À Paris, le programme national Internet sans crainte outille parents et enseignants pour aider les jeunes à gagner en autonomie et en bien-être numérique.
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Redonner du pouvoir d’agir, plutôt que subir les écrans
Le numérique fait désormais partie du quotidien des adolescents, entre réseaux sociaux, intelligence artificielle et information en continu. Pour Axelle Desaint, directrice d’Internet sans crainte, l’enjeu n’est pas de diaboliser, mais de permettre à chacun de « reprendre un peu la maîtrise » de ses usages. Le programme national de sensibilisation au numérique a une mission claire : « que les jeunes, âge par âge, puissent être vraiment autonomes dans le numérique et profiter de tous ses bienfaits ». Autrement dit, apprendre à choisir plutôt qu’à scroller par réflexe, et à faire du numérique un espace de découverte, pas une source de pression.
Alors que le gouvernement débat sur une potentielle interdiction des réseaux sociaux avant l'âge de 15 ans et une interdiction du téléphone au lycée, le problème se situe autre part selon Axelle Desaint. Selon elle, « les interdits se contournent facilement. » Mais il laisse aussi et surtout entière la question du “jour d’après” : que se passe-t-il quand l’accès devient autorisé, sans préparation ?
Internet sans crainte mise donc sur des solutions concrètes : des ressources gratuites pour enseignants, médiateurs et parents, et des supports de dialogue. Car beaucoup d’adultes ne se sentent pas toujours « compétents et légitimes » pour aborder ces sujets, alors même que les jeunes ont besoin d’écoute.
Comprendre les algorithmes pour protéger l’estime de soi
On peut parfois sous-estimer la puissance des algorithmes. Ce que vous avez dans votre téléphone vous semble inoffensif mais votre enfant n'a probablement pas les mêmes contenus car l'objectif des réseaux sociaux, c'est de capter l’attention. « Il y a un modèle économique derrière qui va peu se soucier de notre bien-être », souligne-t-elle avant de poursuivre « Si vous avez 15 ans, vous allez recevoir énormément d’injonctions sur le corps ». D’où l’importance de renforcer l’esprit critique : repérer le faux, prendre du recul, et aller chercher des contenus qui nous font du bien. « On leur demande comment s’est passée ta journée d’école, mais est-ce qu’on leur demande comment ça s’est passé sur les réseaux sociaux aujourd’hui ? » propose la directrice d'Internet sans crainte.
Adolescence : une période sensible, une opportunité d’apprentissage
Pourquoi cette tranche d’âge mérite-t-elle une attention particulière ? Parce que l’adolescence est une période de vulnérabilité. « Le degré de maturité de notre cerveau fait qu’on est particulièrement réceptif aux mécanismes de la récompense à cet âge », explique Axelle Desaint. On devient accro aux likes, commentaires, vues mais aussi à ce que les gens pensent de nous. Les réseaux sociaux s’appuient précisément sur ces ressorts pour pousser à agir vite : cliquer, partager, réagir. Cette spontanéité, précieuse dans la vie, peut devenir risquée en ligne. Apprendre à ralentir, à vérifier, à nommer ce que l’on ressent : autant de compétences utiles bien au-delà des écrans.
Le programme organise aussi en France le Safer Internet Day, qui démarre le 10 février, avec un thème central : le bien-être numérique.
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