Les cigognes sont de retour en Alsace, une espèce sauvée de la disparition

Francois Willmann· 23 mars 2026 à 09:00
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Elles font progressivement leur retour en Alsace. Les cigognes, emblème de la région, sont de nouveau visibles dans leurs nids. Nous sommes allés les observer.

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La cigogne, symbole vivant qui réapparaît au printemps

En Alsace, la cigogne n’est pas qu’une carte postale : c’est un véritable emblème régional. En ce moment, après la période migratoire, on les voit se réinstaller sur leurs nids, dans les villages comme au cœur des villes. Au parc de l’Orangerie, à Strasbourg, l’observation devient même une rencontre, tant ces grands oiseaux impressionnent par leur prestance.

Avec près d’un mètre de hauteur et jusqu’à 1,70 m d’envergure, la cigogne blanche se repère vite… surtout quand elle survole les toits ou se pose avec élégance. Un retour qui émerveille, mais qui rappelle aussi une histoire fragile : celle d’une espèce qui a failli disparaître.

De 9 couples à 1 600 : un sauvetage collectif

Dans les années 1970, la situation était critique : l’Alsace ne comptait plus que 9 couples de cigognes. « 9 couples, c’est le bord de l’extinction », rappelle Cathy Zell, chargée de mission à la Ligue de protection des oiseaux (LPO) Alsace. Face à l’urgence, des amoureux de la nature ont lancé un programme de préservation qui allait devenir un modèle.

À l’époque, l’une des causes majeures de la disparition se jouait loin d’ici, sur la route migratoire. En Afrique, notamment lors de la famine au Sahel, des cigognes étaient tuées pour être mangées. Pour réduire ce risque, le programme a choisi une stratégie audacieuse : maintenir des individus sur place.

Concrètement, les oiseaux ont été nourris et placés dans des enclos, jusqu’à « briser leur instinct migratoire ». Résultat : au bout de trois ans, certaines cigognes ne migraient plus. En restant sur leur territoire, elles échappaient aux dangers de l’hivernage, et la population a pu se reconstituer.

Point clé : en Alsace, la cigogne est passée de 9 couples dans les années 70 à 1 600 couples aujourd’hui, grâce à un programme de conservation exemplaire.

Quand la cigogne “parle” : le langage du bec

La cigogne ne chante pas comme les passereaux. Elle communique autrement, avec un son reconnaissable entre mille : elle craquète du bec. « Ce n’est pas un oiseau qui chante… les cigognes vont claquer des becs », explique Cathy, en précisant que ces signaux servent à se comprendre.

Chaque claquement peut porter un message : appeler son partenaire, maintenir le lien, transmettre ce comportement aux petits. Et parfois, le signal est clair : « je suis sur ce nid, personne ne s’en approche ». Une manière d’affirmer sa présence, de protéger son territoire, et de faire vivre le couple.

Des nids monumentaux, du clocher à la ligne électrique

Autre spectacle fascinant : leurs nids, souvent impressionnants. Dans la nature, les cigognes choisissent de grands arbres, parfois morts ou fragilisés, avec peu de branches, pour avoir l’espace nécessaire au décollage. Mais elles savent aussi s’adapter aux paysages humains.

On les retrouve ainsi sur des bâtiments, des pylônes électriques, des cheminées, des clochers : tout support élevé qui offre une bonne piste d’envol. Ces nids se construisent et se renforcent année après année, jusqu’à devenir de véritables structures. « Un vieux nid peut faire plusieurs centaines de kilos », souligne la spécialiste.

Selon les endroits, ce poids peut poser problème : risque d’effondrement, chute, fragilité des supports. Mais dans bien des cas, la cohabitation se passe bien, et la présence des cigognes devient un signe de vitalité pour le territoire. D’autant que ces oiseaux peuvent vivre près de trente ans : de quoi tisser un lien durable avec les habitants.

Observer une cigogne se poser, claquer du bec et couver son nid, c’est voir la nature reprendre confiance. En Alsace, cette renaissance prouve qu’une mobilisation collective peut changer le destin d’une espèce. Et si, au détour d’une balade, vous levez les yeux, vous apercevrez peut-être, vous aussi, ce symbole vivant d’un futur plus harmonieux.

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