À Strasbourg, dix seniors ont choisi de vieillir ensemble dans « l’immeuble des Potagers ». Chacun garde son chez-soi, tout en partageant des espaces pensés pour l’entraide, l’autonomie et la convivialité.
À écouter
Un chez-soi à taille humaine, avec une vue sur l’avenir
Marie-Line ouvre la porte de son appartement, un cocon lumineux avec balcon et vue sur Strasbourg.
« C’est un studio… un coin cuisine, un petit coin salon… et puis il y a mon bureau aussi », décrit-elle simplement, comme on présente un lieu de vie choisi. Ici, dix résidents seniors ont emménagé en novembre 2024 avec une même envie : rester libres, sans rester seuls. Une manière concrète de transformer le vieillissement en projet collectif.
Le principe est clair : dix petits appartements individuels, et un grand espace partagé au troisième étage. « Nous partageons nos réunions d’association, des repas communautaires, des rencontres avec les voisins », raconte la résidente. Une organisation qui respecte l’intimité de chacun tout en créant des occasions naturelles de se retrouver.
Des espaces partagés qui facilitent la vie… et créent du lien
Salon, salle à manger, cuisine commune : la pièce partagée devient le cœur battant de la résidence des Pot'âgés du 23. On y échange des nouvelles, on y prépare un repas, on y organise une réunion, au rythme des envies. Une chambre d’amis permet aussi d’accueillir enfants et proches sans pousser les murs de ces appartements pensés pour être pratiques.
La mutualisation se voit jusque dans les gestes du quotidien. Direction la buanderie : deux lave-linges et un sèche-linge, accessibles à tous. « C’est chacun son tour, on s’arrange. Il n’y a aucun problème », sourit Liliane, résidente. Quand c’est occupé, on repasse plus tard : une petite contrainte, largement compensée par la simplicité… et l’esprit d’équipe.
Une alternative à l’EHPAD, pensée pour l’autonomie
Liliane le dit sans détour : « Je suis venue dans ce projet parce que j’avais lu que c’était une alternative à l’EHPAD. » Proximité du tram, des médecins, de la ville : l’emplacement a été choisi pour rester connecté et mobile. Et surtout, la force du groupe compte : « Être avec neuf personnes du même âge… avec qui on va avancer tranquillement… et pouvoir s’aider mutuellement. »
Cette entraide n’a rien d’improvisé : elle s’inscrit dans un cadre conçu pour durer. Les résidents gèrent eux-mêmes le ménage et la décoration de la pièce commune. Une façon de garder la main, de décider ensemble, et de rester acteurs de leur quotidien.
Un immeuble conçu pour bien vieillir, en toute sécurité
Le projet est né d’une collaboration entre la ville, l’Eurométropole, le bailleur social Habitat de l'Ill et l’association Cocon 3S. Objectif : créer un lieu où l’on peut rester chez soi le plus longtemps possible, sans renoncer au confort ni à la sécurité. « L’intégralité des logements sont labellisés Habitat Senior Service », explique Geoffrey de Negri, référent senior chez Habitat de l'Ill.
Concrètement, tout est pensé pour limiter les risques : douches adaptées, barres de maintien, sol antidérapant, volets électriques. Les parties communes sont aussi optimisées, notamment l’éclairage : « Les communs vont avoir un certain taux de lumen… l’idée, c’est que ce soit vraiment bien éclairé », précise-t-il. Et pour anticiper les besoins futurs, une salle de soins a été prévue : un espace où recevoir infirmière, kiné, ou inventer de nouvelles solutions au fil des années.
Dans l’immeuble des Pot'âgés, vieillir ne rime ni avec isolement ni avec renoncement. Ces Strasbourgeois montrent qu’avec un peu d’audace et beaucoup de coopération, on peut bâtir un quotidien plus doux — et donner envie, à tout âge, de réinventer la manière d’habiter ensemble.

