Alzheimer : la protéine SORLA limiterait les dégâts causés par tau et protégerait le cerveau, selon une étude publiée en juillet 2026 dans Science Advances.
Comment la protéine tau, utile au cerveau, devient toxique pour les neurones
Deux anomalies cérébrales définissent la maladie d'Alzheimer : les plaques bêta-amyloïdes entre les neurones et les enchevêtrements de tau à l'intérieur de ces cellules. Normalement, tau stabilise les microtubules, des structures qui servent de rails internes au transport dans la cellule, comme une voie ferrée.
Dans la maladie d'Alzheimer, un excès de groupements phosphate se fixe sur tau : c'est l'hyperphosphorylation, un dérèglement chimique qui détache la protéine de son support habituel. Mal fixée, tau s'agrège alors avec d'autres molécules identiques et forme des enchevêtrements neurofibrillaires à l'intérieur même des neurones.
Ces amas gênent la communication entre les neurones et sont associés, avec le temps, à la perte de mémoire et à la dégénérescence progressive des cellules nerveuses. Un trouble de mémoire qui persiste au-delà de quelques semaines justifie une consultation chez le médecin traitant, sans attendre le bilan annuel.
Des souris enrichies en SORLA développent moins de tau anormale
Les chercheurs du Sanford Burnham Prebys Medical Discovery Institute ont croisé des souris pour tester le rôle protecteur de SORLA, une protéine qui agit comme un centre de tri à l'intérieur des cellules. Les unes produisaient un excès de SORLA humaine, les autres développaient naturellement des agrégats de tau.
Résultat : ces souris présentaient moins de tau hyperphosphorylée et moins de formes capables de servir de « graines », c'est-à-dire d'attirer d'autres protéines tau pour agrandir les amas. Leurs synapses, les zones de contact qui permettent aux neurones de communiquer entre eux, étaient également mieux préservées.
« Nous avons constaté une moindre atrophie cérébrale et une moindre accumulation de tau », souligne Huijie Huang, première auteure de l'étude. À l'inverse, la suppression du gène Sorl1 a aggravé les troubles cognitifs observés, ce qui justifie un avis génétique dès qu'une forme précoce d'Alzheimer touche plusieurs membres d'une famille.
Une protection qui s'étend aussi aux plaques amyloïdes et aux cellules gliales
Dès 2016, une équipe du Sanford Burnham Prebys avait révélé un lien entre SORLA et une autre protéine limitant la production de bêta-amyloïde, la substance qui forme des plaques entre les neurones.
2016 : dans le Journal of Neuroscience, l'équipe identifie une interaction entre SORLA et la protéine SNX27, limitant la production de bêta-amyloïde.
2017 : dans le Journal of Experimental Medicine, SORLA atténue chez la souris les dégâts causés aux synapses par les oligomères bêta-amyloïdes, de petits agrégats toxiques précurseurs des plaques.
2026 : la nouvelle étude montre que SORLA agit aussi sur la tauopathie, en réduisant l'hyperphosphorylation et la formation d'enchevêtrements.
Cellules gliales : un excès de SORLA atténue certains changements génétiques associés à la maladie dans ces cellules qui soutiennent et protègent les neurones.
Cette double action, sur l'amyloïde et sur tau, oriente désormais les recherches vers des traitements combinés, une piste que les scientifiques comptent explorer dans les prochaines années.
Une piste encore préclinique, alors que 1,2 million de Français sont concernés
En France, la maladie d'Alzheimer touche aujourd'hui entre 1 et 1,2 million de personnes, selon les dernières données publiées par l'Inserm. Ces résultats obtenus chez la souris restent donc précliniques, c'est-à-dire pas encore validés chez l'être humain.
Les chercheurs veulent désormais greffer des neurones et des cellules gliales humaines dans le cerveau de souris, afin d'étudier les conséquences de différentes mutations du gène SORL1. Ils souhaitent aussi explorer le repositionnement de médicaments ciblant les récepteurs Plexin-B, dont l'activité augmente lorsque SORLA est absente.
Aucun traitement ciblant SORLA n'existe à ce jour, et plusieurs années de recherche seront nécessaires avant d'éventuels essais chez l'humain. En attendant, un suivi régulier de la mémoire, au minimum une fois par an après 60 ans, reste le meilleur moyen de repérer précocement un trouble cognitif.

