Le Pass culture, un levier pour faciliter l’accès à la culture des jeunes

Francois Willmann· 25 mai 2026 à 09:00
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Rendre plus accessible la culture aux jeunes. C’est l’objectif du Pass Culture, un dispositif gouvernemental lancé en 2021. Rencontre avec Laurence Tison-Vuillaume, sa présidente.

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Un coup de pouce simple pour se lancer

Aller au théâtre, au cinéma, en concert ou s’offrir un livre : ces moments culturels changent une semaine, parfois une trajectoire. Pourtant, pour beaucoup de jeunes, le coût reste un frein, réel ou ressenti, surtout quand on commence à sortir seul ou entre amis. C’est pour lever cet obstacle qu’a été lancé en 2021 le Pass Culture, un dispositif gouvernemental accessible via une application. Le principe est clair : créditer les jeunes de 17 ans de 50 euros, puis de 18 à 21 ans de 150 euros, afin de financer des expériences culturelles. Derrière cette « cagnotte », il y a l’idée d’un premier pas, sans pression. Laurence Tison-Vuillaume, présidente du Pass Culture, résume l’enjeu : « Le but important du pass Culture en termes de politique publique, c’est de faire connaître une diversité culturelle, toute cette richesse de notre pays ». L’application devient alors un point d’entrée : on regarde ce qui existe près de chez soi, on tente une sortie, on teste un style, on y retourne. La culture n’est plus un “extra” réservé à certains, mais une habitude qui se construit.

Le prix, un frein… et un levier pour découvrir

Les enquêtes menées auprès des jeunes le montrent : le coût arrive très vite dans les préoccupations. « Dans les enquêtes qu’on peut mener… le prix, le coût de la culture apparaît tout de suite dans leurs réponses », explique Laurence Tison-Vuillaume. Mais elle nuance : ce frein est parfois lié à une perception, car la France propose déjà de nombreuses gratuités, selon les lieux, les âges ou les événements. Justement, le Pass Culture ne se contente pas de financer : il met aussi en lumière ce qui est accessible gratuitement, et aide à mieux s’orienter. Cette approche change la manière de choisir. On ne se limite pas à une seule forme culturelle, on explore. « Les jeunes… ils aiment aussi bien un roman un peu difficile d’accès qu’un roman plus simple d’accès. Tout type de spectacle », rappelle la présidente du dispositif. L’idée n’est pas de hiérarchiser les goûts, mais de multiplier les occasions de rencontre : un one-man-show, une expo, un film en salle, un concert local, un atelier artistique… Ce qui compte, c’est l’élan et la curiosité. Le Pass Culture joue alors un rôle de déclencheur. Il réduit la crainte de “dépenser pour rien”, celle qui empêche parfois d’oser une première fois. Et une fois la porte franchie, l’expérience fait le reste : on découvre un lieu, on s’approprie une ville, on partage un moment, on se construit des repères. « Le pass Culture est là pour ça justement. Pour mettre le pied à l’étrier », insiste Laurence Tison-Vuillaume.
Le Pass Culture crédite 50 € à 17 ans et 150 € de 18 à 21 ans, via une application qui valorise aussi les offres gratuites près de chez soi.

Un parcours de la sixième à l’âge adulte

Le Pass Culture ne s’adresse pas uniquement aux jeunes majeurs. Il concerne aussi les 15-17 ans, avec une logique différente : le financement passe alors par les établissements scolaires et les enseignants, pour des activités culturelles et artistiques en classe ou avec la classe. Une manière de ne pas attendre l’autonomie complète pour créer des habitudes. Car plus on commence tôt, plus on continue. Sur ce point, Laurence Tison-Vuillaume est très claire : « Ce qui est très important, c’est d’être dans le parcours finalement, de la sixième à l’âge adulte. Parce que plus on commence à avoir des habitudes culturelles tôt, plus on les poursuit ». Le Pass Culture s’inscrit dans cette continuité : donner une première expérience collective au collège, puis laisser de la liberté au lycée et après. Le fil rouge, c’est la découverte progressive, au plus près des territoires. Cette notion de proximité est essentielle. La culture ne se résume pas aux grandes scènes des métropoles : elle vit aussi dans les médiathèques, les cinémas associatifs, les salles municipales, les festivals de villages, les musées de territoire, les ateliers d’artistes. Le dispositif vise à rendre visible cette richesse locale, pour que chaque jeune puisse composer son propre itinéraire, sans devoir “monter à Paris” ou dépenser des sommes importantes en transport.

Bien-être, confiance, compétences : la culture comme respiration

Au-delà des sorties, le Pass Culture porte une ambition de bien-être et d’émancipation. L’accès à la culture, rappelle sa présidente, apporte « une ouverture sur le monde et une joie de vivre avec leur entourage immédiat ». Car la culture se vit rarement seul : on y va avec des amis, une classe, un frère, une sœur, un parent. Et même lorsqu’on y va en solo, on en parle ensuite, on recommande, on compare, on partage. Cette respiration joue un rôle précieux à l’adolescence. « La sortie culturelle… c’est une bouffée d’oxygène. C’est un moment où on se reconnecte à soi-même et aux autres ». Dans une période où tout s’accélère — orientation, examens, réseaux sociaux, pression du groupe —, la culture propose un autre tempo. Un film peut mettre des mots sur une émotion. Un spectacle peut ouvrir une discussion. Un livre peut donner du recul. Une exposition peut déclencher une vocation. Les bénéfices vont aussi plus loin, jusque dans les compétences du quotidien. Laurence Tison-Vuillaume rapporte ce que disent les enseignants et les communautés éducatives : la culture « donne aussi beaucoup de confiance en eux-mêmes ». Elle évoque également des aptitudes qui se développent avec l’expérience : écoute des autres, travail en équipe, capacité à s’exprimer. Autrement dit, des “soft skills” qui servent à l’école, dans la vie sociale, puis dans le monde professionnel. La culture n’est pas un luxe : c’est un apprentissage vivant.

Une application utile… même quand on n’a plus l’âge

Le Pass Culture est souvent associé à son crédit, mais l’application, elle, a une utilité plus large : elle aide à repérer les événements et les lieux culturels autour de soi. Même si l’on n’est plus éligible, elle peut servir d’agenda géolocalisé pour trouver une exposition, une séance de cinéma, une rencontre littéraire, un spectacle. Une manière simple de renouer avec la culture de proximité, en famille ou entre amis. Au fond, le dispositif rappelle une idée rassurante : la curiosité n’a pas d’âge, et l’accès peut être facilité par des outils concrets. En donnant un premier élan aux jeunes, le Pass Culture nourrit une dynamique qui dépasse l’individu : des salles qui se remplissent, des librairies qui accueillent de nouveaux lecteurs, des artistes qui rencontrent un public plus divers, des territoires qui se racontent autrement. Et quand une génération prend l’habitude de pousser la porte d’un théâtre ou d’une médiathèque, c’est toute la société qui gagne en lien, en imagination et en confiance dans l’avenir.
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