Faut-il vraiment laver les vêtements neufs avant de les porter ?

Christophe Duhamel· 23 août 2026 à 10:11

T-shirt tout juste acheté, robe neuve, chemise encore parfaitement pliée… La tentation est grande de couper l’étiquette et de l’enfiler immédiatement. Pourtant, les autorités sanitaires recommandent de laver les vêtements neufs qui seront en contact avec la peau avant leur première utilisation. Et le conseil vaut aussi pour une bonne partie du linge de maison. On vous explique pourquoi, sans transformer votre dressing en zone à risques.

Commençons par la réponse courte : oui, dans la plupart des cas.

L’Anses recommande explicitement de laver avant la première utilisation « tout vêtement susceptible d’entrer en contact avec la peau », en respectant les instructions du fabricant. Pourquoi ? Parce qu’entre la fibre brute et le joli pull posé sur son cintre, un textile peut avoir connu de nombreuses étapes : teinture, impression, traitement pour éviter qu’il ne se froisse ou rétrécisse, stockage, transport…

Au cours de ses travaux sur les vêtements et chaussures, l’Anses a ainsi recherché différentes familles de substances chimiques et identifié, selon les produits analysés, notamment du formaldéhyde, certains colorants, des composés organostanniques ou encore des nonylphénols. Certaines de ces substances peuvent favoriser chez certaines personnes des irritations ou des allergies cutanées.

Mais inutile de regarder désormais votre chemise neuve comme si elle était radioactive. Les textiles commercialisés dans l’Union européenne sont soumis à la réglementation REACH et plusieurs substances préoccupantes y sont interdites ou fortement limitées. Depuis 2020, des restrictions spécifiques concernent notamment 33 substances classées cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction dans les vêtements, textiles et chaussures.

Le lavage avant usage est donc une précaution simple, pas la réponse à un danger généralisé.

Que peut vraiment enlever le premier lavage ?

Un passage en machine peut notamment éliminer une partie :

  • des excès de colorants susceptibles de migrer ;

  • des résidus de produits utilisés pendant la fabrication ou la finition ;

  • des poussières accumulées pendant le transport et le stockage ;

  • des produits présents à la surface du textile.

Le ministère allemand de la Santé recommande lui aussi de laver systématiquement les vêtements neufs et rappelle que les vêtements portant la mention « laver séparément » peuvent notamment libérer des colorants relativement facilement.

Une étude expérimentale publiée en 2013 a par exemple montré que lavage et séchage pouvaient réduire sensiblement la quantité de formaldéhyde dans certains vêtements qui en contenaient beaucoup. Mais il faut éviter une simplification : un seul lavage ne fait pas nécessairement disparaître toutes les substances présentes dans un textile, et son efficacité dépend évidemment de la molécule et du tissu concernés.

Autrement dit, la machine à laver est utile. Ce n’est pas non plus un laboratoire de dépollution moléculaire.

Quels vêtements faut-il laver en priorité ?

La règle la plus simple est de regarder la durée et l’intensité du contact avec votre peau.

Sous-vêtements, chaussettes et vêtements de nuit : oui, sans hésiter

Culottes, caleçons, soutiens-gorge, chaussettes, pyjamas ou vêtements de sport sont portés directement sur la peau, parfois pendant de longues heures. Le lavage préalable est particulièrement pertinent.

T-shirts, chemises, robes et pantalons : oui

Même logique pour tous les vêtements qui touchent directement une grande surface de peau. L’Anses recommande précisément de laver ce type de textile avant de le porter pour la première fois.

Vêtements de bébé et d’enfant : encore plus logique

La peau des jeunes enfants mérite davantage de précautions. L’American Academy of Dermatology recommande notamment de laver les vêtements neufs avant de les faire porter aux enfants ayant une peau atopique, afin d'éliminer des excès de colorants et certains produits de finition.

Manteaux et vestes : moins indispensable

Un manteau porté sur plusieurs couches de vêtements entre beaucoup moins en contact avec la peau. S’il ne dégage aucune odeur particulière et que son entretien est compliqué, il n’est pas nécessaire de le laver systématiquement avant de le porter.

Et si l’étiquette indique « nettoyage à sec uniquement », mieux vaut évidemment ne pas sacrifier votre nouvelle veste sur l’autel de la prudence sanitaire.

Et les draps neufs ? Là aussi, un premier lavage est une bonne idée

Nous passons plusieurs heures chaque nuit au contact de nos draps, taies d’oreiller et housses de couette. Les laver avant la première nuit est donc une précaution raisonnable.

L’Office fédéral suisse de la santé publique recommande d’ailleurs explicitement de laver après l’achat les textiles de maison tels que le linge de lit.

C’est particulièrement pertinent pour les personnes ayant une peau sensible ou sujette à l’eczéma. L’American Academy of Dermatology conseille également de laver serviettes et linge de lit avant leur première utilisation chez les personnes concernées par la dermatite atopique.

Et puis il existe un bénéfice nettement moins scientifique mais immédiatement vérifiable : des draps lavés une première fois sont souvent plus souples et plus agréables que lorsqu’ils sortent directement de leur emballage.

Serviettes de toilette, torchons, serviettes de table : machine également

Pour les serviettes de toilette, le lavage avant la première utilisation est particulièrement judicieux. Elles vont rester en contact avec une peau humide et leur usage repose précisément sur leur capacité à absorber l’eau.

Même conseil pour les torchons et serviettes de table, qui seront utilisés en cuisine ou près de la bouche : un premier lavage est une mesure d’hygiène simple.

Pour une nappe, l’enjeu est plus faible puisqu’elle n’est généralement pas en contact prolongé avec la peau. Mais si elle est lavable, un premier passage en machine permet d'éliminer poussières, odeurs éventuelles et une partie des résidus de finition. Il n’y a donc guère de raison de s’en priver.

Faut-il laver les vêtements neufs à 60 °C ?

Non. Et votre pull préféré vous en remerciera.

Pour ce premier lavage, suivez simplement la température indiquée sur l’étiquette. L’objectif n’est pas de stériliser le vêtement mais essentiellement de réduire les substances présentes en surface et les excès de teinture.

Inutile donc de transformer systématiquement un lavage à 30 °C en programme « draps d’hôpital ».

Les températures élevées ont leur utilité dans des situations particulières d’hygiène – par exemple pour du linge fortement contaminé – mais ce n’est pas la situation d’un vêtement neuf ordinaire. Le BfR allemand rappelle d’ailleurs que la température nécessaire dépend de l’objectif sanitaire recherché et du degré de contamination.

Pour un vêtement neuf :

étiquette du fabricant + cycle normal + quantité normale de lessive = largement suffisant.

Peau sensible ou eczéma : quelques précautions supplémentaires

Les personnes atteintes d’eczéma ou particulièrement sensibles aux irritations ont davantage intérêt à prendre cette habitude.

Les dermatologues de l’American Academy of Dermatology recommandent notamment :

  • de laver les vêtements neufs avant de les porter ;

  • d’utiliser une lessive sans parfum ni colorant lorsque la peau est très sensible ;

  • de ne pas surdoser la lessive ;

  • de veiller à un rinçage suffisant ;

  • éventuellement d’utiliser un rinçage supplémentaire en cas d’irritations.

Un détail important : vouloir éliminer les substances présentes dans un vêtement neuf en utilisant trois fois trop de lessive parfumée serait assez contre-productif. Certains composants des produits de lavage peuvent eux-mêmes être impliqués dans des dermatites de contact.

Une forte odeur doit-elle vous inquiéter ?

Pas nécessairement, mais elle mérite votre attention.

Une odeur chimique très marquée peut être un indice de la présence de substances volatiles ou de traitements particuliers. Le portail officiel allemand gesund.bund.de conseille d’être vigilant face à un vêtement présentant une odeur piquante et de laver les textiles neufs avant utilisation.

Si l’odeur persiste après lavage ou si le vêtement déclenche systématiquement rougeurs, démangeaisons ou irritations, mieux vaut arrêter de le porter.

Une dermatite persistante ou récidivante mérite un avis médical : les allergies textiles existent et peuvent nécessiter des tests dermatologiques pour identifier précisément la substance responsable.

Est-ce encore utile avec un vêtement certifié ?

Oui, même si certains labels apportent des garanties supplémentaires.

L’ADEME considère par exemple l’Écolabel européen comme un « excellent choix » pour les vêtements : il limite certaines substances dangereuses lors de la fabrication et fixe notamment des valeurs maximales de résidus de formaldéhyde pour certains textiles.

Le label OEKO-TEX Standard 100 indique quant à lui que le produit fini a été testé vis-à-vis de différentes substances nocives ; sa déclinaison Made in Green ajoute des critères environnementaux et sociaux.

Ces labels permettent donc de réduire certaines incertitudes. Mais laver un T-shirt certifié avant de le porter reste une précaution simple, notamment parce qu’un textile ne sort pas directement de l’usine pour se téléporter dans votre armoire.

Le mémo AirZen : que laver avant la première utilisation ?

À laver en priorité :

  • sous-vêtements et chaussettes ;

  • vêtements portés directement sur la peau ;

  • vêtements de sport ;

  • pyjamas ;

  • vêtements de bébé et d’enfant ;

  • draps et taies d’oreiller ;

  • serviettes de toilette ;

  • torchons et serviettes de table.

Utile mais moins indispensable :

  • nappes ;

  • plaids ;

  • rideaux lavables.

Pas forcément nécessaire :

  • manteaux et vestes peu en contact avec la peau ;

  • textiles dont l’étiquette impose un entretien spécialisé.

Et dans tous les cas, une règle l’emporte : respectez les instructions de lavage du fabricant.

Alors, faut-il laver tous les textiles neufs ?

Pas besoin de faire tourner une machine pour le chapeau que vous porterez dix minutes au mariage de votre cousine.

Mais dès qu’un textile neuf va rester longtemps contre votre peau, la réponse est simple : un premier lavage est une bonne habitude. C’est la recommandation de l’Anses, elle demande peu d’efforts et permet de réduire une partie des résidus et excès de colorants susceptibles d’être présents sur le tissu.

Pour les vêtements, sous-vêtements, pyjamas, draps et serviettes : machine avant utilisation.

Pour le reste : un peu de bon sens, l’étiquette d’entretien et, surtout, pas de panique. Votre nouvelle chemise ne cherche pas à vous nuire. Elle demande simplement à passer par la case machine avant de commencer sa carrière.

FAQ

Peut-on porter une fois un vêtement neuf sans le laver ?

Pour la plupart des gens, porter ponctuellement un vêtement neuf ne provoquera pas nécessairement de problème. Mais l’Anses recommande malgré tout de laver avant la première utilisation les vêtements destinés à être en contact avec la peau.

Faut-il laver un jean neuf ?

Oui, surtout s’il est porté directement contre la peau. Les textiles très foncés peuvent également relarguer davantage de colorant lors des premiers lavages. Respectez les indications de l’étiquette et lavez-le séparément si le fabricant le recommande.

Faut-il laver les draps neufs avant de dormir dedans ?

Oui, c’est conseillé. Le contact avec la peau dure plusieurs heures et un premier lavage permet d’éliminer une partie des substances et résidus présents à la surface du textile.

Quelle température choisir pour le premier lavage ?

Celle indiquée sur l’étiquette. Il n’est généralement pas nécessaire de laver à 60 °C : le but n’est pas de désinfecter le textile mais d’éliminer une partie des résidus de fabrication et des colorants excédentaires.

Faut-il utiliser du vinaigre blanc ou du bicarbonate ?

Ce n’est pas nécessaire. Une lessive habituelle correctement dosée et un cycle adapté au textile suffisent. Pour les peaux très sensibles, une lessive sans parfum ni colorant et un bon rinçage sont préférables.

Le coton bio dispense-t-il du premier lavage ?

Non. Le type de fibre et les traitements subis ensuite par le textile sont deux choses différentes. Un vêtement en coton, même biologique, peut avoir été teint, imprimé ou apprêté. Les certifications portant également sur le produit fini offrent davantage de garanties sur certaines substances.

Sources :