En Alsace, une horloge à automate vieille de 405 ans veille sur les habitants

Francois Willmann· 23 janvier 2026 à 06:00
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A Benfeld dans le Bas-Rhin, une horloge à automates datant de 1620 anime le centre-ville depuis des siècles. Animée par trois personnages, elle raconte un bout d’histoire des lieux.

À écouter

Un bijou patrimonial qui s’éveille à chaque quart d’heure

En levant les yeux sur le fronton de l’hôtel de ville de Benfeld, on aperçoit trois cadrans… et trois silhouettes prêtes à s’animer. Ici, le temps ne se contente pas de passer : il se met en scène. L’horloge à automates, présente dans la commune depuis 1620, se déclenche « tous les quarts d’heure, demi-heure et aux heures pleines ».

Le spectacle est bref, mais marquant. « Vous voyez, il est en train de tourner… le sablier de la mort a tourné. Voilà, c’est déjà terminé, c’est rapide », sourit Martine Rudloff, enseignante à la retraite et guide bénévole. À chaque animation, la ville offre un clin d’œil vivant à son histoire, accessible à tous depuis la place.

Des automates qui racontent des vertus… et une leçon de vie

Ces automates ne sont pas décoratifs : ils transmettent un message. « Ce sont des statuettes allégoriques… elles ont une fonction », explique Martine. À l’époque, la ville voulait afficher des vertus, comme une signature morale visible par tous.

Le premier personnage incarne la sagesse. Le deuxième, plus saisissant, est un squelette représentant la mort… et la paix. « Ce personnage, qui s’appelle aussi Pax, a dans sa main droite un sablier qui tourne à chaque heure pour dire que nous sommes tous des mortels. » Une manière, déjà au XVIIe siècle, de remettre les pendules à l’heure : le temps est précieux, alors autant le vivre pleinement.

Point clé : Installée en 1620, l’horloge à automates de Benfeld anime la façade de l’hôtel de ville et se met en mouvement à chaque quart d’heure.

Le personnage de la lucarne : entre légende et justice

Tout en haut, dans la lucarne, un troisième personnage intrigue. Son histoire se raconte en deux versions, entre légende locale et lecture politique. La première évoque le « Stubbehansel », un serviteur qui aurait trahi la ville : « Il a trahi la ville contre une somme d’argent en remettant les clés… Benfeld a été envahi et massacré. Comme punition, il se trouve dans la lucarne. »

La seconde hypothèse le décrit plutôt comme un prévôt, à la fois maire et juge. Un détail appuie cette lecture : « dans la main droite, il a un bâton prévôtal… il le lève et le baisse à chaque heure autant de fois qu’il y a d’heures ». À 10 heures, dix mouvements : une mécanique précise, presque hypnotique. Dans l’autre main, une bourse : « la bourse de trahison, mais ça peut aussi être la bourse du pouvoir ».

Une mécanique d’artisans, transmise et partagée

Derrière la poésie des automates, il y a l’ingéniosité des horlogers. Martine  rappelle que le premier mécanisme a été conçu par un premier horloger  avant d’être modernisé.

L’accès à l’intérieur reste rare : « les escaliers sont bien raides… c’est l’aventure pour monter ici », raconte-t-on en gravissant la tourelle, aujourd’hui non ouverte au public pour des raisons de sécurité. Mais l’essentiel est là : grâce aux visites guidées proposées tout au long de l’année, ce patrimoine continue de se transmettre, porté par l’enthousiasme de bénévoles.

À Benfeld, il suffit de lever les yeux pour se rappeler que l’histoire peut être vivante, et que le temps, lui aussi, peut rassembler. Une invitation simple : lors d’un passage en Alsace, prenez quelques minutes sur la place… et laissez les automates vous raconter la ville.

#Mieux être#Strasbourg