Touchée par la poliomyélite à un an, Françoise a construit une vie d’engagement et d’autonomie. Aujourd’hui retraitée, elle transforme son histoire en énergie pour sensibiliser et agir.
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Vivre avec la polio, sans renoncer à ses possibles
Françoise le dit simplement : « Je vais bien par définition parce que quels que soient les obstacles… je dois faire face. » Atteinte de poliomyélite dès l’enfance, elle a grandi avec des séquelles qui imposent des limites, mais aussi une discipline de chaque jour. « On apprend très tôt… vous vivez avec vos difficultés et vous essayez d’identifier ce qui vous est possible ou pas », explique-t-elle.
Le défi, pour elle, n’est pas de tout faire, mais de préserver ce qui permet de rester libre. « C’est important de maintenir les capacités qui sont là et surtout pas se laisser envahir par la difficulté. » Un équilibre fin : se dépasser, oui, mais sans basculer dans le risque. « Trop de risques, c’est l’hôpital. Donc l’hôpital, je connais. »
Le regard des autres : apprendre à rester aux commandes
Si l’enfance a été portée par le soutien familial, l’adolescence a laissé une empreinte particulière. « La période la plus difficile… c’est plutôt à l’adolescence, parce que vous avez… le regard de l’autre. » Un regard parfois plein de compassion, mais pas toujours aidant. « La compassion ne vous aide pas, parce que… on choisit de décider pour vous. »
Françoise défend une idée essentielle : proposer, sans imposer. « Demandez-leur : “est-ce que je peux vous aider ?” », conseille-t-elle. Et surtout, accepter un refus. « Il faut accepter le non, même si on a envie d’aider. » Une leçon de respect qui redonne à chacun sa juste place, et à la personne concernée son autonomie.
Point clé : En France, environ 50 000 personnes vivent avec des séquelles de poliomyélite, selon Françoise, avec un besoin fort d’information et d’outils adaptés.
De la pharmacie à l’économie de la santé : une carrière au service du soin
Bonne élève, Françoise suit des études de pharmacie, puis l’internat dans les hôpitaux de Paris. Un parcours exigeant, rendu possible grâce à des choix adaptés à son handicap. « J’ai fait en sorte de faire des choix qui m’étaient accessibles », précise-t-elle, évoquant la possibilité de travailler « sur des dossiers ».
Elle s’oriente ensuite vers l’économie de la santé, puis termine sur un sujet stratégique : « les prix des médicaments ». Une trajectoire cohérente, ancrée dans le concret, et nourrie par une curiosité intacte. Sa passion ? La chimie, qu’elle décrit avec des mots qui donnent envie d’apprendre : « Je trouve ça magique… on met une petite goutte et voilà, ça change. »
À la retraite, un engagement pour éradiquer la polio
Aujourd’hui, Françoise s’offre « le grand luxe » d’apprendre autrement, avec des cours à l’École du Louvre. Mais elle consacre aussi du temps au bénévolat, portée par une cause qui la touche intimement : la lutte contre la poliomyélite. « J’ai appris que le Rotary international avait mis en place depuis plus de 40 ans l’éradication mondiale de la poliomyélite », raconte-t-elle.
Sollicitée pour rejoindre le Rotary, elle accepte avec évidence : « Du fait que j’ai eu la poliomyélite… pouvoir en parler et mieux faire comprendre ce qu’était la maladie. » Son témoignage devient un pont entre les générations, et un rappel précieux : les maladies qu’on ne voit plus ne doivent pas être oubliées, surtout quand l’action collective peut les faire disparaître.
Et dans la rue, Françoise continue d’enseigner une autre forme de solidarité, très simple, très humaine : oser demander. « Monsieur, madame, est-ce que je peux vous demander de l’aide ? » Et elle observe un effet immédiat : « Tout le monde est content… ça fait du bien aux deux. »
À l’image de Françoise, proposer son aide avec délicatesse, respecter la réponse, et soutenir les initiatives de santé publique : autant de gestes accessibles qui, mis bout à bout, renforcent une société plus attentive — et résolument plus positive.
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