Fiertés : des parents queers qui réinventent le faire-famille

Camille Tribet· 2 juin 2026 à 09:00
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En juin, le mois des fiertés célèbre aussi des familles bien réelles, joyeuses et inventives. Avec le Collectif Familles, elles se rencontrent, se soutiennent et brisent l’isolement, partout en France.

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Des familles « ordinaires », un besoin de se retrouver

Juin rime souvent avec prides et drapeaux arc-en-ciel et parfois lutte aux vues du contexte. Mais c'est aussi l'occasion de parler de joie, du faire-famille autrement et de futur désirable et heureux. C’est l’esprit du Family Pride Festival, porté par le Collectif Familles, une association qui « connecte, soutient et fait rayonner les familles avec des parentalités LGBTQIA+ ». À sa tête, Marie-Clémence, qui défend une idée simple : rendre visibles des réalités familiales qui existent déjà, loin des clichés.

 « L’idée, c’est de montrer qu’on est des familles finalement assez ordinaires » poursuit-elle. Et cette normalité-là fait du bien, surtout quand l’école, la mairie ou l’entourage renvoient parfois l’impression de ne pas « rentrer dans les cases ». Dans un pays où les représentations restent inégales selon les territoires, créer un espace où l’on peut simplement être une famille devient un acte concret de santé sociale.

Rompre l’isolement : une mission qui dépasse le festival

Ces événements restent encore rares et parfois difficiles à financer, alors même qu’ils répondent à un besoin direct : permettre aux enfants de rencontrer d’autres enfants qui vivent des schémas familiaux similaires. Ce miroir social, si banal pour beaucoup, peut manquer cruellement ailleurs. Le Collectif Familles a donc choisi de ne pas concentrer son action sur un unique grand rendez-vous annuel, mais de multiplier les occasions de rencontre, au plus près des gens.

L’association organise désormais des « journées en famille », sortes de mini-festivals à taille humaine, programmés à l’automne et en simultané dans plusieurs villes. « Le but, ce n’est pas de tout garder pour nous ou de tout centraliser à Paris, au contraire », explique Marie-Clémence. En clair : donner aux familles les moyens d’agir localement, dans leur région, leur commune, leur réseau.

Cette logique d’essaimage répond à une réalité française : selon les territoires, l’accès à des espaces inclusifs varie fortement. « On est très très ouverts aux alliés aussi, donc vous pouvez venir avec des amis, des grands-parents », rappelle Marie-Clémence. Une manière d’élargir le cercle et d’ancrer la bienveillance dans le réel, au-delà du seul cadre militant.

Du virtuel aux « courriers arc-en-ciel » : créer des liens qui durent

Pour celles et ceux qui vivent loin d’une grande ville, ou qui ne peuvent pas se déplacer, le Collectif Familles propose aussi des rendez-vous en ligne. Des soirées virtuelles où l’on échange sur des sujets concrets : la vie à l’école, les démarches administratives, les regards des autres, ou tout simplement le quotidien. 

L’association expérimente également un autre format:  des correspondances entre enfants, des « courriers arc-en-ciel ». L'occasion de faire se rencontrer les enfants aux familles similaires. Ce travail de fond s’appuie sur une conviction : la confiance se construit par la répétition de petites expériences positives. Rencontrer une autre famille, entendre une histoire similaire, voir un adulte rassurant, vivre une fête où l’on n’est pas « différent »… Ces moments s’additionnent et finissent par changer la perspective. On ne parle plus seulement de visibilité, mais d’appartenance.

Marie-Clémence Bordet-Nicaise connaît bien la force des récits pour faire avancer les regards. En 2019, elle a publié On ne choisit pas qui on aime (Flammarion).

#Mieux être