Quelques secondes suffisent parfois. Le chant des cigales démarre et, soudain, on se sent déjà un peu plus en vacances. La science n’a pas découvert de « pouvoir relaxant de la cigale », mais les recherches sur les sons de la nature et la mémoire donnent quelques pistes très sérieuses pour expliquer cet étrange raccourci vers le bien-être.
Vous venez d’arriver dans le Sud. La voiture est encore chargée, personne ne sait exactement dans quel sac se trouve la crème solaire et il faudra probablement retourner acheter ce que vous avez oublié. Puis, dehors, les cigales commencent leur concert.
Tsss-tsss-tsss-tsss…
Voilà. C’est l’été.
Difficile de trouver beaucoup de sons capables de modifier aussi rapidement l’ambiance d’un lieu. Pour certains d’entre nous, le chant des cigales évoque immédiatement la chaleur, les vacances, les repas dehors, les pins et cette période de l’année où l’on accepte enfin de ne pas optimiser chaque minute de son existence.
Mais cette sensation a-t-elle une explication scientifique ? En partie seulement. Aucune étude solide ne permet aujourd’hui d’affirmer que le chant des cigales possède, à lui seul, des vertus particulières sur notre cerveau. En revanche, deux phénomènes bien documentés peuvent expliquer ce que nous ressentons : les effets des sons naturels sur le stress et le rôle des sons dans nos souvenirs et nos émotions.
Avant de nous détendre, les cigales cherchent surtout l’amour
Commençons par rendre à la cigale ce qui appartient à la cigale.
Ce que nous appelons son « chant » est en réalité une cymbalisation. Et l’Office pour les insectes et leur environnement rappelle que seuls les mâles la produisent. Ils possèdent sur l’abdomen des membranes, les cymbales, qu’un muscle déforme rapidement et dont le son est amplifié par une cavité faisant office de caisse de résonance.
La sérénade n’est d’ailleurs pas destinée aux vacanciers installés sur leur transat. Sa fonction principale est beaucoup plus prosaïque : attirer une femelle. Selon les circonstances, les mâles peuvent aussi modifier leur chant pour faire la cour, repousser un concurrent ou signaler une perturbation.
Autre détail qui explique pourquoi notre cerveau associe si facilement cigales et chaleur : elles ont réellement besoin de températures élevées pour chanter. Dans nos régions, la cymbalisation apparaît généralement lorsque la température atteint environ 22 à 25 °C.
La cigale est donc presque un thermomètre doté d’un amplificateur.
Les sons de la nature peuvent réellement nous apaiser
Pour comprendre ce qui se passe de notre côté, il faut élargir le champ.
La recherche s’intéresse depuis plusieurs années aux paysages sonores naturels : chants d’oiseaux, eau qui coule, vent dans les feuilles, pluie ou ensemble de bruits produits par le vivant.
Une synthèse publiée en 2021 a analysé 36 publications consacrées aux effets des sons naturels. Les résultats agrégés allaient dans le sens d’une réduction du stress et de la gêne ressentie ainsi que d’une amélioration de l’humeur et de certains indicateurs de santé ou de performance cognitive.
Une méta-analyse publiée en 2024, portant sur 15 études et 1 285 participants, a elle aussi retrouvé des effets favorables sur l’anxiété ainsi que sur plusieurs paramètres physiologiques, notamment la fréquence cardiaque. Les auteurs appellent néanmoins à la prudence : les études restent très différentes les unes des autres et des recherches de meilleure qualité sont nécessaires.
Plus intéressant encore : dans une expérience menée à l’université de Stockholm, des participants soumis auparavant à une tâche stressante récupéraient plus rapidement sur certains indicateurs lorsqu’ils écoutaient des sons naturels que lorsqu’ils étaient exposés à du bruit. L’étude est publiée dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health.
Cela ne prouve toujours pas que tsss-tsss-tsss est une ordonnance médicale. Mais cela place notre concertiste provençal dans une famille sonore plutôt bien fréquentée.
Pourquoi une cigale peut nous transporter à 800 kilomètres en une seconde
Il existe ensuite une deuxième piste, probablement encore plus importante : notre mémoire.
Un son n’arrive jamais totalement seul dans notre cerveau. Lorsqu’il nous est familier, il peut être lié à un lieu, une époque, des personnes ou des émotions.
Les chercheurs savent depuis longtemps que les stimulations sensorielles peuvent servir de déclencheurs aux souvenirs autobiographiques. Une étude comparant souvenirs déclenchés par des odeurs, des images et des sons a notamment montré que l’expérience passée joue un rôle important dans les souvenirs provoqués par ces différents indices sensoriels.
Voilà qui donne une explication beaucoup plus plausible au « pouvoir » de nos cigales.
Pour quelqu’un qui a passé ses étés d’enfance dans le Midi, leur chant ne signifie pas simplement « un insecte tente actuellement de se reproduire dans cet arbre ».
Il peut aussi signifier inconsciemment : vacances, chaleur, grands-parents, apéritif dehors, baignade, sieste, liberté.
À force d’être associés, le son et l’expérience finissent par voyager ensemble.
C’est un peu la madeleine de Proust, mais avec nettement plus de décibels.
Le cerveau entend aussi un lieu
Les travaux sur les paysages sonores insistent justement sur ce point : nous ne réagissons pas uniquement aux caractéristiques physiques d’un bruit.
Une revue scientifique consacrée aux environnements sonores naturels souligne que leur caractère réparateur semble également dépendre de leur signification et des associations positives apprises au cours de la vie. Les résultats ne sont d’ailleurs pas identiques selon les personnes ni selon les sons.
C’est important, car tout le monde ne trouve pas les cigales relaxantes.
Si vous essayez de travailler à côté d’un arbre occupé par quelques mâles particulièrement motivés, l’expérience méditative peut rapidement montrer ses limites. Certaines cigales comptent même parmi les insectes les plus sonores du monde et peuvent produire des niveaux acoustiques très élevés.
La recherche sur les sons naturels montre d’ailleurs des résultats parfois contrastés : un chant d’oiseau, par exemple, n’améliore pas systématiquement la récupération après un stress dans toutes les expériences.
Il n’existe donc pas une fréquence magique à laquelle notre système nerveux se mettrait automatiquement en mode hamac.
Peut-être avons-nous surtout besoin de réapprendre à écouter
Il reste pourtant quelque chose d’intéressant dans cette histoire.
Nos journées sont remplies de sons fabriqués pour obtenir quelque chose de nous : sonnerie du téléphone, notification, moteur, alarme, publicité, message entrant.
La cigale, elle, se moque admirablement de notre agenda.
L’écouter quelques instants peut simplement ramener notre attention vers l’environnement qui nous entoure. C’est précisément ce que proposent certaines pratiques d’immersion dans la nature et ce qu’AirZen avait déjà exploré à travers les bienfaits d’une promenade en forêt ou cette balade consacrée à l’écoute et à la reconnaissance du chant des oiseaux.
La prochaine fois que les cigales se mettent à chanter, essayez donc de ne pas les laisser devenir simplement le bruit de fond de l’été. Fermez les yeux quelques secondes et écoutez-les vraiment.
Aucun résultat scientifique ne garantit que votre rythme cardiaque ralentira.
Mais si votre cerveau comprend immédiatement « vacances », ce serait dommage de le contrarier.
Le réflexe AirZen
Pendant une minute, essayez d’écouter votre environnement sans téléphone et d’identifier trois sons naturels distincts. Cigale, vent, oiseau, vagues, feuilles… Il ne s’agit pas de réussir un exercice de méditation : simplement de redevenir auditeur du lieu où vous êtes.
Sources
Office pour les insectes et leur environnement — Comment font les cigales pour chanter ?
Effects of natural sound exposure on health recovery: a systematic review and meta-analysis, 2024
Ratcliffe, 2021 — Sound and Soundscape in Restorative Natural Environments
FAQ
Pourquoi les cigales chantent-elles ?
Ce sont principalement les mâles qui « chantent », ou plus exactement qui cymbalisent. Leur chant sert surtout à attirer les femelles, même si les cigales disposent également d’autres signaux acoustiques selon les situations.
Pourquoi les cigales chantent-elles surtout quand il fait chaud ?
Le fonctionnement des muscles qui actionnent leurs cymbales nécessite une température suffisamment élevée. Dans nos régions, l’Office pour les insectes et leur environnement indique généralement un seuil d’environ 22 à 25 °C.
Le chant des cigales réduit-il vraiment le stress ?
Aucune étude solide ne montre actuellement un effet spécifique du chant des cigales. En revanche, plusieurs travaux et méta-analyses suggèrent que certains sons naturels peuvent favoriser la récupération après un stress et améliorer l’humeur. L’effet dépend toutefois du contexte, du type de son et des personnes.
Pourquoi le chant des cigales évoque-t-il autant les vacances ?
Probablement en grande partie par association. Lorsqu’un son accompagne régulièrement des expériences agréables — vacances, été, nature, moments familiaux — il peut devenir un indice capable de réactiver des souvenirs et les émotions qui leur sont associées.

