Et si une dispute devenait une porte d’entrée vers plus de tendresse ? Stephen Mahoney, alias Steve.Amour.Heureux, propose des clés simples pour quitter le « mode survie » et retrouver le dialogue.
À écouter
On croit souvent se chamailler pour une tasse oubliée ou des chaussettes qui traînent. Mais, sous la surface, « ce qui se cache, c’est un sentiment d’insécurité affective », explique Stephen Mahoney, auteur de L’art de la dispute (Le Courrier du livre). Autrement dit, le vrai sujet n’est pas toujours l’objet du conflit, mais ce qu’il réveille en nous : peur de ne pas compter, de ne pas être entendu, de ne pas être aimé.
Dans cette lecture, la dispute n’est pas un échec relationnel automatique. Elle devient un signal : quelque chose a besoin d’attention. À condition, bien sûr, de comprendre ce qui se joue « sous la surface » et de ne pas rester coincés dans la même spirale.
Le cerveau en deux vitesses : survie ou évolution
Pour simplifier, Stephen Mahoney parle de deux grands modes de fonctionnement. D’un côté, le « mode survie », celui qui s’active quand notre système nerveux perçoit un danger. De l’autre, le « mode évolution », celui qui nous permet d’avancer, de prendre du recul et de construire. « Tant qu’on ne se sent pas en sécurité dans la relation », le mode survie prend le volant, et on réagit vite… parfois trop vite.
Et ce mode survie a plusieurs visages : « la fuite », le fait de « crier », ou encore « se justifier ». Des réactions très humaines, pas honteuses, mais qui peuvent enfermer le couple dans des automatismes. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut apprendre à repérer ces signaux et à retrouver un espace de calme pour parler autrement.
Le mode survie n’est pas l’ennemi… sauf dans l’intime
Stephen Mahoney insiste : le mode survie est « super fonctionnel ». Face à quelqu’un d’hostile, ou dans un contexte professionnel tendu, il peut nous aider à tenir, à nous protéger, à éviter d’aggraver la situation. « Si mon chef me fait une remarque désagréable, mon mode survie va peut-être m’aider à finir la journée et à garder mon poste », illustre-t-il.
Là où ça se complique, c’est dans la relation intime. Parce que le couple, l’amour, la famille demandent autre chose qu’une stratégie d’évitement ou d’attaque. Le mode survie, rappelle-t-il, « ne s’est pas construit dans notre civilisation, au 21e siècle » : il est ancien, profondément mammifère. Dans une relation où l’on veut durer, on gagne souvent à passer en « mode évolution » pour retrouver de la nuance, de l’écoute et du lien.
Revenir au vrai besoin : parfois, c’est juste « un câlin »
Alors, comment basculer vers ce fameux mode évolution ? Pour l'auteur, coach et conférencier, tout tourne autour d’un point : le sentiment de sécurité. Et il précise que ce n’est pas un interrupteur volontaire. « Ce n’est pas quelque chose qu’on peut décider et choisir », car des zones inconscientes de notre cerveau « analysent, évaluent et décident » si c’est safe ou non.
Quand la sécurité revient, on peut « voir les choses à plus long terme », être « plus en empathie avec l’autre », et même avec soi-même. Et c’est là que la dispute peut se transformer : au lieu de s’acharner sur le détail, on met enfin des mots sur le besoin. Parfois, le fond du problème est étonnamment simple : « j’ai envie d’un câlin ».
La prochaine fois que la tension monte, l’idée n’est pas d’être parfait, ni de tout analyser à chaud. Juste de se demander, avec douceur : suis-je en mode survie… et de quoi ai-je besoin, vraiment ? Rien que cette pause peut ouvrir un chemin plus apaisé, et faire de la dispute un pas vers une relation plus solide.

