À Sucy-en-Brie (94), Reynhald Le Baron façonne le bois avec précision… et avec cœur. Jeune ébéniste, il veut surtout transmettre un métier de sens, accessible à tous, à tout âge.
À écouter
Transmettre l’artisanat, une urgence joyeuse
Dans son atelier du Val-de-Marne, Reynhald Le Baron ne parle pas seulement de meubles ou de coffrets : il parle d’héritage. « La transmission est primordiale », insiste-t-il, en rappelant qu’une génération d’artisans est parfois partie à la retraite sans apprenti. Selon lui, entre les années 70 et 2000, l’artisanat a été « mal vu », au profit de métiers jugés plus “valorisés”. Résultat : des savoir-faire rares, parfois millénaires, ont failli se taire.
Reynhald en a été témoin dès ses débuts : « Dans la première boîte où j’étais, ça faisait 20 ans ou 25 ans qu’il n’y avait pas eu d’apprenti. » Quand il frappe à la porte, le patron est « complètement » surpris. Aujourd’hui, même s’il lance tout juste son entreprise et que les charges freinent l’embauche, l’envie demeure intacte : « Quand des gens me demandent, c’est avec plaisir. »
Changer de voie : “ce n’est jamais trop tard”
Le message de l’ébéniste est clair et rassurant : « Ce n’est jamais trop tard. » Lui-même a commencé via un centre de reconversion, entouré de profils très variés. Dans sa promotion, certains avaient 23 ans, d’autres de 50 à 65 ans. Des femmes et des hommes qui, après une carrière, ont choisi « de faire du concret » et de retrouver un quotidien plus aligné avec leurs valeurs.
Au fil de ses missions, notamment dans le luxe, il croise des parcours inattendus : « Un ancien avocat d’affaires », des scientifiques, des médecins, ou encore un pharmacien, tous devenus ébénistes. Tous ont un point commun : la quête d’une voie qui fait du bien. « L’important, c’est de trouver sa voie… ce qu’on aime », résume-t-il, avec cette simplicité qui donne du courage.
Point clé : Dans sa formation de reconversion, Rénald a côtoyé des apprentis de 23 à 65 ans. La preuve qu’un métier manuel peut s’apprendre et se choisir à tout moment de la vie.
Le secret de l’ébéniste : précision, patience… et poésie
On réduit souvent l’ébéniste à un fabricant de meubles. Reynhald aime rappeler l’histoire : « Historiquement, un ébéniste, ça va être un artisan qui fait du placage. » Une technique née de l’ébène, bois précieux, pour créer des feuilles fines et multiplier les possibilités. De là, on glisse vers la marqueterie, « un puzzle, un Tetris, du Lego », où les essences deviennent couleurs et motifs.
Lui ne teinte jamais : « J’aime bien utiliser les couleurs que la nature nous donne. » Du rouge profond du padouk à la blancheur de l’érable, chaque bois raconte une origine, une texture, une histoire. Reynhald travaille aussi des stocks anciens, parfois très vieux : « Ce morceau de bois, par exemple, il date de 1850 à peu près. » Un geste artisanal qui relie le passé au présent, sans nostalgie, mais avec exigence.
Créer pour se recentrer, créer pour partager
Dans l’atelier, la création devient aussi un chemin de bien-être. Reynhald le confie avec pudeur : « Je réfléchis tout le temps… et c’est vrai que quand je suis dans mon travail, ça me permet de me concentrer… je retrouve une certaine sérénité. » Une concentration nécessaire, car les outils sont tranchants et la précision, reine. Pour l’aider, il écoute en continu documentaires et podcasts : « J’en écoute 8 heures par jour. »
Sa spécialité : les coffrets, au sens large. Boîtes à bijoux, boîtes à outils, écrins pour bouteilles, « boîtes à secrets »… « Tout est une boîte », sourit-il, en montrant aussi ses formes inspirées des solides de Platon, comme l’icosaèdre, fascinant assemblage de 20 triangles. Un artisanat à la fois technique, moderne et profondément vivant.
Pour découvrir ses créations et soutenir l’artisanat d’aujourd’hui, un geste simple : s’intéresser à la fabrication de nos objets du quotidien, et suivre les artisans qui partagent leurs gestes. Reynhald Le Baron, lui, continue d’ouvrir la voie — et de rappeler que chaque main peut apprendre, créer et transmettre. Et si vous êtes de passage en Ile-de-France, Reynhald sera présent le 29 janvier 2026 au forum Co'Nexion à Sucy-en-Brie de 14h à 22h au centre Jean-Marie Poirier.
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