Installée près de Strasbourg, l’association Labo Indigo souhaite tordre le cou à la mode standardisée. Qu’importe le handicap, la morphologie ou l’âge, chacun peut porter ce qu’il veut.
La mode comme passerelle entre les mondes
Et si un défilé pouvait faire plus que présenter des tenues : créer des liens, ouvrir des regards, rapprocher des personnes qui ne se seraient jamais croisées ? C’est le pari de Labo Indigo, une association strasbourgeoise qui choisit la mode comme outil d’inclusion et de cohésion. Ici, le vêtement n’est pas un filtre social, mais un prétexte à la rencontre. Laurie Thébault, déléguée générale, résume l’intention avec clarté : « S’appuyer sur la mode pour créer des liens sociaux entre générations, entre personnes valides et handicapées, entre personnes de milieux différents ». En rassemblant participants, bénévoles, créateurs, étudiants et professionnels de santé, l’association construit des projets collectifs où chacun trouve sa place. L’enjeu dépasse le “beau” : il s’agit de redonner du pouvoir d’agir, de nourrir l’engagement et de faire émerger une mode plus juste et moins standardisée. Ce qui frappe, c’est la simplicité du message : on peut aimer la mode à tout âge, avec toutes les morphologies, avec ou sans handicap. Labo Indigo ne cherche pas à “intégrer” à une norme existante ; l’association travaille à élargir la norme, pour qu’elle ressemble davantage à la société réelle. Une démarche positive, concrète, et profondément humaine.Co-designer des vêtements adaptés : le style au service du quotidien
À l’origine, Labo Indigo s’est construit autour d’un besoin souvent invisible : s’habiller quand le corps ne suit pas les gestes attendus par les coupes traditionnelles. Difficultés motrices, problèmes de préhension, douleurs, fatigue : des réalités qui compliquent l’habillage, et peuvent transformer un acte banal en épreuve. Plutôt que de laisser ces contraintes éloigner des personnes de la mode, l’association a choisi de concevoir autrement. Des personnes concernées, des créateurs et créatrices alsaciens, et parfois des professionnels de santé ou des aidants se mettent autour d’une table pour imaginer des pièces à la fois désirables et pratiques. « Ensemble, on designait des vêtements qui plaisaient en termes de style à la personne qui allait le porter, mais qui aussi prenaient en compte les difficultés qu’elle pouvait avoir pour s’habiller », explique Laurie Thébault. Fermetures adaptées, coupes pensées pour la position assise, matières plus confortables, détails facilitant l’autonomie… Chaque solution vise un objectif simple : permettre à la personne de se sentir bien, libre, et pleinement elle-même. La mode redevient une joie, pas une injonction.Labo Indigo fait de la mode un outil d’inclusion : co-design de vêtements adaptés, défilés sans critères physiques, et sensibilisation des futurs professionnels pour lutter contre la standardisation.
Former les professionnels : changer la mode de l’intérieur
Pour Labo Indigo, l’inclusion ne peut pas reposer uniquement sur quelques projets exemplaires : elle doit aussi s’installer dans la formation. Car si les créateurs et les marques ne sont pas outillés, certaines réalités resteront ignorées, et des publics entiers continueront de “passer sous les radars”. L’association l’a constaté : les difficultés d’habillage, les spécificités liées au handicap ou à la mobilité y sont rarement abordées. « Il n’y a pas du tout de module sur les difficultés motrices, les spécificités d’habillage », souligne Laurie. Alors Labo Indigo intervient dans des établissements strasbourgeois, pour sensibiliser et former les étudiants aux métiers de la mode. L’objectif est double : donner des clés techniques, mais aussi faire évoluer le regard, afin que la diversité des corps devienne un réflexe de création. Labo Indigo y apporte son expertise, en complémentarité, pour relier les apprentissages aux besoins concrets des personnes. Une manière de préparer une génération de professionnels capables de concevoir des vêtements plus accessibles, sans renoncer à l’esthétique.Des défilés inclusifs pour renverser les clichés
Le moment le plus visible de cette aventure, ce sont les défilés. Mais loin des podiums intimidants, Labo Indigo revendique une ambiance conviviale, ouverte, et collective. Les codes habituels sont volontairement mis de côté : pas de critères physiques, pas de sélection par l’âge, la taille ou la silhouette. Le défilé devient une scène où la diversité n’est pas un “thème”, mais une évidence. La démarche prend parfois racine dans des lieux où l’on n’imagine pas toujours la mode : EHPAD, foyers d’accueil médicalisés, structures médico-sociales. Des résidents volontaires participent, aux côtés d’autres profils, pour composer un panel le plus représentatif possible. L’association accueille aussi des handicaps visibles ou invisibles, moteurs, sensoriels ou mentaux, avec la même attention : permettre à chacun de se sentir légitime. Le message est direct et libérateur. « Vous êtes très bien tel que vous êtes et c’est le job des créatrices et des créateurs de vous mettre en valeur tel que vous êtes », affirme Laurie. En inversant la logique habituelle — “changez pour rentrer dans le vêtement” — Labo Indigo défend l’idée que le vêtement doit s’adapter à la personne, et non l’inverse. Une proposition qui apaise, et qui redonne confiance. Au-delà du show, ces défilés construisent un esprit d’équipe. On se soutient en coulisses, on s’encourage, on apprend à se regarder autrement. Pour beaucoup, la participation devient une expérience de valorisation : prendre sa place, être vu avec respect, et partager un moment fort avec d’autres. La mode redevient un espace de joie, sans compétition, où l’on avance ensemble.Créer du lien social et du pouvoir d’agir, point après point
Labo Indigo revendique une ambition claire : faire de la mode un levier d’engagement et de pouvoir d’agir. Les projets collectifs mobilisent des partenaires variés et donnent à chacun un rôle : porter une tenue, co-créer, accompagner, coudre, conseiller, organiser. Cette dynamique nourrit la confiance, parce qu’elle repose sur la coopération et la reconnaissance des compétences de chacun. Dans une société où les standards peuvent isoler, l’association propose une autre trajectoire : celle de la rencontre. Entre générations, entre milieux sociaux, entre personnes valides et handicapées, des liens se tissent autour d’un objectif commun. La mode devient un langage partagé, accessible, qui permet de se découvrir sans étiquette. En filigrane, Labo Indigo agit aussi sur l’imaginaire collectif. En montrant des corps différents sur un podium, l’association élargit ce que l’on considère comme “normal” et “beau”. Cette visibilité compte : elle ouvre la voie à d’autres initiatives, encourage les écoles, inspire les créateurs, et rappelle que l’inclusion n’est pas une case à cocher, mais une manière de concevoir le monde. À Strasbourg, ces défilés et ces ateliers dessinent une mode plus accueillante, qui n’oublie personne et qui donne envie de participer plutôt que de se comparer. Une dynamique locale, mais un message universel : quand on crée ensemble, on fabrique aussi une société plus douce, plus inventive et plus ouverte. L'association organise son prochain défilé le samedi 6 juin prochain.#Mieux être#Strasbourg

