Découvrez la petite histoire de la raclette, ce plat préféré des français

Jerome Pasanau· 19 février 2026 à 12:18
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Sur les marchés de Maisons-Alfort, la raclette se réinvente sans perdre son âme. Entre conseils de fromagère, astuces de diététicienne et éclairage d’historien, ce plat d’hiver devient un vrai moment de partage.

À écouter

Au marché, le bon fromage change tout

À Maisons-Alfort (Val-de-Marne), Sophie Michel accueille les gourmands avec une conviction simple : pour une raclette réussie, « on est obligé de prendre une bonne raclette fermière au lait cru ». Selon elle, le lait cru apporte des saveurs plus riches et une fonte plus harmonieuse. Et elle glisse un test imparable, à la fois drôle et parlant : « Contrairement à ce que tu penses, quand tu vas le faire chauffer, ça ne pue pas dans ta maison. »

Dans son étal, la tradition n’empêche pas la créativité. Raclette fumée, aromatisée (poivre, piment, “italien”), ou version au lait de chèvre « beaucoup plus digeste » : chacun peut composer selon ses envies. Sophie encourage surtout à oser les mélanges : reblochon, saint-nectaire… et même du bleu. « Un bleu de Gex dans la raclette, c’est juste merveilleux », assure-t-elle, en rappelant qu’un bleu peut fondre très bien et apporter du caractère.

Le chiffre qui donne le sourire : 88% des Français ont mangé au moins une raclette en 2025. En moyenne, près de 4 raclettes par an et par foyer, soit environ 2 kg chaque année.

Se faire plaisir… avec quelques réflexes bien-être

À Paris, la diététicienne nutritionniste Alexandra Murcier rappelle que la raclette est un plat « très riche », notamment en matières grasses saturées et en sel, surtout quand fromage et charcuterie se cumulent. Résultat possible : digestion plus lente, sommeil moins réparateur, et un “trop-plein” si l’on enchaîne. Son message reste pourtant résolument positif : l’idée n’est pas de renoncer, mais de rééquilibrer.

Premier réflexe : ne pas arriver affamé. « Il faut éviter de se dire : “j’ai une raclette ce soir, donc je ne mange rien ce midi” », conseille-t-elle. Deuxième clé : manger lentement pour laisser la satiété se faire sentir, et ainsi réduire la quantité « sans se sentir frustré ». Côté choix, elle suggère de privilégier des charcuteries moins grasses et moins salées, comme « la viande des grisons », et d’être attentif à l’alcool : « Ce qui pose un problème en nutrition, c’est souvent le cumul. »

Des idées simples pour une raclette plus colorée

Bonne nouvelle : alléger peut aussi rimer avec gourmandise. Sophie Michel propose une alternative qui surprend et séduit : des champignons de Paris en lamelles, avec le fromage fondu dessus « à la place de la pomme de terre ». « C’est beaucoup plus léger et c’est hyper bon », promet-elle. Alexandra Murcier, elle, aime compléter la table avec une salade, des poivrons grillés ou des champignons : plus de fibres, plus de fraîcheur, et une satiété plus stable.

La patate douce peut aussi varier les plaisirs : « Elle ne va pas être moins calorique, mais elle va avoir un index glycémique plus bas », explique la diététicienne. Et pour le dessert, inutile d’en faire trop : une salade de fruits apporte une fin de repas rafraîchissante. Le fil conducteur reste le même : ajouter plutôt que se priver, pour garder une raclette conviviale… et plus facile à vivre.

Une histoire ancienne, un plaisir très actuel

La raclette n’est pas seulement un plat “de station” : elle s’inscrit dans une longue histoire. Loïc Bienassis, historien de l’alimentation à l’Université de Tours, rappelle que des témoignages de fromages fondus existent dès la fin du XVe siècle. Un voyageur italien, Pantaleone da Confienza, décrit déjà des pratiques où l’on approche le fromage du feu avant de le déguster avec du pain.

Sur l’origine, l’historien tranche avec nuance : « Si je devais répondre en un mot, je dirais Suisse… et même valaisan. » Selon lui, ce n’est pas tant l’invention qui compte que la construction d’une identité culinaire : le canton du Valais a fait de la raclette une spécialité emblématique. Et une date ressort, solide dans les sources : 1574, première mention attestée en Valais d’un fromage fondu décrit comme « savoureux ».

Entre le savoir-faire des artisans, les astuces bien-être et une histoire qui traverse les siècles, la raclette retrouve sa plus belle définition : un moment partagé. La prochaine fois, passez au marché, demandez à goûter, ajoutez quelques légumes… et savourez sans culpabilité : « C’est hyper important de garder du plaisir dans son alimentation », rappelle Alexandra Murcier.

Pour aller plus loin > Raclette, le plaisir d'hiver qui se savoure sans culpabilité