Ce facteur et restaurateur d’orgues est l’un des derniers à travailler à la main

Francois Willmann· 26 janvier 2026 à 09:00
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Dans le Bas-Rhin à Pfaffenhoffen, Rémy Mahler a conçu et restaure des orgues dans son atelier caché derrière un restaurant. Des instruments dont il s’occupe à la main et avec passion.

À écouter

Un atelier caché derrière un restaurant, une surprise qui fait du bien

Pour entrer dans l’univers de Rémy Mahler, il faut d’abord traverser… un restaurant. Derrière cette porte inattendue, un atelier où le temps semble ralentir, au service d’instruments majestueux. Le facteur d’orgue y travaille « à l’ancienne », en réparant, ajustant et vérifiant chaque pièce avec patience et précision. Son exigence se lit jusque dans l’ambiance du lieu, qu’il aime ancrer dans une certaine idée de l’authenticité.

« Au départ, je ne voulais aucun produit plus jeune que la Révolution française », sourit-il. Une manière de dire l’essentiel : ici, on privilégie le durable, le beau et le vrai.

Un déclic à 16 ans, et une vocation qui ne l’a plus quitté

Rien ne destinait Rémy Mahler à cette voie. « Mon père avait une grosse usine de jus de fruits… et du jour au lendemain, de riche, on est devenu pauvre ». L’avenir tout tracé s’effondre, mais une autre route s’ouvre, plus libre. Dans l’église, son père dirige une chorale, la musique circule, et une rencontre change tout : un ami de la famille lui propose un stage.

« J’avais 16 ans et boum, c’était fait », résume-t-il. Il décrit ce moment comme une respiration : quand le “programme” disparaît, l’élan personnel peut enfin naître. Depuis, il avance de projet en projet, porté par la même conviction : « Moi, je ne peux pas m’arrêter dans ce métier. »

Point clé : Rémy Maller restaure et construit des orgues depuis plus de 50 ans, en réalisant l’essentiel du travail à la main, avec des méthodes traditionnelles.

Un orgue “monstre” en Bretagne, construit par un homme seul

Malgré la retraite, Rémy Maller poursuit une œuvre hors norme : un orgue gigantesque en Bretagne, à Pluvigné. « Ça fait dix ans que j’y suis… ce sera peut-être le seul orgue au monde qui aura été construit par un bonhomme tout seul ». Commandé en 2011, l’instrument devait être son dernier. La vie en a décidé autrement, avec une épreuve brutale.

Rémy a subi un accident grave : « J’ai été brûlé au troisième degré et paralysé de la main droite. » Pourtant, il continue, travaille de la main gauche, réapprend, reconstruit. Aujourd’hui, sa main droite fonctionne de nouveau. Il transmet un message à ceux qui traversent l’épreuve : « La seule façon de se reconstruire, c’est confiance et bosser, bouger, bouger, bouger. »

Un lieu pensé pour nourrir le corps autant que l’esprit

Le restaurant qui précède l’atelier n’est pas un décor : c’est aussi une histoire de famille et de cœur. Avec Evelyne, son épouse, Rémy transforme une ancienne salle de travail en un espace chaleureux. « J’ai enlevé tous les trucs modernes… j’ai transformé en un lieu avec des belles tomettes », explique-t-il, évoquant les plafonds, les matériaux, le soin apporté à l’ensemble.

L’idée est simple : créer un endroit où l’on se sent bien, où l’on « fait plaisir aux gens en les nourrissant correctement ». Comme ses orgues, le lieu relie les générations et rappelle qu’un savoir-faire peut aussi être une façon d’accueillir, de rassembler, et de transmettre.

Entre l’atelier et la table, Rémy Maller compose une même partition : celle du travail bien fait.

#Mieux être#Strasbourg