Donner plutôt que stocker, la seconde vie qui fait du bien

Camille Tribet· 13 mai 2026 à 07:41
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Et si le plus simple pour réduire le gaspillage, c’était de donner ? Avec Geev, des millions d’objets retrouvent une seconde vie. Une économie du lien qui remet la gratuité au cœur du quotidien.

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Tout part souvent d’un moment très concret : un déménagement, un tri, une étagère qui ne rentre plus dans le nouveau salon. Plutôt que de vendre à tout prix ou de laisser traîner « au cas où », de plus en plus de Français choisissent une autre voie : le don entre particuliers. Une pratique poussée par Hakim Baka, cofondateur de Geev. L’idée est simple : permettre à chacun de donner facilement ce qu’il n’utilise plus, pour éviter que ces objets finissent dans un placard… ou à la déchetterie pour remettre en circulation ce qui a encore une valeur d’usage, même si sa valeur marchande a disparu. Et, au passage, alléger nos intérieurs comme nos esprits. Dans un monde où la seconde main s’est imposée, le don ajoute une dimension particulière : il ne s’agit pas de rentabiliser, mais de transmettre. Un changement culturel, parfois contre-intuitif, car la gratuité peut donner l’impression de « perdre » quelque chose. Pourtant, donner, c’est aussi gagner : de l’espace, du temps, et une forme de satisfaction très immédiate.

Geev, une innovation citoyenne née d’un constat très concret

Hakim Baka a cofondé Geev il y a dix ans et a lancé l’application en 2017, avec une intuition de départ : le circuit de la vente ne suffit pas à faire circuler les objets. Les plateformes de revente ont popularisé l’occasion, mais elles laissent aussi beaucoup de choses sur le bord de la route. « Un site de vente classique, c’est à peu près 80% des annonces qui ne sont pas vendues », souligne-t-il. Résultat : des cartons qui s’empilent, des placards qui débordent, et des biens encore utilisables qui s’éteignent à petit feu. Longtemps, les associations ont joué le rôle de filet de sécurité. Mais elles ne peuvent pas tout absorber : manque de place, de moyens logistiques, de capacité de stockage. « Il y a beaucoup d’objets qu’ils ne peuvent pas récupérer », rappelle le fondateur. Geev se présente alors comme une solution complémentaire : un relais direct entre particuliers, pour fluidifier le réemploi.

Du « don de secours » au choix engagé : des usages qui rassemblent

Avec le don, il y a d’abord l’efficacité : la veille d’un déménagement, un meuble à faire partir, l’impossibilité de passer à la déchetterie, ou des encombrants qui ne tombent jamais au bon moment. Dans ces situations, donner est une solution simple et rapide, un « don de secours » qui dépanne autant celui qui donne que celui qui reçoit. Mais l’application attire aussi des profils plus engagés, qui revoient leur manière de consommer. De ceux qui ont compris qu’un objet inutilisé se dévalorise, se dégrade, et finit par devenir invendable… alors qu’il pourrait encore servir.  Cette petite phrase de “ça peut toujours servir”, elle est assez fatale » déclare-t-il.

La gratuité, est-ce de la qualité ?

« On est une application de réemploi, pas de recyclage », insiste Hakim Baka. Autrement dit, les objets proposés doivent pouvoir être réutilisés tels quels, ou réparés pour retrouver leur usage. Dans les faits, on trouve de tout : décoration, vêtements, électronique, meubles, gros électroménager et parfois des annonces plus insolites. Autre idée reçue bousculée : l’ancien n’est pas forcément moins bien. Certains objets plus âgés sont aussi plus solides, mieux conçus, plus réparables. Le don devient alors un moyen de préserver des biens de qualité, de prolonger leur durée de vie, et de favoriser une consommation moins jetable. Et pour mesurer l’ampleur du défi, il suffit parfois d’observer. « Il suffit d’aller 10 minutes dans une déchetterie et de capter qu’il y a un problème ». Avec près de 7 millions d'utilisateurs en 10 ans, la plateforme est un succès qui fait cependant face à de nombreux freins. Car le don a beau être le bon sens, il n'est plus si instinctif.
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