le dessus

Ce décalage peut apparaître tôt, « vers 5-6 ans », quand l’enfant développe la conscience du regard social et commence à construire son estime de soi. À l’adolescence, il peut devenir particulièrement intense, tant le regard des autres semble peser sur chaque mot, chaque silence, chaque geste.

À l’âge adulte, l’écart d’appréciation peut persister si l’on n’a pas trouvé de stratégies pour le réguler. Caroline Bonnet pointe un réflexe très répandu : on se focalise sur les détails qui nous desservent — « ce que j’ai mal dit, ce qu’on aurait dû dire, les moments de silence » — et l’on oublie tout le reste.

Or, la communication ne se limite pas aux phrases parfaites. « C’est même le non-verbal, c’est les sourires, c’est les regards pétillants, c’est l’attitude », rappelle la psychologue. Des signaux souvent positifs… que notre juge intérieur choisit d’ignorer.

Point clé : L’« écart d’appréciation » peut apparaître dès 5-6 ans, au moment où se construit l’estime de soi et la conscience du regard social.

Des clés simples pour se libérer, dès les premières minutes

Premier levier : remettre un peu de légèreté dans l’après-coup. « C’est important d’avoir un petit peu d’humour », glisse Caroline Bonnet, car l’autocritique automatique n’est pas une preuve de lucidité, mais souvent un réflexe de protection mal calibré.

Deuxième levier : chercher du réel plutôt que des suppositions. « Une bonne stratégie, c’est de poser des questions », conseille-t-elle, quand le contexte le permet. Et quand ce n’est pas possible, accepter un temps d’attente : « se laisser juste quelques jours » avant de conclure trop vite que tout est fichu.

Enfin, s’appuyer sur son entourage peut faire redescendre la pression. « Parler aux proches, raconter comment ça s’est passé », aide à remettre en lumière des éléments qu’on n’a pas vus sur le moment. Souvent, l’autre entend ce que vous avez réussi, là où vous ne voyez que ce que vous auriez aimé mieux faire.

Quand demander de l’aide devient une force

Ressentir cet écart d’appréciation n’a rien d’anormal : « je pense que tout le monde y passe quelque part », confie Caroline Bonnet. Le signal d’alerte, c’est l’intensité : quand cela devient « envahissant », quand l’émotion déborde malgré les échanges avec les proches, ou quand cela pénalise la vie quotidienne.

Dans ces cas-là, la psychologue invite à « travailler sur soi » et, si besoin, à en parler à un professionnel pour « aller chercher les causes ». Avec un rappel précieux, qui soulage immédiatement : « on n’est pas responsable des émotions des autres ». Et surtout, « on n’est pas dans la tête de l’autre » : à défaut d’accès à sa “planète”, on invente, on interprète… et on se fait du mal.

La prochaine fois que votre petite voix vous accuse après une rencontre, essayez de lui répondre avec douceur : vous avez fait de votre mieux. Laissez une chance au réel, discutez, demandez du feedback quand c’est possible… et faites de la place à une idée simple : vous êtes probablement plus apprécié que vous ne le croyez.

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