Avec René, pour des villes piétonnes plus inclusives

Camille Tribet· 9 février 2026 à 07:00
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À Bordeaux, une association veille à ce que chacun puisse marcher en sécurité, quel que soit son âge ou sa mobilité. Son moteur : apaiser la ville pour mieux y vivre ensemble, avec plus de courtoisie.

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Remettre le piéton au cœur de la ville

Dans le brouhaha des tramways, vélos, voitures et trottinettes, une évidence s’impose : la ville se partage. René Vernay, « 80 et quelques années », s’y consacre depuis plus de vingt ans au sein de l’association Les Droits du piéton en Gironde. Il y trouve « des occasions de contact » avec les personnes handicapées, les aînés, mais aussi « les élus » et « les techniciens ». Une manière concrète de faire avancer la sécurité et le confort de celles et ceux qui se déplacent à pied.

Son constat est clair : pendant des décennies, l’espace public a surtout été pensé pour l’automobile. Mais la dynamique change. À Bordeaux, le centre devient « de plus en plus piétonnier », avec de nouvelles rues fermées ou limitées aux voitures. Pour l’association, ces transformations ne sont pas une contrainte : elles sont une chance de redonner de la place au quotidien, aux rencontres et à une ville plus respirable.

La vitesse, un levier simple pour sauver des vies

Quand les usages se multiplient, l’enjeu n’est pas seulement de cohabiter : c’est de se protéger les uns les autres. « Il y a de plus en plus de zones 30, zones de rencontre à 20 » se félicite René dont l’objectif n’est pas d’opposer les mobilités, mais de créer des règles du jeu lisibles et apaisées. Une ville où l’on ralentit devient une ville où l’on anticipe, où l’on respecte, et où l’on laisse davantage de place aux plus vulnérables. Avec son association, il veille d'ailleurs à la circulation PMR dans la ville. Il le sait : faire un trajet de 15 minutes en 45 minutes parce qu'on est en fauteuil participe à l'isolement.

Moins de voiture, plus de santé… et plus de lien

Limiter l’usage de la voiture en ville, pour René, relève du bon sens autant que du bien-être. « Être à vélo ou à pied, c’est bon pour la tête, c’est bon pour les jambes, c’est bon pour le corps. Donc il faut encourager ça. » Loin d’un discours rigide, il reconnaît aussi les réalités : certains habitants, vivant loin, n’ont pas toujours d’alternative immédiate. L’idée, dit-il, est de « faire un compromis ».

Et ce compromis peut être gagnant pour tous. Les villes qui apaisent la circulation observent des bénéfices concrets : air plus sain, davantage d’espaces verts, convivialité renforcée, inclusion facilitée, mais aussi dynamisme commercial et attractivité touristique. À l’heure des embouteillages du soir, René le résume avec une pointe de sourire : sur certains axes, « je vais plus vite à pied et surtout à vélo ».

La courtoisie, cette “innovation” à portée de main

Au-delà des aménagements, René défend une idée simple, presque oubliée : « Il faut retrouver un critère un peu démodé, la courtoisie. » Un mot qui change tout quand les vitesses se croisent et que les priorités se disputent. « On est obligé de vivre ensemble, on ne peut pas y échapper », rappelle-t-il, avant d’ouvrir une perspective lumineuse : « Tant qu’à faire, autant que ce soit dans le plaisir de vivre ensemble. »

Cette courtoisie là n’attend ni grands travaux ni budgets exceptionnels : elle commence dans un regard, un ralentissement, un passage laissé à une poussette ou à un fauteuil roulant. En période de bilans et de projets municipaux, l’appel est limpide : soutenir les mobilités douces, c’est aussi choisir une ville plus humaine. Et, dès aujourd’hui, chacun peut y contribuer… en commençant par lever le pied.

#Association#Mieux agir