Estime de soi : à l’école, ces petits déclics qui aident les enfants à grandir

Jerome Pasanau· 2 juin 2026 à 07:00
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À l’école, une remarque peut peser lourd… mais une petite réussite peut tout changer. La psychologue Roselyne Guilloux partage des repères simples pour renforcer l’estime de soi des enfants, pas à pas.

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L’estime de soi, un “bouclier” intérieur qui se construit tôt

À l’enfance, l’estime de soi n’est pas un concept abstrait : c’est une base qui soutient l’équilibre émotionnel, la capacité à apprendre et la façon d’entrer en relation avec les autres. La psychologue Roselyne Guilloux aime une image parlante pour la définir. « L’estime de soi, c’est le système immunitaire de la psyché », rappelle-t-elle, en citant le psychologue Nathaniel Branden. Autrement dit, elle protège des fragilités psychiques comme un organisme se protège des maladies.

Cette estime de soi se joue particulièrement à l’école, parce que l’enfant y passe du temps, s’y compare, y reçoit des retours, et s’y confronte à l’erreur. Quand les résultats ne suivent pas ou que la confiance vacille, le ressenti peut être immédiat : la motivation baisse, l’enfant se referme, l’effort devient douloureux. Là où l’adulte peut compenser dans plusieurs domaines (travail, relations, loisirs), l’enfant, lui, a souvent le sentiment que tout se joue en classe.

Roselyne Guilloux rappelle aussi que l’estime de soi est globale, faite de plusieurs briques. Il y a l’amour de soi (ce rapport à soi qui se nourrit de la façon dont on a été aimé), la vision de soi (l’image que l’on se fait de son corps, de ses capacités, de sa valeur), et la confiance en soi, souvent confondue avec l’estime de soi. « La confiance en soi, c’est la capacité d’oser faire des choses nouvelles, de se lancer, de prendre des initiatives », précise-t-elle. Bonne nouvelle : ces dimensions peuvent évoluer, se travailler, se renforcer, à tout âge—et particulièrement pendant l’enfance, où tout est encore très malléable.

Repérer les signaux : quand un enfant se dévalorise, il faut écouter

Les signes d’une estime de soi fragilisée ne sont pas toujours spectaculaires. Ils se glissent dans des mots du quotidien, dans des attitudes, dans une façon de renoncer avant même d’essayer. Roselyne Guilloux invite à prêter attention à ce que l’enfant dit de lui-même : « je suis nul », « c’est trop dur », « je n’y arriverai pas », « je ne suis pas beau ». Cette petite musique intérieure, répétée, finit par devenir une certitude.

À l’école, cela peut se traduire par une peur d’échouer, une anticipation négative, ou un découragement rapide. Dans les relations sociales aussi, un enfant peut souffrir, parfois sans être isolé objectivement : ce qui compte, c’est son ressenti, sa place perçue parmi les autres. Enfin, la gestion des émotions donne de précieux indices : comment l’enfant vit-il la critique ? Comment réagit-il à la frustration, à l’échec, à la défaite dans un jeu ?

Le corps, lui aussi, parle. Une posture avachie, la tête dans les mains devant les devoirs, les épaules rentrées, peuvent signaler une perte de confiance. À l’inverse, l’enfant qui se sent capable se redresse, ose davantage, tente. « Un enfant qui se dévalorise, c’est déjà un bon signe d’alerte », insiste la psychologue : pas pour s’inquiéter à outrance, mais pour ajuster l’accompagnement avec douceur et constance.

Dans cette vigilance, un point est essentiel : éviter la surinterprétation. Un enfant peut être fatigué, traverser une phase, tester des limites. Mais lorsque la dévalorisation s’installe, que l’évitement devient systématique, ou que l’échec provoque des tempêtes émotionnelles, cela mérite une attention particulière. L’objectif n’est pas de “corriger” l’enfant, mais de lui redonner des appuis intérieurs et des occasions de se sentir compétent.

L’estime de soi se renforce davantage avec “plein de petites réussites” qu’avec une grande victoire unique, rappelle Roselyne Guilloux. Un pas après l’autre, l’enfant consolide sa confiance et sa joie d’apprendre.

La méthode des “petites réussites” : faire grandir la fierté de l’intérieur

La force du message de Roselyne Guilloux tient à sa simplicité : l’estime de soi est dynamique. Elle peut baisser, mais elle peut aussi remonter, à condition de créer les bonnes conditions. « Ce qui booste l’estime de soi, ce n’est pas une grande réussite, c’est plein de petites réussites », explique-t-elle. Ces micro-victoires, répétées, construisent une sensation durable : “je peux y arriver”.

Concrètement, cela suppose de proposer à l’enfant des tâches à sa portée, mais légèrement au-dessus de ce qu’il sait déjà faire. Pas de mise en danger, pas d’objectif impossible : juste un petit cran de plus. C’est dans cet espace que l’enfant apprend, progresse et se découvre des ressources. Et c’est là qu’un détail change tout : la façon de féliciter.

La psychologue recommande de ne pas complimenter immédiatement, mais d’aider l’enfant à s’auto-évaluer. Lui faire remarquer qu’il a réussi, puis l’inviter à mettre des mots sur ce qu’il ressent. « Dis donc, là tu as réussi, comment tu te sens ? » L’idée est puissante : l’enfant associe l’effort à une sensation corporelle agréable (fierté, satisfaction, soulagement), qu’il aura envie de retrouver. Le compliment de l’adulte vient ensuite, comme un écho, pas comme une vérité tombée d’en haut.

Cette approche ne supprime pas les encouragements, elle les rend plus solides. Elle apprend à l’enfant à se connaître, à repérer ses émotions, à comprendre ce qui l’aide. Et elle installe une forme d’autonomie psychologique : la validation ne vient pas seulement de l’extérieur, elle se construit aussi à l’intérieur. « Le compliment fait du bien… mais après qu’eux-mêmes aient trouvé ce que ça fait dans le corps quand on est fier de soi », résume Roselyne Guilloux.

À la maison comme à l’école : autonomie, droit à l’erreur et effort valorisé

Renforcer l’estime de soi ne passe pas par des discours parfaits, mais par des habitudes. Roselyne Guilloux insiste sur un point clé : les enfants observent ce que font les adultes. Si un parent doute de lui-même, l’enfant le ressent. Sans culpabiliser, la psychologue propose des pistes simples : travailler sur soi, montrer qu’on peut progresser, ou partager une expérience personnelle. Dire à son enfant qu’on a, soi aussi, manqué de confiance et qu’on s’en est sorti peut le rassurer. « Ils se sentent moins seuls », souligne-t-elle.

Dans le quotidien, l’autonomie est un levier direct. Laisser l’enfant s’habiller, préparer son sac, essayer avant d’être aidé, ce sont de petites scènes qui entraînent une grande idée : “je suis capable”. Même quand le rythme est serré, prendre ce temps-là peut changer l’ambiance d’une matinée. L’enfant gagne en fierté, et le parent lui transmet un message clair : je te fais confiance.

Autre pilier : apprendre à demander de l’aide. Un enfant qui n’ose pas lever la main ou solliciter un adulte peut glisser dans ce que Roselyne Guilloux appelle « l’impuissance acquise » : “je n’y arrive pas, tant pis, j’attends que ça passe”. À l’inverse, comprendre que tout le monde a besoin d’un coup de main libère l’énergie. L’aide n’est plus un aveu de faiblesse, mais une compétence relationnelle.

La psychologue encourage aussi à normaliser l’erreur. Expliquer que le cerveau apprend en se trompant, que l’échec n’est pas une fin mais une information, change la façon d’aborder les devoirs et les évaluations. Cette vision dédramatise, relance l’envie d’essayer et installe une persévérance utile bien au-delà de l’école.

Enfin, deux règles d’or se dégagent. La première : ne pas comparer. Les phrases du type “regarde ton frère” ou “ta sœur, elle y arrive” abîment la confiance, surtout chez un enfant déjà en difficulté. La seconde : valoriser l’effort plutôt que le résultat. Roselyne Guilloux insiste sur l’importance de reconnaître le travail, la ténacité, la progression. « Un apprentissage qui dure, c’est un apprentissage qui a nécessité des efforts », rappelle-t-elle, en évoquant des travaux en neurosciences. Dire “j’ai vu que tu t’es accroché” construit davantage que “bravo pour ton 20”.

Au fond, ce chemin vers une meilleure estime de soi remet l’enfant au centre : ses sensations, ses progrès, sa capacité à essayer encore. Et il dessine une perspective encourageante pour l’école comme pour la maison : en cultivant l’autonomie, l’accueil des émotions et le goût de l’effort, on aide les enfants à grandir plus solides, plus confiants, et mieux armés pour relever les défis de la vie.

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