Alsace : par passion Marie-Hélène cultive des fleurs dont certaines se mangent 

Francois Willmann· 2 avril 2026 à 07:00
Ajoutez-nous en favori

A Pfettisheim dans le Bas-Rhin, Marie-Hélène cultive des fleurs sur son exploitation agricole. A destination des fleuristes et des restaurateurs… car certaines d’entre-elles se mangent…

À écouter

Des serres alsaciennes aux bouquets du coin

Dans ses deux serres, Marie-Hélène Daul récolte les tulipes, lance les premières renoncules et prépare déjà le printemps. Ici, pas de fleurs anonymes venues de loin : chaque tige grandit ici à Pfettisheim, au nord-est de Strasbourg, avant de rejoindre les artisans du territoire. « Elles font 15 kilomètres pour arriver chez le fleuriste, point », résume-t-elle, fière de ce circuit court assumé.

Cette démarche locale alimente des bouquets chez les fleuristes, mais pas seulement. Marie-Hélène s’est aussi tournée vers les restaurateurs, en développant une production de plantes comestibles. De quoi relier l’esthétique au goût, et faire entrer le jardin dans l’assiette avec la même exigence de fraîcheur.

Quand une “mauvaise herbe” devient une star

À l’origine de cette aventure, une rencontre qui change le regard. En visite sur la ferme, une fleuriste s’émerveille devant des graminées que l’on aurait facilement arrachées. « Pour elle, c’était une superbe fleur d’ornement… alors que pour nous, on a toujours vu ça comme des mauvaises herbes », raconte Marie-Hélène.

Depuis, elle revendique cette poésie du vivant : « La mauvaise herbe, c’est une belle herbe pour mettre en bouquet. » Mieux : elle est « de saison », « locale », et « ne demande pas grand-chose » pour produire un « effet waouh » dans un bouquet simple. Une leçon de sobriété joyeuse, où la nature inspire la création sans forcer.

Point clé : des fleurs cueillies et livrées à seulement quelques kilomètres des fleuristes partenaires.

Capucine comestible et “plante sentinelle”

Parmi les cultures, la capucine tient une place à part. Marie-Hélène la fait pousser pour ses feuilles autant que pour ses fleurs : « C’est de la capucine pour autant manger le feuillage que pour manger les fleurs. » Même lorsqu’un coup de soleil marque les premières pousses, elle observe, ajuste, et fait confiance au vivant : « Le cœur est là… la plante va très, très bien repartir. »

Au jardin, la capucine devient aussi un outil précieux. « C’est une des premières plantes qui attire les pucerons », explique-t-elle, ce qui en fait une « plante sentinelle » idéale pour détecter tôt les déséquilibres. Une manière de prévenir plutôt que de subir, en surveillant, en accueillant des alliées comme les coccinelles, et en cultivant un jardin plus attentif.

La patience, cette fleur invisible qui fait tout tenir

Au-delà des récoltes, Marie-Hélène défend une autre idée du beau : celle qui accepte l’imparfait. « Il faut aussi que nous, consommateurs, on accepte qu’il y a peut-être un puceron, qu’il y a peut-être une petite fleur… un peu plus tordue », dit-elle, avant d’élargir : « Comme nous… tout le monde a sa place dans un bouquet ou dans la société. »

Dans le jardin, 600 à 650 pivoines attendent le mois de mai. Là encore, la règle est simple : ne pas tout prendre, pour préserver la plante. « On a le droit de cueillir… deux fleurs sur trois », afin de ne pas l’épuiser et de préparer la saison suivante. « Si on n’a pas de patience, on ne peut pas être jardinier », sourit-elle, convaincue que le rythme du jardin « remet la vie d’équerre ».

Cette activité, menée en parallèle de l’exploitation agricole gérée avec son mari, rappelle qu’un projet peut grandir à taille humaine, au plus près de chez soi. Et que parfois, pour semer du beau, il suffit de regarder autrement, d’oser le local… puis de laisser le temps faire son œuvre.

#Mieux être#Strasbourg