Aujourd’hui, je tends le micro à Céline Steyer, créatrice du podcast Nouvelles Héroïnes. Née avec une agénésie de la main gauche, elle transforme sa différence en élan et en confiance contagieuse.
À écouter
Cette rencontre est un petit événement : vous pouvez l’entendre à la fois dans Le cœur de Jeanne sur AirZen Radio et dans Nouvelles Héroïnes, le podcast de Céline Steyer qui raconte des histoires vraies de femmes inspirantes « pour donner confiance aux jeunes générations ». Et aujourd’hui, c’est elle qui me confie la sienne, avec une simplicité qui fait du bien.
Céline est née au début des années 80 avec une agénésie de la main gauche : « Dans le ventre de ma maman, ma main gauche n’a pas grandi. » À l’époque, pas d’échographie : surprise totale à la naissance. Ses parents posent alors une question décisive aux médecins : « Est-ce qu’elle pourra vivre comme les autres enfants ? » La réponse tient en un mot, et il change tout : « oui ».
Ce « oui » devient un socle. « Ce simple oui a permis à mes parents d’enlever toutes leurs peurs… et de m’élever en toute confiance, sans que cette main soit un obstacle. » Résultat : Céline grandit sans se voir comme “à part”, et ça, ça se sent dans chaque phrase.
Grandir sans étiquette : la force d’une éducation confiante
Ce qui me frappe, c’est la manière dont elle raconte son enfance : pas comme un parcours de combattante, mais comme une vie pleine d’essais, de jeux, de mouvement. Vélo, escalade, tennis, voile… « très très vite à 6-7 ans ». Chez elle, la différence n’est pas un sujet central, c’est un paramètre parmi d’autres.
Elle me confie un souvenir marquant, à cinq ans, lors d’un anniversaire : des filles plus âgées la placent au centre d’une ronde et crient « sorcière, sorcière, sorcière ». Céline se rappelle l’image avec précision. Pourtant, elle le dit avec une lucidité désarmante : ce moment n’a pas défini la suite, parce qu’à la maison, personne n’avait fait de sa main une barrière.
« Mes parents… n’ont même pas mis le mot “handicap” ou “différence”. Parce que c’était ma main. » Et cette phrase résonne fort : parfois, ce qui nous construit le plus, ce n’est pas ce qui nous arrive, mais le regard qu’on apprend à porter sur nous-mêmes.
Adapter, oser, avancer : le sport comme terrain de liberté
Je lui demande concrètement : comment on fait, en escalade, au ski, en voile ? « En fait, j’ai fait. » Elle explique qu’elle n’a pas été “câblée” avec l’idée d’un obstacle. Du coup, elle cherche, elle ajuste, elle avance.
« Tu adaptes, tu fais différemment et ça donne une certaine force. » Elle cite Solenne Piret, championne du monde de para-escalade, comme preuve vivante que le corps invente ses solutions.
Sa philosophie tient en une phrase qui peut servir à beaucoup d’entre nous, bien au-delà du handicap : « Si tu te dis “c’est compliqué”, tu ne fais plus rien. » Alors elle transforme la difficulté en donnée, en réglage, en adaptation. Même pour le permis : tests, discussions, tentative de lui installer une boule au volant… et au final, elle trace sa route. « Je ne peux pas conduire de camion, mais ce n’était pas mon rêve. », sourit-elle.
Le regard des autres : apprendre à répondre, transmettre, apaiser
En l’écoutant, je sais aussi que le regard extérieur peut arriver plus tard, parfois là où on ne l’attend pas. Céline raconte un entretien d’embauche où on lui lance : « Comment vous vivez votre handicap ? » Sa réaction est immédiate : « Mais de quel handicap parlez-vous ? » Comme si le mot, posé par l’autre, créait soudain une distance.
Elle le dit très clairement : les enfants, souvent, sont plus simples. Ils demandent, on explique, et ça passe. « Les enfants… ils vont poser la question… “Ah OK”. Et ils passent à autre chose. » Les adultes, eux, projettent davantage : peur, malaise, méfiance. Et c’est là que l’enjeu devient collectif, notamment sur l’accessibilité à l’école, dans les transports, dans la cour de récré.
La plus belle transmission, Céline la vit aujourd’hui avec ses filles. À la crèche, quand un enfant demande pourquoi sa maman “n’a pas de main”, sa fille répond du tac au tac : « Mais attends, ma mère, elle a une main ! » Et chez elles, la différence devient même une histoire merveilleuse : « Pour mes filles, ma main, elle est magique. »
En refermant ce moment de radio, je garde une évidence : la confiance se cultive, et elle se transmet. Si l’histoire de Céline vous touche, faites-la circuler, parlez-en autour de vous, et surtout, osez cette petite bascule intérieure : regarder les singularités comme une richesse. Parce que oui, on peut vivre “comme les autres”… et parfois même, ouvrir le chemin pour beaucoup. Et je sais bien de quoi je parle.
D'ailleurs, Céline a raconté mon histoire à moi, Jeanne Métivier. Et c'est à écouter juste ici !

