A Strasbourg, une vingtaine de personnes en situation de handicap profitent de cours de théâtre. Un moyen de prendre confiance en soi et de laisser le handicap de côté.
À écouter
Quand César entre en scène, la confiance suit
« Tu rentres dans le personnage de César… Vas-y, action. » Dans les locaux de l’Association régionale "l’aide aux handicapés moteurs" (Arahm), au sud de Strasbourg, les répétitions démarrent fort. Une vingtaine de comédiens en situation de handicap, âgés de 18 à 50 ans, s’approprient les rôles avec concentration et gourmandise. Au programme cette année : une adaptation d’« Astérix et Cléopâtre », pensée comme un spectacle festif, en costumes gaulois et romains.
Sur scène, les répliques claquent, les regards s’allument, les corps se mettent en mouvement. « Je suis César, le plus beau », lance l’un des participants, sous l’œil attentif du metteur en jeu. Ici, chacun a sa place, chacun a sa voix, et chaque progrès compte.
Michel Mathis, 15 ans à faire disparaître le handicap
À la baguette, Michel Mathis anime ces ateliers depuis quinze ans. Sa méthode : écouter, encourager, pousser sans jamais mettre en difficulté. « Le théâtre, c’est un mode d’expression, un mode de dialogue, d’échange », rappelle-t-il. Et surtout, un formidable tremplin d’autonomie.
Son objectif est clair : permettre à chacun d’aller « au maximum possible dans la mesure de leur possible », puis de se dépasser. « Le rôle de jouer au théâtre, quand ils sont sur scène, toute la notion du handicap tend à disparaître. C’est des comédiens sur scène, c’est ça l’intérêt. » Une vision de l’inclusion concrète, vivante, qui se construit répétition après répétition.
Improviser, bouger, se libérer : le corps retrouve sa puissance
Improvisations, bagarres chorégraphiées, déplacements : tout est prétexte à se sentir plus libre. « Bougez bien les corps… Ce jeu de la bagarre, c’est libérateur du corps », explique l’animateur, comparant l’exercice à une forme de boxe douce. Le mental et le physique s’accordent, l’énergie circule, la scène devient un terrain d’exploration.
Le résultat se lit dans les attitudes : plus d’assurance, plus d’audace, plus de présence. Le théâtre devient un espace où l’on ose, où l’on tente, où l’on apprend à prendre sa place devant les autres — et parfois, à la reprendre dans la vie quotidienne.
Des effets qui dépassent la scène, jusque dans le quotidien
Pour Juliane, éducatrice spécialisée, l’atelier révèle une autre facette des participants. « On les découvre… On voit un petit peu la folie qui peut sortir d’eux », sourit-elle. Et cette liberté nouvelle ne reste pas cantonnée aux répétitions : « Ça peut avoir un impact dans le quotidien, de manière générale. »
Les comédiens le racontent avec des mots simples et puissants. « J’ai bien apprécié, c’est pour ça que je continue toujours le théâtre… Moi, je me sens mieux, mon esprit est mieux ouvert », confie l’un d’eux. « Avant, j’avais moins confiance en moi, mais maintenant, j’arrive mieux à m’épanouir dans la vie quotidienne… j’arrive à rendre service aux autres. » Un autre ajoute : « Ça m’a apporté de la confiance en moi. Quand il y a tout le monde, j’ai plus confiance. »
La troupe est encore « en période de rodage », mais l’objectif est déjà en ligne de mire : une grande représentation au début de l’été. D’ici là, les « Action ! » continueront de résonner, et avec eux cette certitude : sur scène, chacun peut rayonner — et donner au public, à son tour, l’envie d’oser.

