Le jeûne thérapeutique peut-il vraiment transformer notre santé ?

Christophe Duhamel· 12 décembre 2025 à 16:10
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Ce que dit la science selon le Dr Alan Goldhamer, expert mondial du jeûne

Et si l’un des leviers les plus puissants pour améliorer notre santé était… de ne rien manger pendant un certain temps ?

C’est l’hypothèse, aussi radicale que dérangeante, défendue par le Dr Alan Goldhamer, médecin américain et invité du podcast DOAC, reconnu comme l’un des plus grands experts mondiaux du jeûne thérapeutique supervisé.

Depuis plus de 40 ans, il accompagne des patients souffrant de maladies chroniques – hypertension, diabète de type 2, maladies inflammatoires, troubles métaboliques – au sein du TrueNorth Health Center (Californie), en s’appuyant sur un protocole rigoureux de jeûne hydrique médicalement encadré, suivi d’une réalimentation végétale stricte.

Dans cet épisode dense et passionnant, le Dr Goldhamer détaille les mécanismes biologiques du jeûne, ses bénéfices potentiels, mais aussi ses limites et ses risques. Décryptage.

Le jeûne : bien plus qu’un outil de perte de poids

Contrairement aux idées reçues, le jeûne n’est pas seulement une méthode pour maigrir. Selon le Dr Goldhamer, il s’agit avant tout d’un outil thérapeutique métabolique, capable d’agir sur des mécanismes profonds de l’organisme.

Lorsque l’on cesse de manger, le corps passe par plusieurs phases :

  1. Épuisement des réserves de glycogène (environ 24 heures),
  2. Transition métabolique : le cerveau cesse progressivement de fonctionner principalement au glucose,
  3. Production de cétones, notamment le bêta-hydroxybutyrate, issues de la combustion des graisses,
  4. Mobilisation préférentielle de la graisse viscérale, la plus inflammatoire et la plus dangereuse pour la santé.

Cette graisse, située autour des organes, est aujourd’hui clairement associée à des pathologies majeures : maladies cardiovasculaires, diabète, certains cancers, troubles inflammatoires chroniques.

Autophagie, inflammation et « nettoyage cellulaire »

L’un des concepts clés abordés dans le podcast est celui de l’autophagie, un mécanisme naturel par lequel l’organisme recycle ses cellules endommagées, dysfonctionnelles ou vieillissantes.

Le jeûne agit comme un signal biologique puissant :

  • il réduit l’insuline,
  • il freine les signaux de croissance,
  • il active des processus de réparation cellulaire,
  • il favorise l’élimination de cellules sénescentes ou anormales.

Ce processus est aujourd’hui largement étudié en recherche fondamentale, notamment pour son rôle potentiel dans la prévention des maladies neurodégénératives et métaboliques.

Un impact mesurable sur l’hypertension et le diabète

Là où le discours du Dr Goldhamer devient particulièrement marquant, c’est sur les résultats cliniques documentés. Il rappelle que son équipe a publié plusieurs études montrant que :

  • une majorité de patients hypertendus parviennent à normaliser leur tension sans médicaments après un jeûne supervisé,
  • l’insulinorésistance diminue fortement,
  • certains patients atteints de diabète de type 2 retrouvent une glycémie normale sans traitement.

Dans une étude menée en collaboration avec des chercheurs de la Mayo Clinic, 26 patients sur 27 ont normalisé leur pression artérielle après un jeûne suivi d’une réalimentation adaptée

Jeûne et cerveau : clarté mentale et stabilité émotionnelle

Un autre aspect souvent rapporté par les patients – et évoqué dans le podcast – concerne les effets cognitifs et émotionnels du jeûne.

Le Dr Goldhamer explique que la stabilité de la glycémie, l’absence de pics d’insuline, l’augmentation de certains facteurs neuroprotecteurs (comme le BDNF), pourraient expliquer une meilleure clarté mentale, une réduction de l’anxiété et parfois une amélioration de l’humeur.

Il insiste toutefois sur un point important : ces effets sont souvent liés à la sortie des “montagnes russes glycémiques” propres à l’alimentation ultra-transformée moderne.

Jeûne hydrique, jeûne intermittent : quelles différences ?

Le podcast distingue clairement plusieurs approches :

  • le jeûne intermittent (ou alimentation à fenêtre restreinte),
  • les restrictions caloriques modérées,
  • le jeûne hydrique strict, pratiqué uniquement sous supervision médicale.

Le Dr Goldhamer reconnaît que le jeûne intermittent peut déjà apporter des bénéfices significatifs, notamment chez les personnes en bonne santé ou en prévention. En revanche, les jeûnes prolongés (plusieurs jours) relèvent selon lui d’une intervention médicale, à ne jamais pratiquer seul.

Des cas controversés, notamment en cancérologie

L’épisode aborde également des cas très sensibles, notamment des rémissions observées chez des patients atteints de lymphome, publiées sous forme de case reports dans le British Medical Journal.

Le Dr Goldhamer reste prudent dans son discours :
il ne parle pas de « guérison miracle », mais de réponses cliniques observées, associées à des changements alimentaires stricts et durables.

Ces données restent exploratoires, et ne remplacent en aucun cas les traitements oncologiques standards. Le médecin insiste sur la nécessité d’une évaluation médicale rigoureuse et d’un suivi à long terme.

Le message central : la santé ne vient pas d’une pilule

Au-delà des mécanismes biologiques, le message fondamental du Dr Goldhamer est presque philosophique : « La santé n’est pas le résultat de pilules, de poudres ou de potions, mais de modes de vie cohérents. »

Le jeûne, selon lui, agit comme un reset physiologique et comportemental : il modifie la perception du goût, il réduit l’attrait pour les aliments ultra-transformés, il restaure la sensibilité aux signaux de faim et de satiété, enfin il favorise une relation plus consciente à l’alimentation.

Sources : podcast DOAC – Entretien avec le Dr Alan Goldhamer, publications cliniques du TrueNorth Health Center (Alan Goldhamer et coll.)

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