Et si le pouvoir n’était pas une domination, mais une paix intérieure à cultiver ? Dans « Incarnez vos 21 pouvoirs », Arnaud Riou invite à reprendre sa souveraineté, un choix après l’autre.
À écouter
Un pouvoir qui rassure : celui de choisir, ici et maintenant
Le mot « pouvoir » peut inquiéter. On l’associe vite à la politique, à l’argent, à l’influence… et à la peur d’être écrasé. Arnaud Riou, auteur et enseignant spirituel, propose une lecture bien différente : le pouvoir comme capacité intime à orienter sa vie, ses émotions et ses décisions. Pas pour contrôler le monde, mais pour se retrouver soi-même.
Dans entretien de la collection "Bien-être par AirZen", il rappelle un mécanisme simple : quand on ne se sent pas acteur, on laisse l’extérieur décider de notre état intérieur. *« Si on n’a pas le pouvoir sur une situation, d’autres reprennent le pouvoir sur nous »*, explique-t-il. Son livre Incarnez vos 21 pouvoirs (éditions Animaé) s’inscrit dans cette idée : chacun possède déjà des ressources, encore faut-il apprendre à les reconnaître et à les incarner.
Ce message résonne particulièrement dans un quotidien souvent saturé d’obligations. Travail, famille, charges mentales : beaucoup avancent en mode automatique. L’approche d’Arnaud Riou ne nie pas les contraintes, mais elle remet de l’air dans ce qui semble verrouillé : la marge de manœuvre intérieure.
Sortir de la lutte : la souveraineté plutôt que l’ascendant
Reprendre son pouvoir ne signifie pas gagner contre quelqu’un. L’auteur insiste sur une nuance qui change tout : le conflit extérieur est souvent le reflet d’un déséquilibre intérieur. « Quand il y a un conflit avec l’autre, c’est toujours le miroir d’un conflit avec soi-même », partage-t-il, en préférant les mots « vigilance », « présence » et « conscience » à celui de « lutte ».
Dans cette perspective, le pouvoir n’est pas une arme, mais une posture. Il s’agit moins de prendre l’ascendant sur une personne que de reprendre la main sur ce qui se passe en soi : émotions, interprétations, réactions. « C’est retrouver notre souveraineté, retrouver la conscience qu’on est chacun souverain dans chaque situation », résume Arnaud Riou.
Cette souveraineté n’a rien d’abstrait. Elle se joue dans les détails : un désaccord, une contrariété, une fatigue qui déborde. Quand on se sent en paix avec soi-même, l’autre « a moins de prise ». C’est une bonne nouvelle : cela signifie que le pouvoir peut se travailler, se renforcer, se stabiliser. Pas besoin d’être parfait, seulement engagé dans un mouvement de clarté.
Changer une phrase pour changer une vie : du « je n’ai pas le choix » au « je choisis »
L’un des passages les plus concrets de l’échange tient en quelques mots. Arnaud Riou propose de remplacer « je n’ai pas le choix » par « je choisis », « je décide », « je privilégie » ou encore « je préfère ». Un glissement de vocabulaire, mais surtout un changement de position intérieure.
Au quotidien, les exemples sont partout : horaires, tâches ménagères, responsabilités parentales. Dire « je dois » peut enfermer. Dire « je choisis » redonne de la dignité à l’action. « Il n’y a pas une situation pour laquelle on n’a pas le choix », affirme-t-il, non pas pour minimiser les contraintes, mais pour rappeler qu’une part de liberté demeure : celle de l’intention, de la manière, du sens.
L’image des poubelles est parlante. Oui, on peut les laisser au milieu de la pièce. Ce n’est pas agréable, donc on préfère les sortir. « Dès lors qu’on remplace “je n’ai pas le choix” par “je préfère”, on retrouve notre souveraineté », dit Arnaud Riou. Derrière cette simplicité, une idée forte : la liberté commence souvent par une phrase qu’on s’autorise à reformuler.
Dans « Incarnez vos 21 pouvoirs », Arnaud Riou identifie 21 ressources intérieures (intention, parole, temps, relation…) pour renforcer sa souveraineté au quotidien.
L’intention : le pouvoir de réécrire l’histoire que l’on se raconte
Parmi ces 21 pouvoirs, Arnaud Riou choisit de mettre l’accent sur l’intention. Parce que l’intention agit comme une boussole : elle oriente notre lecture des événements. Un rendez-vous annulé, un message sans réponse, un imprévu… Le fait est neutre, mais l’histoire qu’on y colle peut devenir lourde.
Il décrit ce mécanisme avec précision : « En permanence on se raconte des histoires à partir d’événements quotidiens ». Selon l’histoire choisie, on peut se sentir trahi, humilié, abandonné — ou simplement face à un contretemps. Ce n’est pas un appel à tout relativiser, mais à distinguer le réel de l’interprétation. Et à comprendre l’impact de cette interprétation sur l’estime de soi.
L’auteur va plus loin : certaines histoires reviennent en boucle, comme des scénarios anciens. « Je vais commencer par identifier l’histoire que je me raconte… généralement, c’est toujours la même », explique-t-il. Par exemple : « le monde est hostile » ou « je ne mérite pas qu’on me respecte ». En prendre conscience, c’est déjà commencer à sortir du piège.
Quand l’histoire change, l’énergie change aussi. Une heure se libère après un rendez-vous annulé : elle peut devenir un espace de respiration, de lecture, d’écriture, de rencontre. Le pouvoir de l’intention, ici, c’est de transformer une frustration en ressource, sans nier l’imprévu.
Les contraintes existent, mais la paix intérieure peut rester souveraine
Arnaud Riou ne promet pas une vie sans obstacles. Il prend un exemple très concret : le bus. Si l’horaire est à 16h45, arriver à 16h48 signifie qu’il est parti. Sur ce point, le pouvoir personnel est limité : « Là, je n’ai pas le pouvoir, c’est le bus qui décide », reconnaît-il.
Mais il ouvre immédiatement un autre espace : que fait-on de ce qui arrive ? On peut maugréer, se sentir victime, ou utiliser les minutes disponibles autrement. Lire, respirer, écouter un podcast, s’organiser différemment : autant de micro-choix qui réinstallent une forme de stabilité. L’idée n’est pas de se forcer à sourire, mais de ne pas abandonner sa paix intérieure à l’extérieur.
Cette stabilité, Arnaud Riou la relie à des traditions comme le tao ou le zen : ne pas laisser le monde décider de notre calme. « Je ne vais pas laisser à l’autre ou à l’extérieur le pouvoir d’être en paix intérieurement », insiste-t-il. Une phrase qui sonne comme un repère, surtout dans une époque où l’on se sent parfois bousculé par l’actualité, la pression sociale ou le rythme imposé.
Pour lui, les personnes inspirantes ne sont pas celles qui traversent la vie sans tempête, mais celles qui gardent un cap même quand ça secoue. « Ce n’est pas au fait qu’il ait peu d’obstacles qu’on va le reconnaître, c’est que même quand il y a des obstacles durs, il va rester stable », observe-t-il, en citant aussi bien des maîtres spirituels que des artistes.
Reprendre sa souveraineté, au fond, c’est se rappeler que la liberté n’est pas seulement un décor extérieur : c’est aussi un état intérieur à entraîner. Et lorsque chacun cultive ce pouvoir-là, c’est toute la qualité des relations, du travail et du vivre-ensemble qui peut s’élever, pas à pas.

