Christian et Dani, deux frères, fabriquent des bornes de jeu artisanales dans leur atelier à Kilstett près de Strasbourg. Une passion du retrogaming devenue métier.
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À Kilchtet, une borne qui attire tous les regards
Dans un salon, entre la table et le canapé, elle s’impose comme un meuble autant qu’une promesse de partie endiablée : une borne d’arcade. À Kilstett, près de Strasbourg, Christian Monteiro est en pleine session de Street Fighter, concentré, précis, comme au temps des salles de jeux. Ici, pas de machine standardisée : chaque borne est conçue artisanalement, dans l’atelier familial, avec son frère Dani. Le résultat a quelque chose d’évident : un objet de décoration qui donne immédiatement envie de jouer. Avec PHP Arcade, les deux frères s’adressent à une génération qui a grandi avec les consoles des années 80-90, puis avec les bornes où l’on ne sauvegardait pas. On lançait une partie, on allait au bout, on recommençait, et on apprenait à persévérer. Christian le résume simplement, comme une évidence partagée : « Mon frère et moi, on est des gamers depuis toujours, la génération des années 80-90. » Dans leurs bornes, on retrouve des titres qui font instantanément remonter des souvenirs : Mortal Kombat, GoldenEye, Mega Man, Sonic… Quand Christian lance Tortues Ninja, la musique suffit à replonger dans l’époque. « Alors celui-ci, c’est la petite madeleine de Proust, les Tortues Ninja… C’est incroyable, cette musique est juste incroyable. »Le choix du bois massif : un rétro gaming qui valorise le local
Ce qui distingue les créations des frères Monteiro, c’est leur parti pris : faire de la borne un objet noble. Sur le marché, Christian a vu passer beaucoup de modèles en contreplaqué, faciles à produire, souvent recouverts d’autocollants. Lui voulait autre chose : une borne qui dure, qui se touche, qui se regarde comme un beau meuble. Une borne qui raconte aussi un territoire. « J’avais envie de mettre une énorme notion de noblesse dans ce produit-là, d’en faire un produit premium, d’en faire un produit de luxe et de mettre en avant aussi des produits qu’on a en Alsace. » Le bois est au cœur du projet : il est sourcé localement, en Alsace et dans les Vosges. Les frères travaillent notamment le noyer, en sélectionnant des pièces qui ont du caractère, des veines marquées, des aspérités intéressantes. Cette démarche s’inscrit dans une dynamique qui fait du bien : consommer moins mais mieux, privilégier des matériaux de proximité, remettre en avant des savoir-faire. Et la reconnaissance ne s’est pas fait attendre. « Finalement, tout est fabriqué ici. D’ailleurs, on vient d’avoir il y a quelques semaines le label fabriqué en Alsace. » Une fierté, mais aussi un signal : l’objet rétro peut être un produit d’artisanat contemporain, ancré dans son époque.Chaque borne demande près de 350 heures de travail aux deux frères : une fabrication artisanale, minutieuse, pensée pour durer.
Du bois à la résine : un savoir-faire patient, un design unique
Leur atelier, c’est un mélange de précision et de créativité. Tout commence à la scierie : Christian achète des pièces de bois coupées et sèches, puis les retravaille. Il rabote, nettoie, retire les parties d’écorce, prépare des formes prêtes à accueillir la résine. Le geste est technique, mais l’intention est artistique : révéler la beauté naturelle du bois, plutôt que la masquer. Ensuite viennent les moules et la coulée. La résine n’est pas un simple effet “waouh” : elle permet de stabiliser, de sublimer, de créer des contrastes. Les couleurs, elles, sont choisies par les clients, ce qui rend chaque borne réellement unique. Christian insiste sur ce point : le bois n’est jamais identique, d’un arbre à l’autre, d’une planche à l’autre. « Les veines qui, d’un plot à l’autre, d’un arbre à l’autre, les veines sont totalement différentes. Donc le design va être totalement différent. » Et la résine ouvre un champ créatif immense. « Après, en fonction de la couleur ou des couleurs que les clients choisissent, là, on va pouvoir faire des choses astronomiques parce que la palette de couleurs est quasi illimitée. » Derrière cette phrase, on entend l’envie de personnaliser, de faire du sur-mesure, de créer une borne qui ressemble à celui ou celle qui l’accueillera chez soi. Ce travail, long et exigeant, dit aussi quelque chose de l’époque : le retour du “fait main” n’est pas une mode, mais une réponse. À la saturation des objets interchangeables, les frères Monteiro opposent la patience, la matière, la singularité. Une borne devient une pièce de vie, un élément qui rassemble, un support de souvenirs… et un terrain de jeu.Rejouer pour se retrouver : la nostalgie comme énergie positive
Ce qui se passe quand on rallume un jeu de son enfance, Christian l’a observé chez ses clients. Ce n’est pas seulement une envie de rétro, ni un caprice de collectionneur. C’est un retour à une sensation : l’insouciance, le temps long, le plaisir simple. « Lorsqu’on rallume une vieille console, lorsqu’on part sur du rétro gaming… finalement, on se reconnecte à qui on était à ce moment-là. » Ce “qui on était”, c’est souvent une période sans factures, sans charge mentale, ou du moins avec une autre forme de quotidien. Christian met des mots très concrets sur ce basculement : « On n’avait pas encore peut-être de job… on n’avait pas encore les entreprises, on n’avait pas encore les factures… Et finalement, on était libre de jouer. » Cette liberté-là, ils ont voulu la rendre accessible, non pas en reproduisant une borne à l’identique, mais en la réinventant : plus belle, plus durable, plus intégrée à un intérieur contemporain. Il y a aussi, derrière l’objet, une dimension sociale : une borne d’arcade rassemble. On joue à deux, à trois, on se passe le joystick, on encourage, on rit, on recommence. Et même quand on joue seul, on retrouve une forme de concentration joyeuse, une bulle. Sur Tortues Ninja, Christian le rappelle avec simplicité, comme on expliquerait le jeu à un ami : « L’objectif, c’est du beat them all. En gros, tu vas taper tout ce qui t’arrive… pour aller libérer April O’Neil. » C’est direct, c’est clair, et ça ramène à l’essentiel : s’amuser. En valorisant le bois local, en travaillant à deux, en prenant le temps de bien faire, Christian son frère montrent qu’un objet peut porter bien plus qu’une fonction. Une borne d’arcade peut devenir un pont entre générations, un prétexte à se retrouver, un moyen de remettre du jeu dans des vies souvent trop remplies. Et quand ce plaisir s’appuie sur un artisanat exigeant et une fabrication locale, il ouvre une perspective réjouissante : celle d’un rétro gaming qui fait du bien, à la fois à nos souvenirs et à nos territoires.#Mieux être#Strasbourg

