Cette comète a freiné, s'est arrêtée, puis a recommencé à tourner en sens inverse : Hubble documente un phénomène inédit dans notre Système solaire

Christophe Duhamel· 7 avril 2026 à 10:01
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Découvrez comment la comète 41P a inversé sa rotation sous l'œil de Hubble. Un phénomène inédit dû à des jets de gaz qui pourrait mener à son autodestruction.

En quelques semaines seulement, la comète 41P a perdu les trois quarts de sa vitesse de rotation, un record absolu dans l'histoire de l'astronomie cométaire.

La comète 41P/Tuttle-Giacobini-Kresák tourne autour du Soleil toutes les 5,4 années. En mars 2017, elle effectuait un tour complet sur elle-même en environ vingt heures. Dès le mois de mai, ce rythme atteignait plus de cinquante heures. Aucune comète n'avait jamais décéléré aussi brutalement.

Ce ralentissement exceptionnel a été capté par le Neil Gehrels Swift Observatory, un télescope initialement conçu pour observer les sursauts gamma. Ses instruments couvrent d'autres longueurs d'onde, ce qui lui permet d'étudier des astres comme les comètes. Les données de mai 2017 ont immédiatement alerté la communauté scientifique mondiale.

Des jets de gaz ont agi comme de petits propulseurs naturels, forçant le noyau à basculer dans la direction opposée à sa rotation initiale.

Quand une comète s'approche du Soleil, la chaleur sublime ses glaces. Ces gaz s'échappent en jets asymétriques qui poussent le noyau comme autant de petits moteurs. David Jewitt, astronome à l'Université de Californie à Los Angeles, compare ce mécanisme à quelqu'un qui freinerait un manège en poussant à contresens.

Dans le cas de 41P, la répartition inégale de ces jets a produit un couple suffisant pour d'abord stopper la rotation, puis l'inverser. En décembre 2017, les images de Hubble révèlent que la comète tourne de nouveau en quatorze heures, mais dans la direction opposée. C'est la première fois qu'un tel phénomène est documenté avec certitude.

Ces données archivées dans les bases Mikulski, qui centralisent plus de trente-cinq années d'observations spatiales, n'avaient jamais été analysées. Jewitt les a exhumées et croisées avec les relevés du Swift et du télescope Discovery Channel de l'observatoire Lowell, en Arizona. Ses résultats ont été publiés en mars 2026 dans The Astronomical Journal.

Avec un noyau d'à peine un kilomètre de diamètre, cette comète est structurellement fragile et redoutablement vulnérable aux forces qu'elle génère elle-même.

Les données de Hubble ont permis d'estimer la taille réelle du noyau de 41P : environ un kilomètre de diamètre, soit trois fois la hauteur de la tour Eiffel. Cette petite taille explique tout. Plus un noyau cométaire est compact, plus les jets de gaz exercent une influence disproportionnée sur sa rotation.

Jewitt souligne que cette fragilité est précisément la raison pour laquelle les petites comètes restent rares dans le Système solaire interne. Elles disparaissent relativement vite. L'activité de 41P en 2017 était par ailleurs dix fois moins intense qu'en 2001, signe que ses matières volatiles s'épuisent progressivement.

La comète 41P pourrait se désintégrer dans les décennies à venir : ses propres jets, devenus incontrôlables, risquent de la mettre en pièces.

Si la rotation s'emballe encore lors des prochains passages au périhélie, les forces centrifuges dépasseront la cohésion interne du noyau. Jewitt estime que 41P pourrait alors se fragmenter, voire se désintégrer complètement. La prochaine fenêtre d'observation s'ouvrira lors de son retour en 2028.

Ce cas unique montre aussi que les archives astronomiques recèlent encore des découvertes majeures. Des données vieilles de plusieurs années peuvent, une fois analysées, révéler des processus évolutifs habituellement invisibles à l'échelle humaine. Pour la première fois, les scientifiques observent en direct comment une comète évolue, se déforme et approche peut-être de sa fin.