Des ateliers théâtre pour faire oublier le handicap et donner confiance en soi

Francois Willmann· 10 février 2026 à 07:00
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A Strasbourg, une vingtaine de personnes en situation de handicap profitent de cours de théâtre. Un moyen de prendre confiance en soi et de laisser le handicap de côté.

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Une répétition pas comme les autres, pleine d’élan

Dans une cantine transformée en salle de répétition, les répliques fusent, les corps s’échauffent, les rires aussi. Une dizaine de comédiens répètent une adaptation d’« Astérix et Cléopâtre », avec costumes et énergie de troupe. « Tu rentres dans le personnage… Vas-y, action », lance Michel Mathis, metteur en scène et chef d’orchestre bienveillant. Ici, chacun se glisse dans un rôle taillé pour lui, et l’imaginaire ouvre grand la porte.

Ces ateliers sont proposés au sein de l’association régionale d’aide aux handicapés moteurs, près de Strasbourg. Cette année, une vingtaine de participants, âgés de 18 à 50 ans, se retrouvent tous les jeudis matins pour faire vivre la pièce. L’objectif dépasse la représentation : il s’agit de se révéler, ensemble, dans un cadre exigeant et joyeux.

Le théâtre comme outil d’inclusion et d’autonomie

Michel Mathis anime ces ateliers depuis quinze ans, avec une conviction simple : sur scène, le regard change. « Le théâtre, c’est un mode d’expression, un mode de dialogue, d’échange », explique-t-il. Et surtout, « quand ils sont sur scène, toute la notion du handicap tend à disparaître. Ce sont des comédiens sur scène ». Le travail se fait au plus près des possibilités de chacun : écouter, encourager, pousser sans mettre en difficulté.

Improvisations, placement, voix, présence : chaque exercice devient un pas vers l’affirmation de soi. « C’est la confiance en soi… briser les barrières du handicap », résume Michel. Monter sur scène, c’est aussi accepter une part de trac, « se mettre en danger, comme tout comédien », pour mieux se valoriser. Et les effets se prolongent loin des projecteurs : « Au bout de 3-4 ans de théâtre, [une personne] peut prendre le tram, et c’est un véritable exploit. »

Point clé : Depuis 15 ans, l’atelier théâtre accompagne des personnes en situation de handicap vers plus de confiance, d’expression… et parfois des victoires concrètes d’autonomie au quotidien.

Des rôles sur mesure, une troupe qui grandit ensemble

Dans cette adaptation, les personnages se construisent avec les comédiens, pas à pas. « C’est des personnages sur mesure », insiste Michel, qui ajuste le texte en fonction de ce qui résonne — ou non — chez chacun. Une phrase se retire, un dialogue se recrée, une scène se rééquilibre : l’écriture devient vivante, au service de l’épanouissement.

Les exercices de corps participent aussi à cette libération. Une scène de bagarre, par exemple, est travaillée comme un jeu physique qui dénoue les tensions. Résultat : une dynamique de groupe se forme, avec une énergie qui porte tout le monde, comme dans « une véritable troupe de théâtre ».

Quand la scène change le regard… et la place dans la famille

Les comédiens le disent avec des mots simples et puissants. Karim raconte ce que l’atelier transforme en lui : « Moi, je me sens mieux, ouvert. Mon esprit est mieux ouvert. Avant, j’avais moins confiance en moi. » Et surtout, il s’autorise désormais à aller vers les autres : « Maintenant, j’y arrive grâce à l’équipe de théâtre. » Même la fatigue devient un signe de progression : « La fatigue, c’est une bonne fatigue. »

Un autre participant savoure ce qui le fait tenir : faire rire. « J’aime bien surtout quand je fais le sketch pour faire rigoler les autres… Ça remonte le moral à chaque fois. » Dans ces instants, l’atelier devient un espace où l’on prend sa place, pleinement. Michel partage d’ailleurs une anecdote marquante : un jeune comédien, aîné d’une fratrie, a vu son statut se rééquilibrer grâce à la scène. Après l’avoir vu jouer, son frère lui a soufflé : « Mais ce que tu as fait, jamais j’aurais osé le faire. »

La troupe cherche désormais à jouer « hors les murs », pour rencontrer un public plus large et continuer d’ouvrir le cercle. Une invitation simple se dessine : aller voir, applaudir, encourager — et rappeler, par la force du théâtre, que chacun peut rayonner quand on lui en donne l’espace.

#Mieux être#Strasbourg